Star Wars change de cap sur Disney+. AprĂšs plusieurs dĂ©cennies consacrĂ©es Ă la dynastie Skywalker, la licence sâaventure vers un passĂ© encore inĂ©dit sur les Ă©crans. Si les derniĂšres explorations de la galaxie trĂšs lointaine nâont pas convaincu, certaines sâĂ©vertuant bien malgrĂ© elles Ă entacher le chemin parcouru par les hĂ©ros, The Acolyte espĂšre que son contexte historique lointain lui offrira une plus grande libertĂ© de mouvement. AprĂšs tout, sans aucun personnage connu Ă inviter et avec une centaine dâannĂ©es de marge de manĆuvre, la derniĂšre-nĂ©e du catalogue Disney+ a le loisir de sâaffranchir des rĂšgles Ă©dictĂ©es par ses aĂźnĂ©es autant que dây rendre hommage. LâOrdre Jedi est de la partie, mais ses figures lĂ©gendaires nâont pas encore fait leur apparition.
Cent ans avant la naissance dâAnakin Skywalker, lâOrdre Jedi est Ă son apogĂ©e. Les manipulateurs de la Force font rĂ©gner la paix sur la galaxie et permettent Ă la Haute RĂ©publique de conquĂ©rir de nouveaux territoires. Mais cette pĂ©riode faste pourrait toucher Ă sa fin lorsque des Jedi sont tuĂ©s. MaĂźtre Sol sâengage sur la piste du meurtrier et rencontre un fantĂŽme de son passĂ©. Son enquĂȘte va lâentraĂźner sur un chemin obscurâŠ

Petits meurtres dans la galaxie
Depuis ses dĂ©buts sur Disney+, la saga Star Wars semble sâĂȘtre donnĂ©e pour mission de diversifier son approche. Au monomythe Ă lâĂ©picentre de la premiĂšre trilogie de George Lucas, la plateforme prĂ©fĂšre les rĂ©cits empruntant au thriller dâespionnage (Andor) ou les films de gangsters (Le Livre de Boba Fett). The Acolyte poursuit donc sur cette lancĂ©e en dotant la saga Star Wars de nouvelles couleurs. Câest ainsi une enquĂȘte policiĂšre que les premiers Ă©pisodes de cette sĂ©rie sâattachent Ă raconter. Avec aisance, la sĂ©rie convoque tous les ingrĂ©dients dâun âwhodunitâ pour les rĂ©inventer Ă la sauce star-warsienne. Si le mystĂšre entourant lâidentitĂ© du tueur de Jedi ne le reste pas trĂšs longtemps, The Acolyte dĂ©ploie sa quĂȘte avec une efficacitĂ© redoutable. Lâemprunt Ă ce nouveau genre est sans conteste le ciment de cette partie de Cluedo option sabre laser.
La sĂ©rie nâa dĂ©finitivement pas que son contexte inĂ©dit en sa faveur, la crĂ©atrice Leslye Headland parvient Ă donner corps Ă quatre premiers Ă©pisodes particuliĂšrement encourageants. On aurait pourtant aimĂ© que le rĂ©cit nâabatte pas sa plus grosse carte dâentrĂ©e de jeu, mais on passe volontiers outre Ă mesure qu’il progresse. La showrunneuse de PoupĂ©e Russe trouve sans mal son Ă©quilibre entre hommage et rĂ©invention, chose assez rare au sein de lâunivers Ă©tendu pour ĂȘtre soulignĂ©e. Une qualitĂ© qu’on retrouve aussi du cĂŽtĂ© des personnages, dont lâhistoire fait lâobjet dâun Ă©pisode Ă part entiĂšre⊠et entiĂšrement rĂ©ussi.

âNous sommes un, dans deux corps distinctsâ
Cette notion dâĂ©quilibre est Ă lâĂ©picentre de la proposition de Leslye Headland. Ce que certains des personnages apportent comme obscuritĂ©, dâautres le compensent avec leur part de lumiĂšre. Câest le cas du protagoniste incarnĂ© par Amandla Steinberg. Lâactrice rĂ©vĂ©lĂ©e par la saga Hunger Games fait une dĂ©monstration de force, multipliant les registres et les tonalitĂ©s avec une aisance dĂ©concertante. Lâactrice sâest vu confier une partition exigeante Ă laquelle elle rend parfaitement hommage. Elle est plutĂŽt bien entourĂ©e puisque Jung-jae Lee et Dafne Keen sont les parfaits contrepieds Ă la noirceur qui sâinvite parfois. Le MaĂźtre Jedi et sa Padawan volent la vedette au reste de la distribution, sâinvitant parmi les personnages Star Wars quâil nous tarde de dĂ©couvrir plus amplement.
Car câest sans doute ce qui manquait aux prĂ©dĂ©cesseurs de The Acolyte, un passif Ă explorer et de vĂ©ritables enjeux dramatiques Ă attribuer Ă ses protagonistes. La sĂ©rie est une page blanche que les scĂ©naristes peuvent remplir comme ils lâentendent, et cette libertĂ© se traduit par des choix Ă©clairĂ©s⊠ou autre contraire qui permettent dâajouter de la noirceur. On peut aussi se rassurer, Leslye Headland ne devrait pas sortir un lien familial avec des figures lĂ©gendaires de son chapeau. On nâa toujours pas digĂ©rĂ© lâarbre gĂ©nĂ©alogique PalpatineâŠ

