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Critique One Piece saison 2 : un naufrage dans la Grand Line ?

Trois ans après avoir constitué officiellement l’équipage de Chapeau de paille, Luffy et ses nakamas partent pour Grand Line dans les 8 épisodes constituant la saison 2 de One Piece. L’un des plus gros paris de Netflix est-il toujours réussi ?

Si on suit un peu les réseaux sociaux, il n’est pas rare de tomber sur une vidéo, dernièrement, se moquant de l’adaptation live de One Piece, lancée par Netflix en 2023. Comme s’il était devenu tendance de taper dessus, alors qu’à sa sortie, il faut savoir le reconnaître, la série avait surpris tout le monde.

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Le portage signé Steven Maeda et Matt Owens n’est pas parfait, et ses défauts se retrouvent également dans cette deuxième fournée, comme nous allons le voir. Néanmoins, One Piece en live action est l’exemple presque parfait pour se rendre compte du chemin parcouru depuis les premiers essais de la plateforme de streaming dans le domaine. Death Note, Cowboy Bebop, Saint Seiya d’une autre manière… On se souvient d’un temps où adaptation et Netflix étaient deux termes qu’on avait appris à redouter lorsqu’ils étaient dans la même phrase. Autant dire qu’avec la folie et la richesse d’un univers comme celui d’Eiichirō Oda, tous les voyants étaient au rouge pour une version en chair et en os.

Critique One Piece saison 2 : un naufrage dans la Grand Line ?
© Netflix

Et puis le show est arrivé, bien aidé par la supervision minutieuse du mangaka lui-même et un budget plus que confortable de 118 millions de dollars, l’un des plus gros du service de streaming. One Piece déborde d’envie de bien faire, y compris d’un casting très enthousiaste, prenant juste ce qu’il faut de liberté sans jamais trahir l’esprit de l’œuvre originale et les fans. Un résultat imparfait, oui, mais un petit miracle quand on y pense et une sorte de mètre étalon pour d’autres œuvres adaptées de la part de Netflix.

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Avec la saison 2, on reprend la même attitude, et on recommence ! Cette fois, avec davantage d’enjeux, aussi bien scénaristiques que visuels. L’oeuvre d’Oda est connue pour son ambition crescendo et la série ne pouvait pas en faire autant. Huit épisodes, de quasiment une heure chacun, où les Mugiwaras vont devoir relever les premiers défis de Grand Line. Un océan traversant le monde de One Piece d’est en ouest sur lequel seuls les pirates les plus forts peuvent naviguer. Ils vont se retrouver sur le chemin de Baroque Works, une organisation criminelle agissant dans l’ombre.

Critique One Piece saison 2 : un naufrage dans la Grand Line ?
© Netflix

Autant le dire tout de suite, celles et ceux qui n’ont pas adhéré à la première saison ne monteront pas dans le train de la hype ici. La saison 2 a les mêmes qualités, les mêmes défauts, mais en prenant en compte l’expansion du monde de One Piece, ces derniers sont extrapolés. Avec un budget similaire, cette fois, il faut composer avec beaucoup plus de fruits du démon, des géants, un personnage mi-renne / mi-homme, une baleine gigantesque, des îles variées, etc. Bref, une suite dans la pure tradition du plus gros, plus fort, sans un centime de plus. Et si vous n’avez déjà pas réussi à apprécier l’adaptation de la loufoquerie d’Oda précédemment, vous n’êtes définitivement pas prêts pour One Piece saison 2.

De notre côté, il faut admettre que ce qu’on pouvait passer sous silence lors de la première saison, trop agréablement surpris que l’on était, prend ici une ampleur telle qu’il devient difficile de détourner le regard. La réalisation (tournante) reste le plus gros point noir de la série, malgré des efforts pour donner à certaines séquences un aspect plus manga relief dans son découpage. On apprécie notamment lorsque la mise en scène casse le quatrième mur avec des informations données au spectateur puis effacées par les personnages. Le genre de petit détail qui se remarque.

Critique One Piece saison 2 : un naufrage dans la Grand Line ?
© Netflix

Sauf que le show ne parvient pas à doser son hommage au support original et on va trop régulièrement alterner entre des combats puant le factice, à la limite du câble apparent, et des scènes iconiques sur papier trouvant ici une version vidée de sa force narrative, cette adaptation en prise de vue réelle n’ayant pas la capacité de la reproduire. Trop souvent, la série montre ses limites, que ce soit par son recours quasi-systémique aux intérieurs pour réduire les coûts, le peu d’élasticité de Luffy, ses fonds verts assez visibles ou ses décors en papier mâché. Symbole de ces failles, l’affrontement contre Wapol est un aveu de faiblesse malgré les efforts affichés.

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Les efforts affichés, justement. C’est peut-être ça qui fait que l’on adhère toujours autant à One Piece version live Netflix. Parce qu’à aucun moment, on a la sensation que le show tente de nous tromper, de caresser le fan dans le sens du poil avec une production cynique jouant sur quelques références.

Critique One Piece saison 2 : un naufrage dans la Grand Line ?
© Netflix

Est-ce qu’il n’aurait pas fallu faire l’impasse sur certaines idées farfelues d’Oda dans le design de ses personnages ? Lorsque l’on voit le nombre ahurissant de postiches ridicules – Crocus, Hiluluk, Igaram… – ou gênant les acteurs (Taz Skylar n’en peut plus de la mèche de Sanji), on se dit que le show aurait pu faire le choix d’un poil plus de réalisme, sans pour autant trahir le caractère. Est-ce qu’il n’aurait pas fallu réarranger Smoker (Callum Kerr) pour qu’il fasse moins acteur de film pour adulte ? Est-ce que les rires particuliers de certains ne sonnent pas trop faux ? Est-ce qu’Iñaki Godoy ne devrait pas jouer davantage son Luffy que recopier bêtement certaines mimiques d’un dessin (animé ou non) ? Est-ce qu’il n’aurait pas fallu rendre l’une des transformations de Chopper moins gênante ?

Critique One Piece saison 2 : un naufrage dans la Grand Line ?
© Netflix

Le jour où One Piece répondra par l’affirmatif à ces questions, la série live dépassera sans doute ses barrières. En attendant, elle préfère mettre ses efforts ailleurs. Dans une ambition et une générosité affichées ; dans des effets spéciaux soignés lors des moments clés tels que le combat contre Smoker, les aptitudes de Wapol ou de Nico Robin, l’apparence initiale de Chopper ; dans l’enthousiasme ostentatoire des acteurs qui participent à l’aventure ; dans cette envie de donner vie à One Piece, tout simplement.

À l’image de la précédente, cette saison 2 continue de vouloir bien faire, avec ses limites, ses contraintes, parfois sa trop grande fidélité justement, mais, surtout, avec sincérité. Plus précisément, on peut dire que One Piece saison 2 choisit ses combats. Et en l’état, cela nous suffit pour y prendre encore beaucoup de plaisir.

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Notre avis

Lorsque l'on fait le bilan, on pourrait se dire que la route est encore très longue pour que le show devienne roi des pirates, avec des lacunes en pagaille. Mais au final, on a la sensation que One Piece est à l'image de l'équipage de Chapeau de paille, une œuvre qui a conscience de sa marge de progression, des défis qui l'attendent, mais qui se refuse à l'impossible. L'optimisme de Luffy est contagieux, car à la sortie de cette saison 2, on a également un rêve : celui de voir la série continuer et se bonifier.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 6 / 10

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