La « manucure colombienne » est une torture infligée par les cartels colombiens consistant à arracher l’ongle d’un doigt avec une pince. Du propre aveu d’un personnage, il s’agit d’un acte incroyablement douloureux qui ferait craquer n’importe qui. Sur l’échelle de l’atrocité, le visionnage de Bad Boys Ride or Die n’est pas très loin.
Afin de laver les soupçons sur leur capitaine, dont la mémoire est salie par des accusations de corruptions, les détectives Mike Lowrey et Marcus Burnett sont prêts à tout, même à devenir les personnes les plus recherchées de Miami. Et ils pourraient avoir besoin du fils de Mike, ex-narcotrafiquant emprisonné.
Il y a quatre ans, nous éprouvions une certaine sympathie pour Bad Boys for life qui tentait de renouer avec l’esprit d’une franchise disparue 17 ans plus tôt. Un film d’action gentiment ringard, mais qui s’assumait complètement en tant que tel, tout en nous rappelant ce qui faisait le succès des productions de ces temps anciens. Des vannes, des explosions, des échanges de balles, de la vulgarité et deux acteurs, Will Smith et Martin Lawrence, bien trop heureux de remettre le couvert. Le tout emballé plutôt agréablement par le duo de réalisateurs Adil El Arbi et Bilall Fallah, également contents de pouvoir rendre hommage à papa Michael Bay, responsable des deux premiers volets.
Aujourd’hui, tout ce petit monde est de retour, devant et derrière la caméra, pour montrer que les Bad Boys en ont encore dans le ventre. Mais quand l’un de tes héros fait des crises cardiaques et l’autre des crises de panique, autant dire que le souffle est court.
Paysages ensoleillés, grosses cylindrées, plans sur des femmes en bikini, musique latino, l’introduction de ce Bad Boys 4 joue aux jeux des sept différences avec une autre saga luttant contre le temps qui passe, Fast & Furious – bien qu’on peut se demander légitimement qui a le plus copié qui à l’origine. Le reste du film reprendra sa route, avec juste davantage de discours sur la famille et d’utilisation des symboles catholiques. Ah non, on est toujours sur du Fast & Furious donc. On rigole, mais si les deux franchises appartenaient au même studio, on aurait déjà eu un crossover. On le sait, vous aussi.

Il ne faut pas quinze minutes à ce Ride or Die pour nous nous faire craindre le pire ; que se passerait-il si on expurgeait Bad Boys troisième du nom de toute considération nostalgique, d’implication d’acteurs et de la dernière fine couche d’écriture qu’il subsistait ? Bad Boys Ride or Die est la réponse à une question qu’on ne voulait pas se poser, la saga vintage ne serait-elle pas désormais complètement démodée ?
On l’aime cette licence ; on aime son côté action débridée, ses punchlines à l’ancienne, Will Smith faisant du Will Smith et Martin Lawrence faisant semblant d’être un acteur. Entre les mains de Michael Bay, Bad Boys avait une aura de divertissement cool qui s’assume et s’amuse à pousser les curseurs de l’improbable et du ridicule, avec son esprit sale gosse. Une âme qui faisait encore illusion dans le troisième chapitre, mais aux abonnés absents ici. Tout le film semble courir après un passé auquel il n’appartient plus, tout en cherchant du doigt une modernité qu’il n’a jamais eue.
Les deux meilleurs exemples de cet échec sont incarnés par le tandem iconique. Martin Lawrence n’a plus que ses excès pour exister, mais de tonton ringard il a épousé le rôle du papy gênant. Il n’a littéralement que deux vannes à jouer, et il va les user jusqu’à la dernière minute. Quant à Will Smith, il est, sans aucun doute, celui qui a le plus souffert des 29 ans qui séparent le premier opus de celui-ci. Lawrence n’a jamais été une foudre de guerre et a toujours offert à son partenaire le beau rôle. Position que l’acteur n’est plus capable de tenir, essayant de faire subsister une illusion qui ne trompe personne.

Au-delà des faiblesses de leurs personnages, on ne voit plus que des comédiens usés, en quête d’un rebond dans une carrière en berne, se refusant de passer la main alors que chaque effort physique semble, désormais, leur demander une motivation titanesque. Pour preuve, les seules scènes d’action demandant davantage d’investissement corporel sont confiées à la jeune génération, les deux vieux briscards étant définitivement trop vieux pour ces conneries.
Oui, les acteurs ont pris de l’âge. C’est naturel et personne ne viendra leur reprocher. Mais ils représentent ce qu’est ce Bad Boys Ride or Die, un film ayant pris son tarif senior où tout le monde semble fatigué et ils en deviennent fatiguants. À chaque niveau de la production, on a l’impression que la personne impliquée est au service minimum. Et si le scénario n’a jamais été la raison de notre plaisir pris devant les autres métrages de la saga, ce quatrième volet, toujours écrit par Chris Bremner, a vraiment décidé de mettre la cohérence (et le bon sens) au placard.
On doit ainsi faire avec des protagonistes idiots ou en contradiction avec ce qu’ils étaient ou disaient cinq minutes plus tôt, et un fil rouge qui ne tient pas une seconde. Les actions et les paroles de chacun sont mécaniquement dictées par le script et lorsqu’ils se retrouvent dans une impasse, il reste la magie du Deus ex machina. Il semblerait que puisque nous ne venions pas pour ça, aucun membre attaché au projet n’a eu envie de s’intéresser à ce que ce Bad Boys 4 pouvait raconter et la façon dont il allait le faire. Pourquoi s’embêter à avoir des ingrédients de qualité quand on cherche juste à vendre un burger bien gras après tout ?

Heureusement, on sait qu’Adil El Arbi et Bilall Fallah ne sont pas de simples exécutants et qu’ils vont nous emballer la malbouffe dans un joli papier. Enfin, ça, c’est ce qu’on croyait. Car nos deux metteurs en scène ont de l’énergie à revendre, c’est indéniable. Ils testent tout, de la caméra subjective au faux plan-séquence en passant par l’usage appuyé de drones, comme pour rendre hommage à Ambulance de leur mentor Michael Bay. C’est peut-être bien le seul élément où l’on sent de l’envie de nous en mettre plein la vue – là où même la bande-son se contentera d’exploiter les quelques notes du thème encore et encore.
Toutefois, pour que cela ait un réel impact, encore aurait-il fallu qu’ils soient capables de maintenir un plan plus de 2 secondes. La caméra est au diapason du reste du film, tentant de créer le mouvement autour d’un arbre mort, comme si l’on avait donné de la cocaïne à un octogénaire grabataire. Le montage est infernal, la photographie se contente de pomper les deux premiers volets et on tombe trop souvent dans le clip musical sans musique. For life voulait nous faire croire que les Bad Boys n’étaient pas morts, Bad Boys Ride or Die vient de les achever à coups de pelle.