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Critique Marche ou crève : ce n’est pas Hunger Games, c’est mieux

46 ans après sa publication, le roman de Stephen King s’offre enfin une adaptation plus que jamais dans l’air du temps. Critique.

Lorsqu’une nouvelle adaptation d’une œuvre de Stephen King débarque sur grand écran, les spectateurs se précipitent dans les salles obscures dans l’espoir de retrouver une once de l’adrénaline autrefois procurée par Shining ou Carrie (pour ne citer qu’eux). Et malheureusement, le charme caractéristique des récits de l’auteur parvient trop rarement à faire mouche au cinéma. Il faut dire que certaines histoires sont faites pour être lues et non vues.

La logique voudrait d’ailleurs que Marche ou crève entre dans cette catégorie. Un roman à propos d’une randonnée mortelle n’est-il pas le concept le moins facilement adaptable ? N’est-il pas évident que les spectateurs vont s’ennuyer ? Mais alors que rien ne semble jouer en la faveur de ce long-métrage, l’adaptation de Marche ou crève nous prend aux tripes en nous rappelant que les dystopies d’hier sont plus que jamais d’actualité. Ici, l’horreur façon Stephen King prend une tout autre dimension.

De quoi ça parle ?

Marche ou crève porte bien son nom. Dans un futur plus ou moins proche où les États-Unis cherchent à se remettre financièrement d’une guerre, les jeunes hommes du pays sont appelés à participer à une compétition intitulée “La Longue Marche”. Cet événement retransmis à la télévision consiste à marcher à un rythme imposé jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul survivant parmi 50 candidats.

Tous les participants qui abandonnent en cours de route sont exécutés sur place. À la clé de cette épreuve surhumaine : une énorme somme d’argent et un vœu exaucé. Dans cette société meurtrie, La Longue Marche” s’impose comme un symbole d’espoir, utilisé à des fins de propagande par le gouvernement. Le film nous invite à suivre le périple d’un certain Ray Garraty, bien décidé à faire de sa participation le moteur d’une prise de conscience plus que nécessaire.

Marche Ou Crève Screen 1
© Lionsgate

Non ce n’est pas Hunger Games !

L’idée d’un jeu mortel dans une Amérique dystopique n’est pas sans rappeler la fameuse saga de Suzanne Collins. Et si les romans Hunger Games ont vu le jour bien longtemps après l’œuvre de Stephen King, la comparaison n’est tout de même pas anodine en ce qui concerne l’adaptation cinématographique. En effet, sa réalisation a été confiée au cinéaste Francis Lawrence, à qui l’on doit déjà quatre longs-métrages de la franchise au geai moqueur (L’Embrasement, La Révolte partie 1 et 2, La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur).

Et pourtant, rien dans Marche ou crève ne nous rappelle Hunger Games, si ce n’est un sentiment de tension permanent et bougrement efficace. Là où les aventures de Katniss sont spectaculaires et relèvent du blockbuster, l’adaptation du roman de Stephen King est minimaliste, personnelle et à échelle humaine. Francis Lawrence a développé une certaine maîtrise des dystopies en travaillant sur Hunger Games et se sert de cette expérience pour attaquer des thématiques similaires sous un autre angle.

Marche ou crève met à profit son cadre atypique (que l’on pourrait presque considérer comme un huis clos) pour aborder les notions d’espoir, d’avenir et de corruption au travers de personnages qui vivent leurs derniers instants, mais s’accrochent désespérément à l’idée de vivre. De quoi offrir des débats et des réactions qui transforment ce simple jeu mortel en une véritable réflexion philosophique et sociologique.

Marche Ou Crève Garraty Mcvries
© Lionsgate

Des changements nécessaires et efficaces

Que les lecteurs de Marche ou crève soient prévenus : l’adaptation du scénario signée J. T. Mollner (Strange Darling) n’hésite pas à s’éloigner du roman original. Mais c’est loin d’être un défaut. Avec cette version retravaillée de l’histoire imaginée par Stephen King en 1979, le duo de scénariste et réalisateur parvient à faire de Marche ou crève une œuvre d’actualité et troublante de réalisme. Ce film débarque en salles alors que le contexte politique et social ne cesse de s’envenimer outre-Atlantique.

Le film n’hésite donc pas à infuser son propos de références qui ramènent au monde réel, de quoi brouiller la frontière avec la fiction pour mieux nous tétaniser. Marche ou crève nous prend littéralement aux tripes tant il paraît prédire un avenir proche et immuable. On aurait presque envie de qualifier la copie de Francis Lawrence et J. T. Mollner d’un nouveau genre horrifique, où les peurs prennent racine dans une angoisse sociale bien réelle plutôt que dans le surnaturel. Et si cet exploit faisait de ce film la meilleure adaptation de Stephen King sur grand écran ? Oui, on a osé.

L’exagération comme seul faux pas ?

Notons tout de même que, malgré ses nombreuses qualités, l’écriture de Marche ou crève est encore loin d’être parfaite. Le film n’hésite pas à exagérer certains traits de caractère ou certaines thématiques pour tenter de dresser une satire de la société américaine, quitte à parfois en faire trop. Une surenchère qui se retrouve aussi dans la caractérisation des personnages, le film se vautre dans une ultra-masculinité qui desservirait presque le propos.

Marche Ou Crève Mark Hamill
© Lionsgate

On pense notamment au Commandant incarné par Mark Hamill, dont les lignes de dialogues déjà bien potaches sont accompagnées d’un jeu d’acteur trop parodique. L’idée d’un clown au pouvoir démesuré ne vient pas de nulle part, mais il n’empêche que cette opposition de ton laisse un sentiment étrange. Ajoutons à cela des clichés vus et revus comme la figure du harceleur homophobe qui semble lui-même dans le placard pour obtenir un ensemble qui manque quelques fois d’originalité. Peut-être est-ce l’image de notre société rongée par les normes que le film tente de renvoyer. Mais l’on aurait tout de même apprécié moins de poncifs du genre, surtout pour un film qui ne cesse de se démarquer par le minimalisme de ses visuels et de son ambiance sonore.

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Notre avis

Marche ou crève est le genre de film dont on sort de la séance avec le cafard, mais pour toutes les bonnes raisons. Francis Lawrence et J. T. Mollner nous servent un thriller de haut niveau, où chaque parallèle avec notre société a plus de poids sur notre estomac et notre humeur que n'importe quel jumpscare. L'horreur n’a-t-elle jamais été si proche et réaliste ?

L'avis du Journal du Geek :

Note : 8 / 10

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