Lorsque Netflix a présenté un aperçu de ses films prévus pour 2021 en début d’année, ce n’est pas une coïncidence si la vidéo s’ouvrait sur le trio Ryan Reynolds, Gal Gadot et Dwayne Johnson. La plate-forme de streaming (SVoD) a frappé fort en réunissant trois stars mondiales, populaires et surtout rentables au sein d’un même film. Même dans les prévisions les plus pessimistes, Red Notice est un carton assuré.
Dans cette comédie d’action, le profiler du FBI John Hartley (Dwayne Johnson) cherche à mettre la main sur un génie du vol, Nolan Booth (Ryan Reynolds). Doublés par « Le Fou » (Gal Gadot), les deux ennemis vont devoir faire équipe pour récupérer un objet précieux avant elle.
Humour, courses poursuites, braquages, évasion, retournements de situation, bagarre… Red Notice a, sur le papier, toutes les armes pour être un immense succès populaire. Sauf que si arnaque il y a, c’est bien le spectateur qui en est la victime.

Quand une IA écrivait un film d’horreur
Il y a quelques semaines, Netflix réalisait une prouesse : confier le scénario d’un film d’horreur entièrement à une IA. Un bot a ingurgité plus de 400 000 heures de longs-métrages du genre avant d’en tirer le synopsis d’un film d’horreur ultime. Il en résultat un court-métrage de 4 minutes 22, Mr Puzzles Want You To Be Less Alive, sans cohérence, mais dont on saluera l’expérimentation.

Si on vous raconte ceci, c’est qu’il semble désormais évident que le premier test eu lieu bien plus tôt. On ressort de Red Notice avec l’impression d’avoir assisté à un procédé similaire, mais sur deux heures. Le métrage n’est rien de moins qu’un condensé de ce qu’Hollywood nous sert depuis plusieurs années, recraché tel quel sans aucun effort d’originalité ou d’intelligence. C’est comme si on avait ingurgité un mélange pizza / kebab / burger de fast-food / soda en un seul repas et que l’intérieur de notre estomac avait droit à son propre film.

Le constat est sévère, néanmoins il est à la hauteur du calvaire vécu devant un divertissement faignant qui se revendique ouvertement d’être un pur produit de consommation sans âme. Nous offrant une sorte de Lego désordonné, le réalisateur Rawson Marshall Thurber (Skyscraper, Agents presque secrets) compile des scènes déjà vues sans se soucier de la moindre cohérence de l’ensemble. Le film en devient cyniquement parfait lorsqu’on l’en vient à le considérer tout simplement comme une très longue publicité pour le géant du streaming, signant ici l’incarnation de son algorithme de recommandation. Le message est clair : Red Notice va plaire au plus grand nombre justement parce qu’il a littéralement tout un catalogue en un seul film. Le pire, c’est que sans son absence totale d’ironie dans sa démarche mercantile, il aurait presque pu se voir comme une savoureuse parodie du genre…

Red Notice sur le casting
Bien conscients du partenariat lucratif qu’ils ont signé avec Netflix, notre trois représentants de commerce en mission savent bien ce qu’on attend d’eux et il ne faudra pas compter sur une sortie des clous. Avec ses petites blagues habituelles en bout de course, Ryan Reynolds confirme qu’il a effectivement besoin de faire une pause dans sa carrière (on t’aime Ryan, reviens-nous en forme !), Dwayne Johnson joue le mâle alpha mono-expressif et Gal Gadot semble n’être qu’un physique. À croire que l’IA a aussi remplacé le casting du film…

Un constat sévère, mais révélateur de l’ennui ressenti devant un divertissement qui tente de noyer ses intentions dans son seul rythme soutenu. Oui, il se passe toujours quelque chose à l’écran tentant de nous convaincre du côté cool du spectacle, alors qu’il est clair que personne d’impliquée sur le projet n’a eu d’intérêt pour le spectateur. Pardon. Pour le client.

La seule réussite de Red Notice, c’est d’avoir été le produit le plus affligeant de la firme au N rouge. Et pourtant on a vu leur version des Chevaliers du Zodiaque.