Critique

[Critique] Pacific Rim Uprising : film catastrophe pour résultat catastrophique

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Julien Paillet le

Scénariste sur Daredevil (la série Netflix) et Smallville, Steven S. DeKnight réalise ici son premier long métrage avec cette suite de Pacific Rim. Cinq ans après le premier volet mis en scène par le génie Del Toro, Uprising sort aujourd’hui en salles précédé d’idées préconçues peu flatteuses. Mais ne sont-elles pas justifiées pour autant ?

Le premier Pacific Rim était un film unique à plus d’un titre. Même si on pouvait facilement lui reprocher ses personnages stéréotypés et sa tête d’affiche proche du “misscasting” (Charlie Hunnam est beaucoup plus convaincant chez James Gray en aventurier viril que dans le rôle d’un héros aux mille et un visages sur lequel le spectateur est censé se projeter), le métrage avait pour lui un univers et une mythologie entièrement originale inspirés, entre autres, de l’incroyable animé Neon Genesis Evangelion.

Après avoir repoussé les Kaiju, des extraterrestres géants, une première fois dans Pacific Rim premier du nom, les Jaeger, des robots pilotés par des êtres humains, refont ici face à une nouvelle menace susceptible de détruire le monde. Exit donc le héros du premier film, Raleight Beckett, c’est au tour de Jake Pentecost (John Boyega), le fils de Stacker Pentecost (Idris Elba) de prendre ici la relève et d’incarner le nouvel espoir de la résistance.

Au revoir Guillermo

Trop occupé à réaliser son formidable La Forme de l’eau, Guillermo Del Toro cède donc ici sa place à l’inexpérimenté Steven S. DeKnight qui signe son premier film en tant que réalisateur. Avec un marketing vendant une oeuvre ressemblant davantage à du Michael Bay qu’à du Guillermo Del Toro, et muni d’une esthétique plus convenue que par le passé, Pacific Rim Uprising pouvait laisser présager d’un résultat au mieux médiocre.

Cette mauvaise impression, les toutes premières minutes du métrage la confirment. Démarrant sur des images expéditives du précédent volet commentées par une voix off qui résume prosaïquement les faits passés et le contexte présent, Uprising semble dès le départ n’avoir que faire d’immerger son public dans un univers pourtant fabuleux. Tout ce qui importe ici, c’est de faire passer des informations. Dont on ne peut en réalité pas adhérer puisqu’elles ne sont pas connectées à une émotion et/ou une vraie vision de cinéaste. Pour ces raisons, l’art de la dramaturgie est inexistant. 

Cette brève analyse peut ainsi s’appliquer à l’ensemble de l’oeuvre. Après une introduction de personnage principal hors de propos et ciblant le public adolescent où l’on y voit un John Boyega faire la fête sur fond de musique électro, le film se montrera incapable d’être un tant soit peu divertissant (un comble au vu du potentiel du sujet). Pour preuve, il faut voir ce que le métrage fait de ses instants les plus capitaux au sein du récit. La mort d’un personnage important se résume ainsi dans Uprising à une simple virgule dans le flux de l’histoire, un fait qui se résume encore une fois à une banale information dénuée de hiérarchisation émotionnelle.

De même, un flash-back reprenant celui, sublime, du film de Del Toro où une fillette se retrouvait pourchassée par un Kaiju dans les rues détruites de Tokyo après avoir perdu ses parents, se retrouve dans cette suite recyclée de manière honteuse. Toute la poésie, le sens du gigantisme et la sensibilité de l’auteur du Labyrinthe de Pan cèdent ici la place à une séquence ressemblant plus à une blague qu’à une véritable présentation du traumatisme du personnage concerné. Mal écrite, mal montée et mal filmée, la scène se fait dès lors l’aveu d’échec de ce second Pacific Rim à exploiter son héritage pourtant si riche. 

Destruction porn

Pire, les fameuses séquences d’action censées être le cœur du film ne réussissent jamais à se montrer un minimum impressionnantes. Le découpage précis de Del Toro cède ici la place à des money shot dépourvus d’inventivité. Plus globalement, la mise en scène se montre impersonnelle et impuissante à susciter le moindre intérêt malgré ce qui se déroule à l’écran. On assiste alors, ennuyé, à un produit déshumanisé fait de bruit et de destruction massive à côté desquels les Transformers pourraient passer pour des modèles d’expérimentations avant-gardistes dans le domaine de la réalisation.

L’idée du climax, excitante sur le papier et découlant probablement en partie de Del Toro, devient ainsi chez DeKnight une longue et lassante séquence semblant avoir été réalisée par des techniciens en effets spéciaux et non par une personne normalement habilitée à raconter une histoire.

Pacific Rim Uprising ressemble conséquemment au pire du cinéma hollywoodien actuel. Le film en vient à évoquer au bout de seulement deux minutes de projection les récents Kong : Skull Island (la jolie esthétique pulp en moins) et Independance Day : Resurgence dans leur façon de traiter des imaginaires sans jamais en extraire leur essence. Si on ne va pas reprocher à Steven S. DeKnight de ne pas se réapproprier la mythologie mise en place par Del Toro dans le premier Pacific Rim à la manière d’un James Cameron avec Aliens, on ne peut en revanche que constater avec incompréhension l’incapacité du réalisateur à exploiter ne serait-ce que le concept de son film.

Sur l’affiche du film, on peut y lire la tagline : “Révoltez-vous“. Un slogan que les futurs spectateurs de l’oeuvre devraient peut-être finalement prendre au sens littéral du terme.

Notre avis

Sans aucune personnalité, Pacific Rim Uprising est un affront commis à l'encontre de l'univers créé par Guillermo Del Toro. Jamais fun, dénué d'émotion ou encore de moments épiques, le film de Steven S. DeKnight cristallise à lui tout seul les problèmes de l'industrie hollywoodienne actuelle. Pensé comme une interminable bande-annonce pour un futur troisième épisode, Uprising ressemble à tout sauf à du cinéma. Seul intérêt notable : le premier opus devrait en ressortir grandi et accéder encore plus rapidement à son futur statut de blockbuster culte.

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