Critique

Critique : Maléfique, le pouvoir du mal

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Benjamin Benoit le

Un lustre après le premier volet, la méchante-mais-pas-trop Maléfique revient pour célébrer le mariage de sa protégée, la princesse Aurore. Un scénario de film d’animation dans un univers « live » un peu trop lisse.

L’hégémonie de Disney aura été particulièrement prononcée en 2019. Un film majeur par mois sur le planning, entre les réinterprétations « live » de grands classiques, les suites et les acquisitions sans fin, tout ça jusqu’à une fin d’année qui devrait en financer quelques autres avec la doublette Reine des Neiges 2 puis Star Wars : l’ascension de Skywalker. Mais avant, petit détour vers une suite… d’adaptation live… d’un grand classique, là où les nuages sont cotonneux, l’herbe est verte et où les oiseaux chantent littéralement votre nom.

Maléfique, le pouvoir du mal est donc le quatrième maillon d’une chaîne qui suit Maléfique, sorti en 2014, inspiré lui-même de La belle au bois dormant (1959), qui adaptait un conte de Perrault. Dans l’épisode précédent, la belle princesse Aurore (Elle Fanning) vit maintenant en paix avec sa méchante marraine Maléfique (Angelina Jolie) – bien après tous ces entrechats impliquant un maléfice, un fuseau et un sommeil éternel. Tout ça est oublié et l’harmonie règne à HarmonieLand, les nains font des trucs de nains et les fées volent en gloussant. Seulement voilà : le beau prince Philippe veut la main de la frêle et virginale Aurore, ce qui n’en finit pas de rendre Maléfique fort jalmince. Cependant, le véritable coté obscur de la force semble surtout venir de la future belle-mère, la reine Michelle Pfeiffer (assez rigolote en matrone surprotectrice), qui cultive de sombres desseins.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le film joue sa carte de conte de fée jusqu’au bout. Une vision très personnelle, sans le côté sombre et ironique du genre, mais avec des effets spéciaux tantôt charmants (certaines bestioles sont assez réjouissantes) tantôt un poil repoussants (vous n’oublierez pas de sitôt les têtes des marraines les fées). Pas de violence, en tout cas pas de violence réelle, ici on se bat avec de la poudre colorée et d’innocentes boules de fer, parfait pour les bambins. En revanche, il manque un petit soupçon de peur, cet ingrédient secret qui a scellé les grands classiques. Les effets spéciaux et l’incrustation de décors et de personnages ne sont pas toujours du plus bel effet, mais font le job. Il faut être sensible à un univers baroque, tendance rose bonbon, desservi par un montage souvent bordélique qui laisse quelques trous dans le scénario. Mais si vous voulez voir un conte de fée par Disney avec une technologie et un storytelling moderne, alors vous serez satisfaits.

Maléfique tient beaucoup à vendre sa complexité, mais il faut bien la chercher – l’ambiguïté des personnages obéit à des schémas antédiluviens. Aurore – et Elle Fanning – sont maintenant adultes, mais encore des princesses qu’on doit sauver et resauver. Maléfique est une fausse vilaine accablée par le méchant déterminisme, mais elle a bien un coeur (sinon, il n’y a pas de film). La star du métrage, c’est son sbire, un faux Bill Hader fort seyant, qui a l’élégance de ne pas être un sidekick pénible. Il n’y a quasiment aucun humour dans Maléfique, mais la bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a de facto jamais d’humour déplacé, c’est raccord dans le genre. Des adultes trouveront le film sur rails et prévisible, les fans et les plus jeunes peuvent s’en contenter mais ont des modèles et des alternatives bien plus intéressantes.

Notre avis

Même pour les têtes blondes, Maléfique demeurera un divertissement lisse, bien moins ambigu et complexe qu’il ne veut le faire croire. Avec son script automatique et son ambiance rococo pas toujours heureuse, il manque de modernité et d’invention. Disney rend une copie un peu hors du temps, c’est la bonne et la mauvaise nouvelle.

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