On se souvient lorsqu’il y a trois ans, un camarade nous glissait qu’il n’avait pas pu regarder les dix épisodes consacrés à Jeffrey Dahmer d’une traite, par la dureté des images et de son sujet. Une expérience que nous avons éprouvé aujourd’hui en regardant les huit épisodes de Monstre : l’histoire d’Ed Gein sans pause. Quasiment huit heures d’un spectacle éprouvant, dérangeant, horrifique. À l’heure d’écrire ces lignes, on ne cache pas qu’on préférerait se mettre devant un bon épisode de Miraculous.
Parce que pour la troisième saison de la série anthologique autour des serial killers, gros succès sur Netflix, le duo Ryan Murphy (toujours lui) et Ian Brennan s’est penché sur celui qui est souvent considéré comme le père de tous, Ed Gein. Un nom qui parlera peut-être moins à un public de néophytes qu’un Charles Manson ou un Ted Bundy, mais dont « l’oeuvre » a inspiré tout un pan de la culture populaire. Films, séries, tueurs en série modernes… ils lui doivent tout ou presque.

Qu’a-t-il fait pour être si célèbre ? Dans les années 50, Ed Gein est un jeune homme vivant avec sa mère dans le Wisconsin rural. Son père a été mis à la porte, son frère tente de vivre une vie normale de son côté, et Ed est isolé avec une matriarche pieuse extrémiste l’empêchant de fréquenter du monde et surtout les femmes. Le jour où cette dernière décède, Ed se retrouve complètement perdu et va commencer à découper la chair des cadavres pour en faire un déguisement de femme… jusqu’à passer au meurtre.
Encore plus affreux que ce que l’on imaginait
Les premières images dévoilées par la plateforme de streaming annonçaient la couleur et, pourtant, vous n’avez encore rien vu. Attention, si vous vous lancez dans Monstre : l’histoire d’Ed Gein, sachez que la série ne vous épargnera rien. Rien ? Rien. Meurtre sauvage, fabrication d’objets en peau humaine, nécrophilie, éviscération… le show fait passer sa saison centrée sur Dahmer pour une colonie de vacances. Et on ne parle même pas des Menendez.

Depuis le temps, on connaît les méthodes de Murphy (American Horror Story) et son goût pour le dégueulasse. Que cela soit vrai ou faux. Car cette saison évite l’un des problèmes qu’a connu la série depuis ses débuts, à savoir une trop grande proximité temporelle avec ses sujets. L’entourage des victimes de Dahmer était monté au créneau en 2022 et ce sont carrément les Menendez eux-mêmes qui se sont exprimés en 2024. En s’accaparant l’histoire d’un type mort qui a sévi dans les années 50, Murphy, Brennan et Netflix prennent moins de risque et peuvent se lâcher.
Se lâcher, car loin des faits que l’on sait véritables ou du moins vérifiables, ce Monstre se permet évidemment de rajouter des couches de sordide, notamment en mettant en scène la fascination supposée de Gein pour les sévices infligés aux Juifs par les Nazis via des séquences hallucinées. Comme si le personnage ne suffisait pas, pourquoi ne pas y mettre un petit bonus « horreur nazi » après tout. Pour les amateurs de True Crime et de morbide, cette saison est l’équivalent du buffet légumes à volonté de Flunch. Ce n’est pas moralement très propre, mais tu en as pour ton argent.

Malgré les rajouts fictifs (et il y en a pas mal), la série a tendance à traîner en longueur. Il ne se passe pas toujours quelque chose de captivant à l’écran. Néanmoins, on ne saurait lui reprocher puisque ces moments de calme laissent tout de même perdurer le malaise. La psyché de Gein est telle, qu’il peut constamment se passer un événement inattendu, y compris lors d’une séquence d’apparence banale. Il y a perpétuellement une atmosphère lugubre qui se dégage de la série dès lors que l’on est près de son protagoniste. Ce troisième volet de Monstre oscille sans cesse entre le cauchemar et l’angoisse.
Le gentil homme derrière son masque en peau humaine
Un sentiment renforcé par la prestation magistrale de Charlie Hunnam. L’acteur popularisé par Sons of Anarchy s’était volontairement fait discret depuis deux ans et il revient en force. Avec une gentillesse jamais feinte et pourtant inquiétante et sa voix lente qui ressemble à celle d’un enfant mal assuré (pour le coup, on vous conseille absolument de regarder en version originale), l’acteur est transformé.
Et ce n’est pas le seul puisque aucune figure présente ne fait ressentir une quelconque sympathie à son égard, et surtout pas les personnages féminins, vues uniquement comme des manipulatrices ou de simples victimes sur lesquels on ne s’attarde pas. C’est là un des défauts majeurs de cette saison. En voulant pousser l’émotion du côté de la folie provoquée par la solitude, la série ne manque pas de propos – la première chose que l’on perd par l’absence, c’est la raison -, mais elle finit par presque s’attendrir du sort de Gein, alors que ce n’était pas le dernier des affreux.

Comme si Monstre voulait que finalement on s’attache à Ed Gein, le personnage étant devenu plus grand que la personne. Le show baigne dans une certaine hypocrisie en ayant l’intelligence d’installer un récit parallèle (et bien caché par la promotion) reflétant notre fascination sociétale pour les histoires vraies morbides. L’horreur fait vendre, la montrer encore plus.
Le tueur en série rapporte, la série de tueur aussi.
Un parti-pris très intéressant, Monstre : l’histoire d’Ed Gein jouant la carte du bilan à la fois de ceux que le tueur a inspiré, de Hitchcock à Bundy, mais également de la raison du succès du show. Certes. Sauf qu’il y a comme un sentiment d’un hôpital qui se moquerait de la charité dès lors que le récit se permet d’y glisser une sorte de morale.
Sans vous révéler le qui du comment, il y a un dialogue qui nous semble ici pertinent de retranscrire pour expliciter notre propos. “Tant de gens ont pris ton histoire […] ils l’ont déformé, ils s’en sont servis à leur avantage. Ils y ont ajouté des choses fausses. Ils ont retiré des choses horribles”. Ces paroles résonnent comme si la série voulait critiquer ce qu’elle est elle-même en train de faire. Parce qu’il y a clairement du voyeurisme dans Monstre : l’histoire d’Ed Gein et parfois tout aussi malsain que son sujet.
Certes, cette nouvelle saison de la série est très réussie, parvenant à se renouveler jusqu’à dans son schéma narratif. Mais on ne peut s’empêcher de penser que derrière cette création, la moralité de ses auteurs s’est effondrée jusqu’à aller titiller gratuitement les fans désolés de Mindhunter ou laisser supposer que Gein aurait finalement pu être un grand homme par l’héritage qu’il laisse. Comme nous le disions, série malaise.
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