Critique

[Critique] Venom : Un montage bien trop venimeux pour convaincre

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Henri le

Antagoniste emblématique de l’homme-araignée, Venom a désormais droit à son propre long-métrage. Hommage véritable ou opération mercantile ?

Spiderman a beau être un des personnages étendard de l’univers Marvel, sa némésis Venom partage avec lui une immense popularité, qui dépasse largement le cadre des amateurs de comics. Il n’est donc pas étonnant que Sony ait voulu en faire un film. Si ce type de spin-off est parfois mal vu par les fans, le studio s’est attaché les services d’un casting reconnu, Tom Hardy en tête.

Ce dernier y incarne Eddie Brock, un journaliste scrupuleux qui voit d’un mauvais œil les affaires de Life Foundation, une multinationale qui se sert d’innocents pour essayer ses produits chimiques. Alors que la firme a découvert des symbiotes extraterrestres, son jeune patron Carlton Drake décide de les implanter dans des cobayes. Les symbiotes s’échappent et changent sans cesse d’hôte. Eddie fusionne alors avec l’une d’entre elles et se transforme en un monstre surpuissant.

À première vue, Venom suit le sempiternel chemin de fer qui marque au fer rouge les productions Marvel depuis des années. Très démonstrative, voire ronflante, la première demi-heure suit Brock dans ses reportages avant qu’il ne perde son emploi à la suite d’une interview trop appuyée avec Drake (Riz Ahmed, apathique), rapidement identifié comme le super-vilain.

La mise en scène de Ruben Fleischer n’étonne jamais et son manque de personnalité renvoie directement aux productions Marvel du début des années 2000. Business oblige, le film fait l’impasse sur la relation houleuse entre Brock et Peter Parker, pourtant fondatrice de la haine qui anime le personnage.

La rencontre entre Brock et le symbiote permet au film de prendre un peu de hauteur, mais pas forcément là où on l’attendait. Pourchassé, le héros se défend en utilisant sa nouvelle puissance, ce qui donne lieu à des scènes d’action classiques, mais peu lisibles (mention spéciale au combat final). Le studio semble avoir méticuleusement édulcoré la sauvagerie de ces joutes pour quelles restent acceptable à tous les publics.

Venom ne peut qu’évoquer ce qu’il va faire, par peur de nous montrer du sang couler. Un choix dommageable, surtout lorsque l’on évoque une des figures les plus violentes du comics. Mais cette problématique n’est pas vraiment neuve, et l’aseptisation des héros Marvel, entièrement liée à des raisons financières, semble désormais acceptée par ceux qui devraient s’en plaindre.

Pourtant le film surprend dans le traitement de la relation entre Eddie et son symbiote. Hardy ne se contente pas de grimacer de douleur et entame un dialogue taquin avec son alter ego. Une parenthèse comique étrange, qui offre une résonance particulière aux récentes déclarations de l’acteur sur le découpage de l’œuvre.

On sent que ce dernier a voulu approfondir cette relation, jusqu’à volontairement opter pour une posture gaguesque. Un choix osée, qui montre cependant qu’Hardy avait à cœur de ne pas être un héros générique.

On aurait ainsi aimé voir se prolonger cette comédie noire, quitte à ce qu’une partie des fans de l’antihéros soit prise à revers et crie au scandale. Une tentative originale, qui détonne avec le traitement trop lisse de nombreuses figures de chez Marvel, souvent cantonnées à une plaisanterie lâchée après une cascade. Mais cette audace a été largement refrénée par la production, qui a découpé assez vulgairement l’ensemble.

Ce montage laborieux se ressent tout au long du film. Alors que l’on aurait aimé voir évoluer les rapports pour le moins excentriques entre Brock et son symbiote, le scénario clôture les enjeux de façon brutale. En moins de vingt minutes, cette entité en partie maléfique opère un revirement trop grossier pour être crédible, concluant un enchevêtrement de scènes sans grande cohérence. On espère que le second épisode ne sera pas plombé par les mêmes défauts ou, rêvons un peu, qu’il acceptera sa propre fantaisie.

Notre avis

Venom est un film abîmé par son montage et sa production. Condamné à rester dans les sentiers scénaristiques poussiéreux des films Marvel du début de la décennie, il enchaîne les scènes sans susciter l’engouement. Hardy a tenté d’être original, en tissant une relation comique avec son alter ego qui aurait pu constituer un beau pied de nez aux fans de la franchise. Mais le studio a bien évidemment court-circuité cette audace. C'eût été trop beau.

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