Cela fait bien longtemps que Ryan Murphy a compris notre appétence pour le scandale, le sulfureux et les histoires morbides. Il en a fait, pour ainsi dire, son fonds de commerce. Ce qui fait bien les affaires de Netflix puisque les shows du producteur-scénariste font souvent décoller les audiences de la plateforme de streaming. À leur tête, on retrouve Dahmer, l’un des succès historiques du service de SVoD, qui s’est rebaptisé “Monstre” dès lors qu’il a accouché d’enfants illégitimes. La suite, tout le monde la connaît : d’abord les frères Menéndez, beaucoup moins impactants que leur aîné ; puis Ed Gein, qui avait pour lui de répondre à la surenchère naturelle de Murphy ; et on en arrive à L’Histoire de Lizzie Borden, première femme au centre de l’anthologie.
Monstre : L’Histoire de Lizzie Borden est un double défi pour Murphy et son scénariste Ian Brennan : d’abord, il faut parvenir à retranscrire l’époque, la fin des années 1800, ensuite, il faut parvenir à rendre “véridique” un récit qui compte un nombre incroyable d’événements non vérifiés et romancés. On ne vous dit pas encore si le duo réussit sa mission, mais on peut vous dire que cette nouvelle fournée de huit épisodes n’a pas été montrée à la presse avant sa sortie et que c’est rarement bon signe.

Ici, Lizzie Borden, jouée par la jeune Ella Beatty, vit dans un foyer violent où son père (Charlie Hunnam, le Ed Gein de Murphy) se désintéresse d’elle et où sa belle-mère (Rebecca Hall) passe son temps à la martyriser psychologiquement. Tout change lorsque la nouvelle bonne (Vicky Krieps) arrive au domicile et commence à entretenir une relation ambigüe avec Lizzie. Au point où celle-ci finira par massacrer ses parents.
Plus c’est long plus c’est… long
Si vous avez pris goût aux tueries de ce cher Gein, rangez vos espoirs au placard, les actes de Lizzie Borden sont bien moins nombreux et graphiques que ce dernier. Dans un sens, elle est bien plus semblable aux Menéndez qui sont moins des serial killers que des gosses de riches appâtés par l’argent. Ce qui donna une saison plus calme en termes de meurtres et obligea Murphy et Brennan à chercher du glauque ailleurs, dans une relation incestueuse par exemple. Parce que c’est bien le problème du showrunner : ce goût de l’exagération. Avec Gein, il trouvait son chant du cygne, alors forcément avec la jeune et si docile Lizzie, il n’a pas assez de matière.

Rarement on avait senti la série autant patauger dans la semoule pour tenter de justifier ses huit épisodes de quasiment une heure. Et le problème, c’est qu’il n’y a jamais eu assez de faits “vérifiés et vérifiables” pour compléter les trous. Du coup, Monstre saison 4 s’occupe comme elle peut. Vous voulez une digression sur ce qui rend les huîtres inconsommables en mai ? Vous l’avez. Comme précédemment, on a également une vision parallèle de l’impact qu’a eu Lizzie Borden sur la société et ici, ça passe par la tueuse en série Aileen Wuornos (popularisée par le Monstre avec Charlize Theron), incarnée par la muse de Murphy Sarah Paulson, qui voue une véritable fascination à cette figure féministe passée.
Parce que oui, Murphy et Brennan piochent ce qu’ils veulent dans les récits historiques et rarement saison avait été aussi éloignée de la réalité. Les créateurs plongent dans la fiction pure pour gonfler leur narratif à un tel point que notre crédulité consentie passée ne suffit plus à accepter l’inacceptable. La romance entre Lizzie et Bridget, les exagérations de Rebecca Hall en belle-mère qui fait boire du thé à la poussière aux bonnes, le machisme absolu du patriarche, l’admiration d’Aileen, tout est “trop” et tout sonne faux, surtout dans le pseudo-discours féministe clairement écrit par des hommes.
Lizzie Bordel
On a le sentiment que Monstre s’invente la vie de Lizzie d’épisode en épisode et qu’importe ce qui s’est réellement passé puisqu’il n’y a jamais eu aucun fait absolu sur le sujet. Alors autant faire n’importe quoi, n’importe comment, tant que ça fait du drame. Non ? On est clairement sur du remplissage gras et sans âme, seulement sauvé par un casting impliqué (Rebecca Hall l’étant d’ailleurs peut-être un peu trop, flirtant constamment avec le surjeu). Le pire, c’est que le créateur en a bien conscience puisqu’il assume une sorte de guignolesque où la bande-son pop s’invite au XIXe siècle et où un repas se transforme en hommage à L’Exorciste, façon cirque Pinder.

Même le montage final manque de jus. L’intérêt de l’histoire de Lizzie Borden (la vraie) se trouve dans son procès où elle est jugée innocente puisqu’une femme dans sa position aurait été incapable de commettre ces crimes. Là est le discours féministe. Mais loin de choisir une chronologie alternée comme pour Dahmer, nous montrant le procès comme le point d’ancrage du récit, la série fait le choix d’un narratif chronologique où on suit les événements comme ils surviennent. Ce qui rend l’expérience pénible et particulièrement longue. Le fameux procès se transforme presque en simple péripétie puisque tous les sujets ont déjà été esquissés, pardon, surlignés au rouleau à peinture durant les épisodes précédents.
Borden line
Reste le dernier sujet problématique : la critique qui est faite à chaque saison de Monstre. La série d’anthologie aime victimiser ses tueurs de sorte que l’on finisse par avoir une certaine pitié pour ces derniers, voire de la tendresse selon les cas. Oui, il est plus facile d’être fasciné si on parvient à s’identifier. Autant dire que les véritables victimes, elles, sont montrées avec beaucoup moins de passion, comme si leur mort n’était qu’un épiphénomène. Un simple détail. C’est comme si on voulait nous convaincre que ces “monstres” n’avaient pas le choix et que leurs actes n’étaient que la conséquence de leur vie pénible. Toujours à deux doigts de nous justifier l’injustifiable. Lizzie Borden franchit ce Rubicon.

Lizzie EST une victime. Victime de machisme, de maltraitance et bien d’autres maux. Ses parents méritent ce qui leur arrive. Dès le début, cette quatrième saison est sans équivoque sur le sujet, on est dans le camp de la tueuse et par ricochet, on finira par être dans le camp d’Aileen, ses femmes incomprises qui ont eu le courage de prendre leur vie en main malgré les conséquences. Ici, les monstres ne sont pas ceux que l’on croit. Et puisque là-dedans, tout ou presque n’est que fiction ou fantasme, on ne sait pas ce qu’ils nous réservent pour la saison 5 et c’est bien plus effrayant que l’identité du futur cobaye.