Sous un nouveau jour
Cinquante ans aprĂšs lâapparition du premier gĂ©nĂ©rique dĂ©roulant, la galaxie trĂšs lointaine se montre sous une lumiĂšre nouvelle. Lâexploration de cette temporalitĂ© est lâoccasion pour The Acolyte de dĂ©laisser lâesthĂ©tique de ses aĂźnĂ©es pour offrir un univers riche et inĂ©dit. La crĂ©ation Disney+ troque ainsi son ambiance western pour piocher du cĂŽtĂ© des films d’Hong Kong. DĂ©crite par sa crĂ©atrice comme un fin mĂ©lange entre La Reine des Neiges et Kill Bill, la production profite dâune mise en scĂšne lĂ©chĂ©e. Elle use de mouvements de camĂ©ra vifs et dâangles de vues plutĂŽt inhabituels au sein de la licence. Si les scĂšnes de combats sont finalement assez minoritaires, elles sont assez exaltantes pour que lâon se prenne immĂ©diatement au jeu.
Reste que ce que la sĂ©rie gagne en innovation dans sa mise en scĂšne, elle le perd un peu en dĂ©cors et costumes. Si The Acolyte est dĂ©pourvu de certains Ă©lĂ©ments visuels jusquâici immuables, et sâoffrait ainsi une opportunitĂ© de tout Ă fait sâabstraire du sillage de ses aĂźnĂ©es. La force crĂ©ative est finalement assez limitĂ©e. Les annĂ©es qui sĂ©parent les aventures dâOsha et celles dâAnakin ne sont pas toujours palpables. Il nây a finalement que lorsque la sĂ©rie sâĂ©loigne des limites de la bordure extĂ©rieure que la nouveautĂ© sâinvite rĂ©ellement.
Il manque sans doute Ă cette proposition la part de folie qui avait fait de la premiĂšre trilogie un monstre de divertissement. Quelques idĂ©es prĂȘtent tout de mĂȘme Ă sourire. Mais ce sentiment pourrait bien disparaĂźtre tandis que la sĂ©rie livrera ses ultimes chapitres. Les quatre Ă©pisodes que nous avons eu lâoccasion de voir ne semblent ĂȘtre quâune longue phase prĂ©paratrice Ă une conclusion Ă©pique.

Enfin du renouveau chez Star Wars
Lorsquâil a cĂ©dĂ© sa franchise, George Lucas sâest assurĂ© que les films issus de son imaginaire ne seraient pas trahis pour le profit. En mettant la main sur Star Wars, Disney ne sâest ainsi offert que lâopportunitĂ© de poursuivre le chemin parcouru par les hĂ©ros autant que de combler les vides laissĂ©s par les deux trilogies. Sur le grand Ă©cran et en streaming, Disney sâen donne Ă cĆur joie, convoquant des personnages cĂ©lĂšbres pour faire Ă©clore des Legacysequel. Anciens et nouveaux hĂ©ros sont Ă lâĂ©picentre de purs produits nostalgiques, qui nâont pas grand-chose Ă offrir dâautre quâun tant attendu retour de la galaxie trĂšs lointaine au cinĂ©ma. Si lâopĂ©ration est rentable financiĂšrement â plus de deux milliards de dollars pour Le RĂ©veil de la Force â le public nâest pas tout Ă fait convaincu.
Nombreux sont les fans de la premiĂšre heure Ă avoir dĂ©savouĂ© les opus proposĂ©s par Rian Johnson et J.J. Abrams. Lâespoir Ă chaque nouvelle incursion du logo jaune sur fond noir sâamenuise. Pourtant, The Acolyte nous laissait espĂ©rer que les choses seraient, cette fois-ci, diffĂ©rentes. Et elles le sont. Si la sĂ©rie doit encore retomber sur ses pieds, elle prouve quâun nouveau chapitre sâouvre pour Lucasfilm. Lâentreprise semble avoir appris de ses erreurs, du moins sur certains points. Lâofficialisation dâun film revenant aux origines des Jedi est une bonne nouvelle pour Star Wars, qui va pouvoir naviguer vers un inconnu plus palpitant (sur le papier) que la chronologie dĂ©sormais gangrĂ©nĂ©e de la dynastie Skywalker.