Lorsque Sisu – De L’Or et du Sang a commencé à se dévoiler via ses premières images, beaucoup de gens y ont vu un nouveau ersatz, venu de Finlande cette fois, de ce bon vieux John Wick. Oui, il faut s’y faire, désormais dès qu’un film mettra en avant un homme seul dézinguant un max d’adversaires, le comparatif avec la saga portée par Keanu Reeves sera immédiat, qu’importe s’il n’a pas inventé le Revenge Movie ou le Kill ‘Em All, les films de Chad Stahelski ont mis une main sur le cinéma d’action qu’il devient difficile à éviter même si certaines de ces fameuses « copies » n’avaient, finalement, que peu de rapport avec l’assassin en costard.

À la différence près que Sisu n’a pas peur de la filiation puisqu’il l’épouse complètement. Le long-métrage de Jalmari Helander convoque autant John Wick que le cinéma de Quentin Tarantino et plus particulièrement Kill Bill et Inglourious Basterds, affichant fièrement ses références comme des médailles accrochées à sa poitrine. Peine perdue de chercher à pointer du doigt ses inspirations, le réalisateur l’a fait avant nous.

Racontant une histoire simplifiée à l’extrême, Sisu nous plonge en 1944, alors que les nazis en déroute commencent à fuir la Finlande en détruisant tout sur leur passage. Isolé en pleine nature, un ancien soldat découvre un gisement d’or qui attire très vite la convoitise d’une compagnie de SS. Mais ils ne savent pas à qui ils ont affaire.

Comme nous vous le disions, le scénario emprunte pas mal de mimiques à l’oeuvre de Stahelski rien que dans la caractérisation du personnage : un homme taiseux au lourd passé dont la légende fait crever de trouille la pire des ordures. En lieu et place de Keanu, Helander fait appel à Jorma Tommila qu’il avait dirigé dans Père Noël Origines. Un choix judicieux tant l’acteur est terrifiant de charisme, promenant sa vieille carcasse avec un regard noir et sec. À aucun moment, on doute que le type soit létal. Le script s’amusera même de nos attentes par rapport à son aîné en détournant certains éléments constitutifs de ce dernier.

De même, impossible d’éviter Tarantino avec ce découpage en chapitres utilisant quasiment la même police de texte et plusieurs effets de mise en scène dès qu’il fait intervenir plusieurs personnages sur un même plan. Faut-il réduire pour autant Sisu à ses inspirations ? Certainement pas.
Sisu est un délire sang pour sang honnête
Si Sisu est fier de lorgner du côté de ses prédécesseurs, il l’est tout autant de ce qu’il entend être : une série B bien sanglante dont le concept ne dépasse pas les 90 minutes. Entendons par là que si de nombreux projets récents sur grand écran n’ont pas livré toutes leurs promesses, voire ont pu carrément mentir sur leur contenu véritable (pas pour le meilleur), ce long-métrage assume son identité. On vous a vendu un délire bourrin avec un vieux décrassant du nazi ? Vous avez exactement un délire bourrin avec un vieux décrassant du nazi. On sait ce qu’on veut voir, on a signé pour et Helander nous le livre sur un plateau doré.

Sisu est exactement ce que Rambo – Last Blood aurait dû être sans s’embarrasser avec des intrigues secondaires qui affaibliraient l’aura du personnage. Passées les quelques minutes d’introduction, le carnage commence en même temps qu’on accepte de laisser la cohérence au placard. À partir de là, on part pour une boucherie sauvage qui multiplie les idées gores dans les mains d’un homme capable de tout (cette scène de la pendaison…). On s’en donne à cœur joie dans la bidoche saignante au sein d’un film qui tourne de plus en plus au second degré à mesure où les cadavres s’empilent jusqu’à viser le ciel. Ici, on ne se refuse rien simplement parce qu’on a aucune raison de le faire.

Sisu est un film généreux, régressif, portant son amour pour le cinéma B des années 80 comme un étendard et n’ayant aucune honte de son scénario simpliste à l’extrême. Sisu veut amuser, il veut faire mal et il parvient au deux. Ce n’est pas du cinéma au sens noble du terme, c’est juste un défouloir. Un défouloir au sens noble du terme.