Netflix multiplie les séries “Made in France” depuis quelques années. La plateforme américaine veut s’installer durablement sur tous les territoires et ça passe évidemment par la constitution d’un catalogue local solide. Dans l’Hexagone, Lupin est la seule à avoir véritablement tiré son épingle du jeu.
La série portée par Omar Sy s’est imposée au classement des productions non anglophones les plus vues au monde, bien aidée par la réputation de son héros de fiction autant que celle de son acteur principal (acteur français le plus international qui soit). Mais depuis, Netflix France a éprouvé quelques difficultés à séduire de la même manière, à l’exception de la série Astérix et Obélix : le combat des chefs par Alain Chabat.

Avec Néro, le géant du streaming espère tenir sa grande série d’époque et d’aventure. Elle sort dans le sillage des Trois Mousquetaires, avec Pio Marmaï, et surtout après le succès phénoménal du Comte de Monte-Cristo. Ici, le ton est un peu différent, en mode sale gosse.
Une approche qui fait de Pio Marmaï le parfait candidat pour prendre la tête et qui s’inscrit dans une tradition plus générale des séries d’époque chez Netflix, où la violence et les sales types sont légion. Ce n’est pas House of Guinness qui nous fera dire le contraire. Mais, dans la langue de Molière, est-ce que les fourberies d’un assassin passionnent autant ?
De quoi ça parle ?
Néro est un assassin sans foi ni loi qui travaille pour le compte du vice-consul de Lamartine. Lorsque celui-ci le trahit, il n’a d’autre choix que d’explorer un passé qu’il aurait préféré oublier. Sa fille, qu’il a abandonnée à la naissance, est en danger. Entre la vie de sa progéniture et la sienne, Néro va devoir faire un choix. “Si vous voulez vivre peinard, ne faites jamais d’enfants”... le ton est donné.
C’est dans les vieux potes…
Autant le dire tout de suite, Néro ne réinvente pas la roue. Dès les premiers instants, la série s’inscrit dans la pure tradition des récits d’époque en immortalisant un antihéros à la moralité douteuse et prompt à trahir tous ceux qui se trouvent sur son chemin. Il est affublé de comparses de voyage plus recommandables. Une princesse, une orpheline et un moine, on ne fait pas plus drastique comme contraste.

Néro a compris les dynamiques de bande, à mi-chemin entre la campagne Donjons et Dragons et le western teinté de fantasy. La nouvelle production Netflix n’est ni plus ni moins qu’un road movie dans les terres désolées d’un Sud de la France en proie à une sécheresse inédite. Une toile de fond qui sert une aventure menée tambour battant, qui n’a rien à envier aux productions américaines du géant du streaming.
Fine lame
Dans la forme déjà, Néro sait faire la démonstration de solides arguments. Généreuse en action, la série ne lésine pas sur les effusions de sang autant que les croisements de fer pour immortaliser son héros implacable. La caméra des réalisateurs qui se succèdent épouse la brutalité du héros. On ne boude pas non plus son plaisir à voir le sud de la France et l’Espagne, terre d’asile des Westerns spaghetti, devenir le théâtre de cette histoire. La photographie poussiéreuse, mais pas désaturée permet de faire éclore une véritable ambiance.
Plus largement, la série a de véritables envies de grandeur. C’est particulièrement louable à une heure où l’industrie culturelle française rechigne encore à se lancer dans ce genre de proposition lorsqu’elles ne sont pas inspirées d’un roman ou d’une mythologie célèbre.

On peut même noter que, dans le cas d’Arsène Lupin, gentleman cambrioleur du début du 20e siècle, Netflix avait fait le choix d’adopter un contexte contemporain. Une décision qui paraissait limiter tout le potentiel du personnage de Maurice Leblanc. Ici, l’histoire est inédite, le contexte et les thématiques ont déjà été éprouvés certes, mais la recette fonctionne presque parfaitement. Sous ses airs de pur produit de divertissement, Néro raconte la peur d’hériter de ses fautes et la difficulté d’assumer ce que l’on transmet. Et ça marche.
On pourrait évidemment s’amuser à collecter les inspirations du trio de créateurs pour faire éclore cet univers, de la musique originale qui pourrait être tirée de la partition de Hans Zimmer pour Sherlock Holmes à un antagoniste qui rappelle évidemment celui de Dumas et sa saga des Mousquetaires. Mais Néro a ce je-ne-sais-quoi d’assez frais dans le paysage audiovisuel français pour qu’on se laisse porter sans poser trop de questions.
Martin Douaire, cocréateur de la série, a sans doute beaucoup à voir avec cette réussite. Il était parvenu à faire de la science-fiction made in France avec son excellente OVNI(S), il remet le couvert avec la fantasy médiévale. Il est accompagné d’Allan Maudit (qui réalise aussi) et de Jean-Patrick Benes (Kaboul Kitchen) et Nicolas Digard.

L’âme d’une grande
Alors, non, tout n’est pas parfait, on peut regretter que certains acteurs et actrices soient parfois en décalage avec le reste de la distribution. On peut aussi souligner qu’aucune véritable surprise ne se cache dans cette histoire de rédemption. Mais force est de constater que l’épée de Néro est loin d’être émoussée.
La série doit beaucoup à sa tête d’affiche, parfait dans le rôle de l’assassin rieur et décomplexé. Pio Marmaï n’avait pas vraiment eu la place de faire la démonstration de son talent dans le diptyque Les Trois Mousquetaires, enfermé dans une intrigue qui avait d’autres chats à fouetter. Ici, il capte toute la lumière et ne faillit pas à sa mission.
De sa répartie à sa gestuelle, le comédien français profite d’une écriture des dialogues beaucoup moins classique que chez Martin Bourboulon. Olivier Gourmet s’en sort aussi avec les honneurs en homme de foi tiraillé entre son devoir et son affect.
Le duo formé par Alice Isaaz et la jeune Lili-Rose Carlier Taboury fonctionne aussi à merveille. On émet néanmoins quelques réserves concernant le choix de Camille Razat pour l’antagoniste, parfois caricaturale avant que le final ne lui offre plus l’opportunité de s’affranchir de ses modèles.
Au terme des huit épisodes qui constituent cette première saison, on en vient à en demander plus. Le final repose évidemment sur la perspective d’une suite qu’il nous tarde de découvrir. On ne pensait pas un jour dire ça, mais : Vite la suite…
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