Critique

[Critique] Le Bonhomme de Neige

Cinéma

Par Henri le

Casting solide, réalisateur chevronné… Sur le papier, le dernier film de Tomas Alfredson promettait beaucoup. Mais ce bonhomme de neige fond comme un glaçon au soleil.

Plus encore qu’au cinéma, la figure du serial killer est largement explorée dans la littérature. Et si Hollywood a su faire émerger les plus redoutables d’entre eux à l’écran en piochant dans ses propres archives, la machine semble s’être enrayée depuis une petite dizaine d’années, après la sortie de l’excellent Zodiac de David Fincher.

Un manque d’inspiration comblé par la renaissance du polar scandinave, largement porté par la saga Millenium de Stieg Larsson, par la suite adaptée au cinéma. Un succès éclair, qui a ouvert une brèche dans laquelle Jo Nesbo s’est engouffré avec talent. Considéré comme un Michael Connelly venu du froid, ses œuvres n’ont pas tardé à intéresser les producteurs étrangers.

Le Bonhomme de Neige en fait partie et semblait avoir les moyens de ses ambitions. Il met en scène l’enquêteur Harry Hole (un nom qu’on aurait plutôt vu dans une comédie), héros récurrent de l’auteur, lancé à la poursuite d’un effrayant tueur de femmes. Conscient que le meurtrier se joue de lui, il décide de chercher des indices dans les nombreux cas de disparition survenus en Norvège depuis des années.

Malgré un casting composé de Michael Fassbender, Rebbecca Ferguson, J.K Simmons et Charlotte Gainsbourg, c’est bel et bien la présence de Tomas Alfredson qui avait de quoi réjouir les cinéphiles. En deux films seulement, le réalisateur suédois s’est imposé comme un artiste à suivre. Morse bouleversait les codes du film de vampire tandis que La Taupe redonnait ses lettres de noblesse à un genre en désuétude. Mais la production chaotique de son dernier film semble avoir eu raison de lui.

Si sa maitrise technique n’est pas vraiment à remettre en cause, l’intéressé filmant les grands espaces de façon convaincante, c’est autour du storytelling que le bât blesse. À aucun moment, le film n’arrive à sortir des sentiers battus. Les meurtres violents se succèdent, et lorgnent vers le style poisseux d’un Seven sans jamais en atteindre l’intensité.

Ils font ainsi office de chapitrage narratif, tentant de relancer toutes les demi-heures une enquête dont on semble connaitre les aboutissants très tôt. La mise en scène trop neutre n’arrive pas à créer un sentiment de terreur face aux crimes commis, ni une véritable attente autour du prochain. Plutôt que de se focaliser sur la traque, le film opère plusieurs digressions censées nous mener par le bout du nez.

On passe ainsi du complot politique au réseau de prostitution clandestin, que l’on jette çà et là comme les ingrédients du parfait petit polar scandi-noir qu’il faut avoir vu. Si cela fonctionnait bien dans Millenium ou Les Enquêtes du Departement V, cette fausse recherche de densité alourdit ici encore plus la narration. Elle est parachevée par la rédemption morale du personnage principal, qui est forcément un policier alcoolique ayant abandonné ses enfants. Un constat similaire pour le tueur dont les justifications ne feraient pas tomber Freud à la renverse. À moins de n’avoir vu aucun thriller depuis ces vingt dernières années, il sera difficile de s’émouvoir des rebondissements présentés ici.

Sans briller, Michael Fassbender tient son rôle, accompagné d’une Rebecca Fergusson plus en nuance. Cependant, la volonté de ne pas exporter le récit hors de son pays d’origine crée un décalage déroutant. On s’étonne ainsi de voir J.K Simmons (un natif de Detroit) défendre le comité norvégien aux Jeux olympiques. L’accent français de Charlotte Gainsbourg couronne l’impression d’une production américaine déguisée en long-métrage aux accents nordiques.

Le Bonhomme de Neige a beau avancer sous les atours d’un film scandinave, il n’en a ni la substance, ni la modestie. Sa mise en scène trop lisse n’arrive pas à faire décoller une histoire empêtrée dans son propre bourbier scénaristique. Malgré son expérience et un casting solide, Tomas Alfredson a bien du mal à créer et maintenir la tension inhérente au genre. À force d’évoluer sur un sol glissant, son film finit par complètement tomber à l’eau.

2 réponses à “[Critique] Le Bonhomme de Neige”

  1. Je crois que c’est plutôt Stieg Larsson qui s’est engouffré dans la brèche ouverte par Jo Nesbo.
    Mais très déçu si ce film n’est pas à la hauteur du livre.

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