Critique

[Critique] Tomb Raider : Femme forte cherche scénario

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Henri le

Il y a plus de quinze ans, le cinéma tentait déjà de s’emparer de la figure de Lara Croft. Roar Uthaug retente sa chance aujourd’hui. Avec un peu plus de réussite ?

Lara Croft est sans conteste une des figures les plus connues du jeu vidéo. Les producteurs de cinéma y ont donc très tôt vu un appât de choix pour un public jeune et nombreux. Bien qu’ils aient été plutôt rentables, les opus mettant en scène Angelina Jolie n’auront marqué ni les fans de la saga, ni les cinéphiles.

Habilement rebooté par Square Enix, le jeu a lui-même entamé sa mue dès 2013, présentant une héroïne plus naturelle et nettement moins sexualisée. Un changement salutaire qui n’est pas passé inaperçu à un moment où l’empowerment des femmes occupe largement la scène médiatique.

Tout en restant divertissant, ce nouveau long-métrage se devait de véhiculer une image rénovée de l’aventurière britannique. Uthaug s’est donc focalisé sur la nouvelle version virtuelle de la jeune femme pour en livrer une copie franchement convaincante. Le choix d’Alicia Vikander, qu’on n’attendait pas forcément sur ce genre de projet, se révèle judicieux. Moins charnue que sa prédécesseure, ses aptitudes physiques et sa tonicité siéent mieux à la vision moins manusculine portée par le jeu.

Tout comme dans ce dernier, le réalisateur met en scène une femme débrouillarde, facétieuse, mais surtout traitée sans ménagement . Chutes, coups, plaies ouvertes, l’actrice n’est pas plus menagée qu’un homme. On sent d’ailleurs que la production a voulu lisser aux maximum les questions liées à sa féminité. Square Enix avait montré un peu plus d’audace de ce côté-là.

Si le mimétisme avec le jeu permet de redorer le blason de son héroïne, il a pour effet d’aseptiser un scénario déjà famélique. Ce qui peut-être plaisant à jouer ne l’est pas forcement à regarder.

La mise en scène de Uthaug est propre, mais ne se laisse jamais aller à un grain de folie. La première heure plutôt agréable, laisse ainsi place à un ersatz d’Indiana Jones nettement moins réussi, et ce malgré la présence d’un casting engageant (Dominic West ou encore Walton Goggins, excellent dans Les 8 salopards). On aurait aimé que le film se sépare un peu de sa mythologie vidéoludique pour ne pas simplement ressembler à une longue scène cinématique.

À aucun moment on ne se sent concerné par les enjeux du récit, que les moins attentifs pourront même oublier en cour de séance. Il s’agira encore une fois de retrouver une momie ancestrale à grand coup d’amulettes et de portes coulissantes.

Uthaug tente d’insuffler une once de profondeur à l’ensemble en tissant une relation difficile entre un père et sa fille, mais ces scènes tombent dans une mièvrerie telle qu’elles affaiblissent la prestation énergique de Vikander. Les studios ont trouvé la bonne égérie, on espère que la suite (annoncée dans le film) la gratifiera d’un scénario.

Notre avis

Adapter Tomb Raider au cinéma est plus compliqué que cela en à l'air. Le choix d'Alicia Vikander prend pourtant ici tout son sens. La jeune femme colle parfaitement à la nouvelle image véhiculée par le jeu, mais représente hélas le seul intérêt du film. Malgré quelques scènes bien rythmées, l'absence d'enjeux scénaristiques nous empêche de nous attacher aux protagonistes, et ternit l'ensemble du film. Une héroïne, c'est bien. Une (bonne) histoire, c'est encore mieux.

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