Quand il s’agit de décrire Steven Spielberg, le terme “grand enfant” revient indubitablement. Depuis ses débuts dans les années 70, le réalisateur a toujours mis le ludisme au centre de son procédé cinématographique. Tout dans son cinéma ramène à sa propre enfance, ses rêves et l’impact qu’a eu le divorce de ses parents. Chez Spielberg, il est souvent question de filmer le monde à hauteur de bambins, de jouer la carte de l’émerveillement en confrontant nos chères petites têtes blondes à l’autre, un ailleurs ou même à l’horreur. Dans Jurassic Park, des enfants tentent d’échapper aux dinosaures aux côtés des Dr Grant et Sattler. Dans E.T., un petit garçon se noue d’amitié avec un extraterrestre. Même lorsqu’il explore plus largement le drame, comme avec A.I. Intelligence Artificielle, l’enfant reste le cœur battant de ses histoires. Avec eux, il peut déployer des mondes fascinants et désarmants de naïveté.
Alors, quand à la fin des années 90 Warner Bros cherche un cinéaste pour s’emparer de l’adaptation d’un carton des librairies, son nom est évidemment le premier à être prononcé. Il a ému la terre entière avec E.T., maîtrise l’aventure comme personne depuis Indiana Jones et a même mis un orteil dans la fantasy avec Willow. Pour les producteurs, il est évident qu’Harry Potter à l’école des sorciers doit être réalisé par Spielberg. Il entame donc le processus de développement, mais abandonnera en 1999. Si des raisons familiales ont été citées par le metteur en scène, c’est le décès d’un autre cinéaste qui l’a finalement convaincu d’abandonner.
Reprendre le flambeau de Stanley Kubrick
Dans un entretien accordé à la chaîne TCM, Steven Spielberg revient sur cette décision d’abandonner ce qui s’annonçait comme un véritable carton dans les salles obscures. Ce ne sont pas des désaccords avec la production ou des contraintes familiales qui l’ont poussé à délaisser le monde des sorciers pour se consacrer à la science-fiction. La mort de Stanley Kubrick et une discussion avec sa veuve ont convaincu le metteur en scène que réaliser A.I. Intelligence artificielle était la meilleure chose à faire.
“Après la mort de Stanley, j’ai assisté à ses funérailles à son domicile. C’est à ce moment-là que son épouse Christiane et son frère Jan Harlan m’ont approché pour me proposer de prendre le relais. Ils m’ont demandé de réaliser le film à la place de Stanley, exactement comme lui l’avait imaginé de son vivant”.
Steven Spielberg planchait sur l’idée de Kubrick depuis les années 1985. Il s’agissait alors d’une adaptation de la nouvelle Les Supertoys durent tout l’été. L’auteur original Brian Aldiss devait se charger du scénario, mais le projet patinait lourdement. Aldis sera finalement renvoyé en 1989. Ian Watson prendra alors sa place. L’auteur avait alors pour consigne de s’inspirer des Aventures de Pinocchio de Carlo Collodi. Occupé par Minority Report et Harry Potter à l’école des sorciers, Steven Spielberg a néanmoins mis en pause le développement pour se consacrer à ces deux projets. La discussion avec Christiane Kubrick a bouleversé sa liste des priorités. “J’ai tourné le dos à Harry Potter, alors que ce projet devait être mon tout prochain film”.
@journaldugeek Tu préfères : Édition films de Steven Spielberg geek film #spielberg
A.I Intelligence artificielle sortira le 24 octobre 2001 en France, quelques semaines avant Harry Potter à l’école des sorciers. Il récoltera 235 millions de dollars au box-office mondial… contre plus d’un milliard pour les premières aventures du petit sorcier à lunettes. Pour autant, A.I. Intelligence artificielle a eu le bénéfice de faire office de mutation pour Spielberg. Après ce projet, résolument plus sombre, il commence à concevoir la science-fiction comme quelque chose de plus inquiétant. Sans A.I., le réalisateur n’aurait sans doute jamais fait Minority Report ou La Guerre des Mondes.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.