De l’aveu d’Eiichirô Oda lui-même, One Piece se rapproche de sa fin. Il faut dire que cela fait 25 ans que Luffy, Nami, Zoro et les autres parcourent les océans, soit l’équivalent de 102 volumes de manga et 1025 épisodes d’animation. Des chiffres qui ont de quoi donner le tournis à n’importe qui, sauf aux fans qui en redemandent. Une soif de piraterie qui accouche aujourd’hui d’un quinzième film d’animation : One Piece Film – Red.
Ici, Luffy et ses Mugiwaras assistent à un concert de la chanteuse la plus populaire du moment, Uta. Celle-ci n’est autre que la fille de Shanks le Roux et sa voix pourrait bien changer la face du monde.

On se gardera bien de vous en dire plus, le long-métrage recelant quelques surprises. Sachez néanmoins que le mangaka supervise, comme à son habitude, le bébé, histoire que le manga et les films ne télescopent pas en termes de cohérence ; les seconds ne sont, on le rappelle si besoin, pas intégrer dans la trame principale, mais doivent juste être appréciés comme des aventures bonus parallèles. Et c’est là que Red a déjà quelques lacunes.
One Piece, le début de la fin
On se doit, ici, d’ouvrir deux petites parenthèses. La première est qu’il est fortement déconseillé de se faire une séance de Red sans connaître One Piece. Au quinzième film, le scénario n’a plus besoin de se perdre en exposition et s’adresse aux fans et uniquement aux fans sous peine de manquer 99% de l’intérêt du long-métrage. Deuxièmement, il convient d’être plus ou moins à jour sur les événements récents des aventures de Luffy, surtout sur papier. Le métrage se faisant particulièrement écho avec le manga, se plaisant à glisser furtivement-mais-pas-trop quelques morceaux que les amateurs de l’animé auront encore bien du mal à identifier.

Des précautions importantes justement parce que One Piece Film – Red semble, contrairement à ses prédécesseurs, pas tant une de ces aventures parallèles dont nous parlions, mais presque une histoire hors du temps où le fan-service – évidemment omniprésent comme on en a pris l’habitude – ne se conjugue pas si naturellement que ça avec les événements racontés.

Car si la surenchère de personnages a toujours été un moyen de monter le niveau d’excitation du spectateur en impliquant ces derniers dans des affrontements dantesques (One Piece Film – Stampede en est le parfait exemple), cela se faisait au sein d’une certaine logique qui permettait la suspension consentie de l’incrédulité. Certes, le personnage n’a aucune raison d’être là, mais pourquoi pas ?

Et c’est là que l’on en revient à la conclusion proche de One Piece, car Red semble davantage vouloir marquer la fin d’un chapitre qu’un simple interlude. Conséquence directe, on a la sensation d’assister à du fan-service d’obligation plus que de passion. Comme s’il fallait absolument réaliser une sorte de bilan des personnages rencontrés en vingt-cinq ans. La présence de Shanks, l’homme par qui tout a commencé, en est la preuve concrète. One Piece Film – Red n’apparaît, dès lors, pas comme un moyen de prolonger le plaisir, mais le symbole que celui-ci va bientôt prendre fin.
Red is dead
Concernant l’animation, on sent la volonté de l’équipe de s’inspirer du récent Dragon Ball Super : Broly en jouant sur plusieurs styles. Inspiration qui tourne d’ailleurs en plagiat lors d’une certaine scène finale. Là encore, on retrouve cette idée de réaliser une œuvre à la croisée des chemins, empruntant graphiquement autant au passé qu’au futur.

Avec ce poids sur les épaules, One Piece Film – Red brille autant qu’il cafouille, comme s’il était incapable de savoir dans quelle direction aller. Rarement un métrage sur Luffy nous aura provoqués autant d’exaltation et de consternation simultanément. Une désorientation appuyée par la réalisation extrêmement épileptique de Goro Taniguchi, incapable de tenir un plan plus de 2 secondes. En voulant imposé de l’énergie artificiellement à chaque scène, il empêche celle-ci de s’imprégner et on n’a pas le temps de profiter d’une action d’un mugi qu’un autre a déjà pris sa place. Tout va vite et Red en devient difficile à suivre.

Mais le plus déconcertant reste incontestablement la tournure musicale du film. L’ajout d’Uta (ajout par ailleurs peu crédible dans le lore de l’histoire globale) transforme One Piece en clip de J-Pop où la chanteuse Ado (qui prête ses vocalises au personnage) enchaîne les morceaux sur différents rythmes. Une présence musicale si omniprésente qu’on en oublie par moment qu’on est devant un film tiré de l’oeuvre d’Oda. Si les amateurs y trouveront peut-être leur compte, pour qui n’apprécierait pas ces envolées lyriques, One Piece Film – Red peut vite tourner au cauchemar…