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Lidl fait rouler un poids lourd électrique autonome pour livrer ses supermarchés

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Un camion électrique sans cabine, sans volant et sans personne à bord circule désormais sur une route publique allemande. Lidl vient de lancer à Edermünde, près de Kassel, une expérimentation avec le spécialiste suédois Einride qui va beaucoup plus loin qu’un simple prototype présenté sur un parking : le véhicule assure réellement des livraisons entre un centre logistique et un magasin Lidl.

Le camion fonctionne en niveau 4 d’autonomie, dans un périmètre défini et sur un trajet précis. Il peut donc prendre seul toutes les décisions nécessaires à sa conduite sans qu’un chauffeur soit installé à bord. Et contrairement à beaucoup de démonstrations de conduite autonome, il ne s’agit pas ici de faire quelques kilomètres pour les caméras car Lidl prévoit de lui faire transporter plus de 3 000 palettes pendant quatre mois !

Un camion qui livre vraiment des magasins

L’expérience se déroule à Edermünde, en Hesse, près de Kassel. Le camion relie le centre administratif et de distribution local de Lidl à un magasin situé à proximité. Son rôle est pour l’instant très précis, il assure la totalité des livraisons de produits secs sur cette liaison. Le véhicule dispose de 15 emplacements pour palettes Europe et peut effectuer jusqu’à trois rotations par jour. Sur les quatre mois prévus pour l’expérimentation, Lidl et Einride espèrent ainsi transporter plus de 3 000 palettes.

Ce fonctionnement est volontairement limité car le camion ne parcourt pas librement les routes allemandes en fonction des besoins du jour. Il évolue sur une zone et un itinéraire précisément définis, avec une autorisation délivrée par le Kraftfahrt-Bundesamt (KBA), l’Office fédéral allemand des transports motorisés.

Selon les données publiques du KBA, cette autorisation a été accordée le 14 août 2026. Le véhicule est autorisé à circuler à une vitesse maximale de 25 km/h dans le cadre de cette expérimentation. C’est justement ce cadre extrêmement contrôlé qui permet aujourd’hui à Einride et Lidl de passer du prototype à une véritable utilisation logistique.

Même pas de siège pour un éventuel chauffeur

Le camion est particulièrement spectaculaire parce qu’il ressemble davantage à un véhicule autonome conçu autour de sa mission qu’à un poids lourd traditionnel auquel on aurait simplement retiré le conducteur. Il n’a pas de cabine, pas de volant, ni de pédales d’accélérateur ou de frein. Aucun chauffeur ni opérateur de sécurité n’est installé à bord pendant les trajets.

Le véhicule relève du niveau 4 SAE, à ce niveau, le système automatisé prend en charge l’ensemble de la conduite dans un domaine d’utilisation déterminé. Il n’est donc pas nécessaire qu’un humain soit prêt à reprendre le volant en permanence.

La distinction avec le niveau 5 est importante : un véhicule de niveau 4 n’est pas capable de conduire n’importe où et dans n’importe quelles conditions. Il fonctionne uniquement dans le périmètre pour lequel son système a été conçu et autorisé. Si le véhicule atteint les limites de son domaine de fonctionnement ou rencontre un problème, il est conçu pour se mettre automatiquement dans un état sûr.

C’est une approche particulièrement adaptée au transport de marchandises. Un camion qui effectue chaque jour la même liaison entre un entrepôt et un magasin présente un environnement beaucoup plus prévisible qu’une voiture autonome censée pouvoir circuler partout en ville.

Lidl et Einride travaillent ensemble depuis 2017

Lidl et Einride travaillent ensemble depuis 2017. Les deux entreprises avaient alors déjà l’ambition d’électrifier et, à terme, d’automatiser les livraisons entre les entrepôts et les magasins du distributeur en Suède.

En 2020, les deux partenaires ont accéléré cette stratégie avec un programme consacré aux camions électriques. Les premiers transports réguliers électriques ont ensuite commencé dans la région de Stockholm, avant que le dispositif ne soit étendu à d’autres magasins.

Et en août 2026, quelques semaines avant le lancement du test allemand, Lidl et Einride annonçaient encore une nouvelle extension de leur partenariat en Suède. Les volumes annuels de transport électrique doivent passer d’environ 474 000 à 832 000 kilomètres.

Le camion autonome qui roule aujourd’hui en Allemagne est donc davantage l’aboutissement d’une stratégie commencée il y a près de dix ans qu’une démonstration spectaculaire sortie de nulle part.

Pourquoi commencer par une seule route ?

Il serait tentant de voir dans ce camion le début imminent d’une flotte de poids lourds autonomes sillonnant les autoroutes européennes. Ce n’est pas encore le cas. Pour l’instant, Lidl et Einride ont choisi une approche beaucoup plus prudente : une route, un centre logistique, un magasin et un type de marchandises.

C’est aussi ce qui rend le test intéressant car le véhicule ne doit pas seulement prouver qu’il sait éviter un obstacle ou rester sur une route. Il doit s’intégrer dans une chaîne logistique existante, respecter les horaires de livraison, transporter des palettes et effectuer plusieurs rotations quotidiennes.

Le test doit permettre aux deux entreprises de mesurer ce que cette technologie apporte réellement dans des conditions de travail normales.

Et Lidl ne cache pas la suite envisagée car si l’expérience est concluante, le groupe souhaite explorer des itinéraires plus complexes avec plusieurs arrêts, ce que l’on appelle généralement un “milk run”, avec un même camion qui dessert plusieurs magasins au cours de sa tournée.

Le manque de chauffeurs reste l’un des arguments

Derrière la démonstration technologique, l’enjeu est évidemment économique et logistique. Les transporteurs européens font face depuis plusieurs années à une pénurie de chauffeurs routiers. Pour les distributeurs, automatiser certaines liaisons très répétitives pourrait permettre de sécuriser une partie des approvisionnements et de réduire la dépendance à la disponibilité de conducteurs.

Le cas de Lidl est particulièrement intéressant parce que ses flux entre centres de distribution et magasins sont souvent très réguliers. Une liaison répétée plusieurs fois par jour constitue justement l’un des scénarios où l’autonomie de niveau 4 peut être envisagée plus facilement.

Cela ne signifie pas pour autant que les chauffeurs routiers vont disparaître. Les tournées complexes, les opérations de chargement et de déchargement, les trajets longue distance et les situations imprévues restent des problèmes très différents.

Mais pour certaines liaisons parfaitement balisées, le camion autonome commence à passer du stade de la démonstration à celui de l’outil logistique.

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