La mission Voyager de la NASA a été initialement conçue pour réaliser une exploration détaillée des planètes extérieures du Système solaire, à l’aide de deux sondes, Voyager 1 et Voyager 2, les deux objets les plus rapides que l’humanité ait jamais construits. Voyager 2 a décollé la première, le 20 août 1977, suivie de Voyager 1 le 5 septembre, l’agence américaine ayant profité d’un alignement planétaire exceptionnel qui ne se reproduit que tous les 175 ans. Ainsi, les jumelles ont pu décoller pour faire la tournée du Système solaire externe en enchaînant les survols par effet de fronde gravitationnelle.
Voyager 1 avait pour mission de survoler Jupiter et Saturne : rendez-vous honorés en 1979 pour la première, en 1980 pour la seconde. Ensuite, sa trajectoire a été modifiée lors de son survol de Saturne (en particulier par un survol rapproché de Titan) afin de l’éjecter hors du plan du Système solaire, et est entrée dans l’espace interstellaire en août 2012, devenant le premier objet fabriqué par l’homme à quitter l’héliosphère. Aujourd’hui, après 48 ans, 10 mois et 8 jours, elle fend toujours le vide spatial et détient le titre d’objet humain le plus éloigné de son berceau.
Voyager 1 franchit enfin son premier jour-lumière
Le 18 novembre 2026, à 2 h 16 du matin (heure du Pacifique), Voyager 1 franchira la barre des 25,9 milliards de kilomètres. Cette distance, aussi ahurissante soit-elle, la lumière la parcourt en une seule journée. Très difficile à se représenter, Suzy Dodd, cheffe de projet de la mission au JPL l’a imagée ainsi auprès de CNN : « Si j’envoie une commande en disant “bonjour, Voyager 1” à 8 heures du matin un lundi, je recevrai la réponse de Voyager 1 le mercredi matin vers 8 heures ».
Le temps que le message parte depuis une antenne terrestre, il aura filé à 299 792 km/s, la vitesse de la lumière, pour couvrir les 25,9 milliards de kilomètres qui nous séparent de la sonde. Il lui faut environ 24 heures dans un sens, autant dans l’autre : au total, près de 51,8 milliards de kilomètres avalés pour un seul aller-retour.
Mais tout beau voyage a une fin : près d’un demi-siècle dans l’espace, ça use, surtout pour une sonde qui devait en passer seulement quatre. Voyager 1 tire son énergie d’un générateur thermoélectrique à radioisotope, un dispositif qui transforme en électricité la chaleur dégagée par la désintégration du plutonium 238 qu’il renferme. Le hic, c’est que ce combustible s’épuise : tous les ans, la sonde perd environ quatre watts de puissance. Pour lui redonner un peu d’endurance, la NASA a désactivé ses instruments un par un ; le dernier en date, le détecteur de particules chargées de basse énergie (Low-energy Charged Particles), a été éteint le 17 avril 2026.
Aujourd’hui, il n’en reste plus que deux en fonctionnement : son magnétomètre (MAG), qui mesure le champ magnétique du milieu interstellaire, et son Plasma Wave Subsystem (PWS), à l’écoute des ondes de plasma, les variations de densité du gaz ionisé que Voyager 1 traverse. Les ingénieurs espèrent maintenir au moins un instrument allumé jusque dans les années 2030, avant que la sonde ne s’éteigne définitivement.
Le jour où elle rendra son dernier souffle, elle sera portée seulement par son inertie : elle continuera de filer à la même vitesse, complètement aveugle. On estime que, dans 40 000 ans, elle frôlera Gliese 445, une naine rouge de la constellation de la Girafe située à 17,6 années-lumière de la Terre, en passant à 1,6 année-lumière d’elle. Rien, dans le vide intersidéral ne pourra la freiner et elle croisera ainsi des astres au fil de dérives longues de centaines de milliers d’années.
Dans quelques années seulement, notre plus lointaine émissaire partira à la retraite ; difficile de rester indifférent face à ces adieux. Sans elle, jamais nous n’aurions compris la dynamique des vents solaires, vu de si près les anneaux de Saturne, détaillé les lunes des géantes gazeuses, ou embrassé la nature complexe de l’héliopause. Même la manœuvre baptisée « Big Bang » des ingénieurs du JPL (Jet Propulsion Laboratory) n’y pourra rien : en réorganisant l’alimentation de la sonde pour ne conserver que l’essentiel, elle poursuivra son aventure jusqu’à la prochaine décennie, mais ce ne sera que son ultime sursis.
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