Il y a quelques mois, nous étions encore impatients de découvrir en salles le retour de la saga « 28 », surtout entre les mains de Danny Boyle, le père fondateur. Une semi-déception plus tard, nous revoilà à nouveau 28 Ans plus tard, cette fois pour Le Temple des morts, et sans Danny Boyle à la caméra, laissée entre les mains de Nia DaCosta (Candyman, The Marvels).
Comme deux faces d’une même pièce, il semblerait donc que Sony n’ait pas désiré nous faire attendre trop longtemps entre les deux opus, alors que le troisième prévu n’a pas encore fait parler de lui. Au moins, la bonne nouvelle, c’est que les événements précédents sont encore bien frais dans nos mémoires. De toute manière, ce film sait nous rappeler pourquoi nous avions été si sceptiques à la sortie du premier…

Nous reprenons le récit exactement là où nous l’avions laissé à l’issue de 28 Ans plus tard. Le jeune Spike (Alfie Williams) est tombé entre les mains de la bande de Lord Jimmy Crystal (Jack O’Connell) et va être violemment contraint de la rejoindre. Après avoir échappé aux infectés, il va être confronté au pire de l’être humain. De son côté, le Dr. Kelson (Ralph Fiennes) découvre que ses fléchettes anesthésiantes ont un certain effet sur l’Alpha qu’il a baptisé Samson.
DaCosta, nouvelle maîtresse de la saga ?
Contrairement à 28 Semaines plus tard, dont il annule les effets dès l’entame de 28 Ans plus Tard, Danny Boyle est particulièrement investi dans ce Temple des morts, même s’il délaisse la réalisation. Normal, puisqu’il sera de retour aux manettes pour le troisième et dernier volet. D’ailleurs, le scénariste Alex Garland reste la plume principale de cette nouvelle saga, d’où ce sentiment évident de continuité. Autrement dit, il y avait toutes les chances que DaCosta ne soit qu’une exécutante.

Heureusement pour nous, ce n’est pas le cas. Bien que l’on respecte énormément le travail de Boyle en général, sa mise en scène lors du précédent avait été notre principal reproche. Le bonhomme avait multiplié les effets de style – qui ont trouvé leurs admirateurs – jusqu’à l’indigestion. Au point où, quelques séquences mises à part, le résultat nous avait laissé dans un certain état d’énervement, jugeant le travail du cinéaste particulièrement pédant dans ce cas.
Nia DaCosta a une approche bien plus agréable, plus lisible, moins fantasmagorique. Elle ne cherche jamais à supplanter le scénario de Garland, sauf lorsque celui-ci lui offre l’espace d’expression adéquat. Certes, cela donne un résultat peut-être moins inventif sur l’aspect global, mais on en ressort moins essorés et cela permet à certaines séquences d’exister davantage. Deux scènes se détachent ainsi ostensiblement de la masse. L’une justifiera l’âge minimum pour voir le film et l’autre fonctionne comme un money shot où toute la folie de Ralph Fiennes peut exploser et éclipser le soleil lui-même.
Jimmy & the Lords of the Underworld
Après nous avoir raconté le passage à l’âge adulte, Garland s’attaque à un versant religieux avec Le Diable s’habille en jogging. De vampire dans Sinners, Jack O’Connell se métamorphose en gourou antéchrist pour permettre au scénariste de replonger dans la folie du post-apocalypse, à l’image des militaires dans 28 Jours plus tard. Le rythme de son récit est plus nerveux et violent que dans 28 Ans plus tard premier du nom et on apprécie le voir aussi facilement changer d’angle au sein d’une seule et même grande histoire.

On a le sentiment que chaque volet entend nous raconter quelque chose de différent, tout en prolongeant l’expérience vécue par Spike. Au sein de ce Temple des morts, les figures parentales d’Aaron Taylor-Johnson et Jodie Comer ont été remplacées par O’Connell et Fiennes. Tels des portraits d’une douloureuse réalité où le jeune garçon, se croyant devenu adulte à l’issue de 28 Ans plus tard, découvre cruellement qu’il en était encore loin. Il connaissait la mort, il découvre le meurtre. Il avait vu le bon, il connaît maintenant le pire. Deux faces d’une même pièce, encore ; l’enfant grandit, encore.
Sauf que Garland, qu’on aime d’amour partout ailleurs, semble, une nouvelle fois, écrire son histoire comme s’il s’agissait d’une série décousue et trop longue pour son bien. 28 Ans plus tard nous contait un Spike spectateur devenu acteur. Le Temple des morts nous le ramène au statut de spectateur, voire de troisième rôle. Tout l’attachement provoqué auparavant pour le jeune garçon disparaît dès l’instant qu’on a la sensation que l’intrigue elle-même s’en désintéresse.

Nous le disons au-dessus, il y a un intérêt à sa présence pour le propos recherché, mais cet intérêt est si fortement dilué dans cet opus que l’on pourrait voir le personnage disparaître sans ressentir de différence significative. Comme s’il y avait une dichotomie entre le but voulu et le résultat obtenu. Et cela vaut pour le reste du casting où aucun ne semble capable d’exister dès lors qu’un autre prend la place, comme s’ils ne faisaient que se passer le témoin, au lieu de se donner la réplique.
On a encore cette sensation de plusieurs films en un, de ces sous-intrigues qui ne communiquent pas entre elles la majorité du temps, cette impression d’avoir des épisodes montés ensemble. D’un côté les Jimmy, de l’autre la bromance homo-érotique entre le Dr. Frankenstein et sa créature. Et au milieu, un garçon, seul héritage non-assumé d’un premier film auquel on évite de faire référence. Cela provoque évidemment plusieurs incohérences, dont une incapacité à se repérer géographiquement, donnant la sensation que tout le monde habite sur 5 km² sans jamais se croiser.
Et puis comment parvenir à raconter son histoire au sein d’une démarche plus grande ? En s’ouvrant directement après le premier film pour se conclure sur une fin annonçant un troisième, scénaristiquement plus enthousiasmant, 28 Ans plus tard : le temple des morts assume la position bâtarde du métrage du milieu, celui qui doit passer les plats et dont l’existence ne paraît pas indispensable à quelques révélations près. Est-ce que les deux œuvres n’auraient pas pu tenir en une seule ? On a envie de répondre positivement. Un constat qui peut encore changer au visionnage de sa suite, mais pour l’instant, 28 Ans plus tard peine toujours à convaincre, Temple des morts ou non.
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