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Critique Splinter Cell : Deathwatch – ce qui se fait de mieux en action-espionnage ?

Cela fait douze ans que nous n’avions plus vu Sam Fisher à l’écran. Splinter Cell : Deathwatch ressuscite la licence sous forme d’une série d’animation Netflix qui envoie du lourd.

Fut un temps où le monde du jeu vidéo d’infiltration se divisait en deux catégories : les amateurs de ninja cyborg et de méchas atomiques avec Metal Gear Solid, et les fans de réalisme avec Tom Clancy’s Splinter Cell, inspiré par les écrits de l’auteur prolifique. Sauf qu’après sept jeux à la qualité inégale, la franchise d’Ubisoft a disparu des radars depuis l’épisode Blacklist en 2013. Régulièrement, le nom de Sam Fisher réapparaît ici et là, et un remake devrait sortir l’année prochaine. Enfin ?

Comme s’il fallait tester le potentiel économique d’une résurrection de la licence, ce n’est pas sur console que Splinter Cell renaît en premier, mais via une série d’animation sur Netflix. Personne ne sera surpris, tant la plateforme de streaming s’est montré très accueillante envers les projets d’adaptation d’œuvres vidéoludiques, notamment en animation, avec Tomb Raider, Devil May Cry, Arcane, Cyberpunk, Castlevania… pour des résultats pour la grande majorité appréciés voire acclamés.

Critique Splinter Cell : Deathwatch – ce qui se fait de mieux en action-espionnage ?
© Netflix

Splinter Cell : Deathwatch est un pari. Celui de raconter une nouvelle histoire autour d’un Sam Fisher désormais à la retraite, vivant loin du tumulte dans une ferme polonaise. Mais lorsqu’une nouvelle agent Splinter, blessée, débarque à l’improviste, l’ancien espion va reprendre du service et affronter les démons du passé.

Offrir Splinter Cell aux fans

Pour être honnête, les premières images dévoilées par le service SVoD avaient tendance à nous refroidir légèrement, laissant supposer que ce bon vieux Fisher avait troqué sa subtilité iconique pour une approche bien plus bagarreuse des problèmes. Sauf qu’il ne faut pas oublier qu’Ubisoft a directement supervisé le projet et que le studio n’allait pas trahir les fans.

Dès le premier épisode – sur les huit qui composent cette première saison – on comprend que l’ADN de la saga entend être respecté à la lettre. La nouvelle Splinter, Zinnia McKenna (doublée par Kirby Howell-Baptiste) n’a besoin que d’une séquence introductive pour enfiler les lunettes nocturnes iconiques comme un gant. Quant à Fisher lui-même, son apparence plus massive et sa barbe grise n’ont rien enlevé de ses talents. Là encore, le premier épisode pose les bases et montre qu’il se déplace toujours aussi bien parmi les ombres.

Critique Splinter Cell : Deathwatch – ce qui se fait de mieux en action-espionnage ?
© Netflix

Un état de fait qui ne changera pas au fil de la saison et si certaines séries pouvaient trahir le personnage sur la marge – comme Devil May Cry -, Splinter Cell : Deathwatch est la digne héritière de ceux qui la précède. Il y a peu, le scénariste Derek Kolstad (John Wick, Nobody) déclarait ne pas savoir si, malgré la participation du studio, Ubisoft considérerait le show comme canonique à la licence. Après visionnage, on voit mal ce dernier renier cette adaptation tant elle représente un fidèle prolongement.

Dès le générique un brin onirique, on comprend que l’âge va à Fisher comme un gant, permettant au show d’explorer des facettes inédites du personnage. Loin des combats (mais pas pour longtemps), le récit lui construit des remords, une distanciation envers ses actes et la relation entre Zinnia et lui tient autant de la camaraderie que du mentorat, permettant à Sam de franchir une nouvelle étape. Avec Deathwatch, notre héros solitaire montre qu’il gagne à partager l’affiche.

Critique Splinter Cell : Deathwatch – ce qui se fait de mieux en action-espionnage ?
© Netflix

Outre un Fisher restant Fisher (avec la voix de Liev Schreiber), la série compte évidemment sur plusieurs clins d’oeil comme la présence des officiers d’Échelon 4 avec Anna « Grim » Grímsdóttir au commandement ou un antagoniste directement lié au passé de Sam. D’ailleurs, certaines séquences flashbacks viendront titiller les souvenirs des connaisseurs. Deathwatch n’est pas une réécriture modifiée, c’est un prolongement fidèle qui continue une histoire qui aurait encore beaucoup à raconter.

Pas mal non ? C’est français

Ce qui n’empêche pas la série d’être une véritable œuvre à part entière qui s’adresse également à un nouveau public. On se moque régulièrement ici de la proportion hallucinante des productions d’action-espionnage sur Prime Video. Pour des résultats… contrastés et très génériques. Force de constater que malgré la quantité avalée qui frôle l’indigestion, on avait encore un peu de place pour du gastronomique.

Conservant l’approche réaliste qui a fait l’identité de la licence, les Français Félicien Colmet-Daage et Guillaume Dousse signent une réalisation aux petits oignons donnant lieu à des séquences d’action n’ayant rien à envier aux plus costauds du genre. Bastons sévères, scènes de tortures, massacre à l’arme blanche, échange de plomb, course-poursuite… chaque épisode est dynamique visuellement tout en continuant à démêler les fils de son intrigue.

Critique Splinter Cell : Deathwatch – ce qui se fait de mieux en action-espionnage ?
© Netflix

Loin de penser que l’animation pouvait être un frein à ce genre de projet – pour lequel les adaptations de chair et d’os pourraient être privilégiées – les équipes créatives ont réfléchi à un public mature pour lequel cette différenciation n’avait plus réellement de sens. La barrière du médium a explosé et les réalisateurs accouchent d’une véritable œuvre du genre action-espionnage avec tous ses codes.

Ce Splinter Cell a pris grand soin de nous proposer des séquences d’actions variées avec une caméra qui n’a pas peur du plan large, des chorégraphies de combat aussi réalistes que possible et d’un hors-champ particulièrement évocateur sur le contenu d’une scène. Chaque épisode où presque va renouveler sa façon d’aborder le sensationnalisme, notamment en usant habilement de la topographie de chaque lieu visité, tout en n’oubliant jamais de rester au plus proche des personnages et de son histoire.

C’est sec et sanglant d’un côté, émotionnel et tragique de l’autre. Le récit est dynamique, peuplé de rebondissements, avec des enjeux à la fois classiques et contemporains à la fois. Comme si la licence avait pris conscience des années passées et des changements sociétaux. Et le tout sur huit épisodes de vingt minutes, comme pour prouver qu’il n’y a pas besoin de tirer sur la corde pour rentabiliser des acteurs ou écouler un budget. Trois heures compilées d’un thriller noir qui respecte une licence tout en assumant d’autres références du genre afin de séduire les simples curieux. On ne connaît pas son avenir sur console, mais la marque Splinter Cell a clairement des cartes à jouer sous ce nouveau format pour une saison 2 et plus si affinités.

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Notre avis

Revoir Sam Fisher en action, c'est déjà un plaisir en soi, même loin d'une manette. Mais le revoir au sein d'une série qui a compris la licence, le personnage, tout en s'accordant le droit de prolonger sa légende, on accueille à bras ouverts. Et si en plus de tout ça, Splinter Cell : Deathwatch se permet aussi d'être tout simplement un excellent show du genre aussi bien pour le néophyte que le connaisseur, que demander de plus ? Une suite.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 9 / 10

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