Ici, on est grands fans des travaux de Bill Lawrence, homme capable de nous émouvoir comme de nous faire rire aux larmes en une seule séquence. Spin City, Scrubs, Cougar Town, Ted Lasso, Shrinking… le CV. du monsieur parle de lui-même. Et on apprécie autant son écriture que sa capacité à s’offrir un casting cinq étoiles, avec des rôles à leur mesure.
Lorsqu’un certain Harrison Ford déclare qu’il pourrait achever sa longue carrière dans la peau de Paul, le psychiatre bourru au grand cœur de Shrinking, on en vient à lui souhaiter, tant c’est l’une de ses meilleures interprétations (et ça nous évitera peut-être un Indiana Jones 6). Alors quand Lawrence coécrit un nouveau projet avec, en tête de file, un dénommé Steve Carell, sérieusement, où est-ce qu’on signe ?

Greg Russo (Carell) est un écrivain à succès connu pour une série de romans de plage mélangeant sexe et action. Alors quand il est invité à parler de son travail dans un campus universitaire par le professeur Shepherd (Danielle Deadwyler), il se sent extrêmement mal à l’aise, conscient qu’il n’y a pas sa place. Mais Greg avait une autre idée en tête en acceptant, soutenir sa fille Katie (Charly Clive), professeur dans cette même université, récemment trompée par son mari (Phil Dunster).
Un Steve Carell en délicatesse
On ne va pas faire semblant, nous en sommes au même point que le spectateur, n’ayant vu que le premier épisode sur les dix qui composeront cette saison de Rooster sur HBO Max. Ne comptez pas sur nous pour vous livrer une analyse approfondie des forces et des faiblesses de la série dans sa totalité ; on se livre simplement à notre ressenti sur cette entrée en matière assez riche compte tenu du temps imparti (une trentaine de minutes).

Tout d’abord, quel plaisir de revoir Steve Carell dans un rôle de pince-sans-rire maladroit, plein de bonne volonté, mais régulièrement gênant dès qu’il ouvre la bouche. On a le sentiment de retrouver le Carell de la grande époque de Crazy, Stupid, Love, 40 ans, toujours puceau, ou, dans une très moindre mesure, The Office. Ce premier épisode de Rooster place très bien le personnage, très loin d’un Ted (Lasso) ou d’un Jimmy (Shrinking), mais dans un sens, tout aussi paumé. Lawrence et son cocréateur Matt Tarses parviennent à esquisser cette figure cinquantenaire, complètement perdue hors de sa zone de confort.
Lui, qui n’a pas fait de grandes études, doit parler à des étudiants et se voit proposer un poste d’écrivain à résidence par un doyen qui l’admire (John C. McGinley débarqué de Scrubs). Lui, qui se sent terriblement seul depuis des années, conséquence d’un mariage raté, se retrouve à éconduire deux fois sa collègue dans un moment extrêmement gênant. Lui, qui veut juste être gentil avec un étudiant, se retrouve à devoir expliquer à un flic que non, il n’a pas négocié une gâterie dans une ruelle avec un mineur. Lui, qui n’a aucune idée de ce qu’il fait ou de quels conseils donner sur l’amour, se retrouve à tenter d’aider sa fille aussi paumée que lui.

Rooster est le portrait drôle et touchant d’un homme à qui on offre l’opportunité de se réinventer, à l’image du héros sûr de lui qu’il met en scène dans ses romans, et dont ce premier épisode laisse entendre que la route vers le changement sera très longue.
Installer des bases solides
Mais Carell n’est pas la seule présence forte de la série HBO. S’il prend le devant de la scène pour cette introduction, on tombe rapidement sous le charme de Charly Clive, alias Katie, digne fille de son père lorsqu’elle tente d’espionner son mari et sa nouvelle copine. La dynamique entre Greg et elle offre les meilleurs moments de ce premier épisode, que ce soit dans un cache-cache impromptu ou dans une discussion à cœur ouvert.

On voit encore trop peu Archie (Phil Dunster de Ted Lasso), le mari infidèle, pour juger de son rôle. Néanmoins, on sent que ce personnage nous en dira beaucoup sur la masculinité et permettra d’aborder des thématiques graves comme les relations entre professeur et élève, pour le moment vues presque comme « naturelles ».
Le début sur les chapeaux de roue de la relation entre Greg et Dylan, sa future collègue, laisse déjà entendre pas mal de scènes de malaise (drôles pour nous) à l’avenir et on nous glisse plusieurs personnages secondaires dans la pure tradition de Lawrence, qui auront un impact dans la nouvelle vie universitaire de Greg. Un lieu trop rarement abordé du point de vue des adultes qui y travaillent, alors qu’ils ont rarement à envier à leurs élèves niveau angoisse et quiproquo.
Rooster n’est (pour le moment) pas aussi distrayant que les précédentes œuvres de Lawrence, par son humour noir pas encore assez appuyé malgré un final promettant l’inverse par la suite. Toutefois, le show a si bien installé ses personnages et ses sujets qu’il a su nous captiver aussitôt, pour des raisons complètement différentes. On pensait bien rire, finalement c’est davantage sur sa sensibilité à fleur de peau, que Rooster pourrait nous convaincre.
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