Ça parle de quoi ?
Dans un futur proche, Paris est divisé en plusieurs zones numérotées, et la population est répartie selon sa classe sociale. L’intelligence artificielle ALMA a révolutionné le travail de la police, de l’enquête à la surveillance. Mais lorsque son inventeur est assassiné, Zem, flic du 3, doit collaborer avec une policière zélée du 2. Durant leur collaboration forcée, ils vont découvrir que le monde dans lequel ils vivent n’est peut-être pas ce qu’ils imaginaient.

Policier oui…
Dès les premiers instants, Cédric Jimenez met son savoir-faire dans le domaine de l’action policière à profit. Lors d’une course poursuite nerveuse au travers des différentes zones de son Paris dystopique, le réalisateur pose son décor. Sa ville lumière est gangrenée par le crime, la police pressurisée et la population sous surveillance. Dès lors, Jimenez et le scénariste Olivier Demangel vont dérouler une enquête sur un complot d’envergure, questionnant évidemment notre rapport aux nouvelles technologies autant que la justice.

L’intrigue, menée tambour battant, ne manque pas d’arguments pour nous convaincre, oscillant entre séquences musclées et moments plus intimistes entre les deux personnages principaux. Un équilibre qui fonctionne à bien des égards, Jimenez maîtrisant son sujet et ayant déjà fait la démonstration de sa pertinence dans le domaine avec Novembre et Bac Nord. Les histoires de flics, ça le connait… Reste que la science-fiction apparaît n’être finalement qu’un prétexte, pire, une interférence dans une machine sinon plutôt bien huilée.
..science-fiction beaucoup moins
À mesure que progresse le récit, il apparaît très clairement que la fresque d’anticipation promise ne va jamais éclore. Le volet futuriste de l’intrigue n’était là que pour ajouter un cadre inédit à ce qui ressemble finalement à un film policier sur toute la longueur. Pire, dans les derniers instants, l’enquête du duo patine lorsqu’il faut faire entrer aux forceps tous les concepts et idées que la science-fiction apporte. Des volets entiers du roman de Laurent Gaudé ont été passés sous silence et le film ne parvient pas à concrétiser son ambition de porter un regard critique sur l’intelligence artificielle, la société…

Le sujet est plus que jamais au cœur des préoccupations des spectateurs qui assistent à une démocratisation des outils du genre. Mais ils ont aussi vu bon nombre d’œuvres se poser les mêmes questions, de Terminator à Blade Runner en passant par Minority Report. En résulte un retournement de situation qui n’a dit d’inédit que la promesse de l’être…C’est sans doute le plus gros reproche que l’on peut adresser à Chien 51, le fait d’arriver trop tard, alors même qu’Hollywood a déjà fait le tour de la question et remâché ses idées.
Un constat qui s’applique aussi à l’esthétique générale du projet, où les décors consistent le plus souvent en des intérieurs épurés et en verre, où les teintes de bleu sont omniprésentes. Une scène dans un club et une autre dans un karaoké apporteront tout de même un peu de vie à cet univers aseptisé. Dans les deux cas, c’est le volet plus humain qui donne de la vie à cette quête finalement assez artificielle.

Est-ce que c’est grave pour autant ?
Alors oui, on a sans doute porté de trop grands espoirs pour ce retour de la science-fiction au cœur des préoccupations du public français. Jimenez semblait tout avoir pour y parvenir, mais la formule miracle lui échappe. Il n’arrivera jamais à concilier thriller policier et récit d’anticipation nerveux, on doit se faire à l’idée qu’une de ces deux ambitions a été écrasée par la première.
On retiendra tout de même un duo qui fonctionne à merveille, reposant sur une dynamique éprouvée chez L’Arme fatale ou Seven. Le talent de Lellouche et Exarchopoulos pour donner corps à des personnages vibrants permet à certaines scènes de se démarquer dans cette course folle. Ce sont autant de respirations dans un film qui fonce vers un dénouement que l’on devine déjà. En confrontant ces deux figures, Jimenez tient le cœur battant de son histoire et c’est déjà pas mal.

La mise en scène, aussi, multiplie les bonnes idées et les moments de bravoure pour suivre cette course contre la montre et délivrer des scènes d’une énergie folle. Finalement, Chien 51 échoue moins parce qu’il est raté que parce qu’il reste prisonnier d’un carcan policier, où la SF ne sert que de vernis. Reste donc un solide film qui ne freine jamais et nous entraîne aisément dans sa course… Ceux qui venaient pour la promesse de science-fiction, et seulement pour ça, resteront sans doute sur le carreau. En France, la science-fiction continue d’être un décor plus qu’un enjeu dramatique… et c’est bien dommage.
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