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Critique Ça : Bienvenue à Derry : encore une adaptation ratée ?

L’univers de Stephen King est plus à la mode que jamais et son clown tueur Pennywise reprend vie, cette fois sous forme de série. Préquelle au roman, Ça : Bienvenue à Derry se devait de montrer un certain appétit.

Que ce soit au cinéma ou sur les plateformes de streaming, il est difficile d’esquiver en ce moment le nom de Stephen King. L’auteur déjà maintes fois adapté connaît une nouvelle vague de transpositions à l’écran qui n’en finit plus. Rien qu’en l’espace d’un peu plus d’un mois, on compte Marche ou crève, l’arrivée de Running Man et ce qui nous intéresse aujourd’hui, Ça : Bienvenue à Derry. Indigestion ? Pas quand le repas est gastronomique.

D’autant que Ça : Bienvenue à Derry n’est pas une énième version du roman, mais une série préquelle aux événements de ce dernier. Une série produite, scénarisée et réalisée (du moins en partie) par Andrés Muschietti, dit Andy, soit le père des deux films récents sortis en 2017 et 2019. Il est accompagné dans cette entreprise par Barbara Muschietti, sa sœur et collaboratrice de toujours, le scénariste Jason Fuchs (le film Minecraft), Brad Caleb Kane, et Bill Skarsgård, qui reprend son rôle de Pennywise pour l’occasion. Bref, tout est réuni pour que le show s’inscrive dans la même veine que les deux longs-métrages.

Critique Ça : Bienvenue à Derry : encore une adaptation ratée ?
© Warner Bros

L’histoire se déroule loin du Club des Ratés, dans les années 60 – Muschietti avait déjà changé la temporalité des films par rapport au roman -, au sein de la petite ville de Derry, dans le Maine. Une époque où la Guerre froide, la menace nucléaire et la ségrégation alimentent les peurs. Le moment idéal pour que Ça commence son petit gueuleton. Face à la disparition de leur ami, un groupe de jeunes enfants commence à enquêter sur des phénomènes étranges. De l’autre côté, l’officier de l’armée de l’air américaine Leroy Hanlon (Jovan Adepo) arrive en ville, stationné dans la base non loin de là. Ses supérieurs semblent chercher quelque chose.

Encore du Stranger Things ?

On va retirer le pansement d’un coup sec ; oui Bienvenue à Derry a quelques relents de Stranger Things dans sa façon de mettre en scène en parallèle des gamins à vélo et des adultes moins scrupuleux au sein d’une même petite ville. Toutefois, c’est un peu la question de la poule et l’oeuf. La série de Netflix s’est inspirée, notamment, de Ça et aujourd’hui les shows ont évidemment intégré le succès de celle-ci dans leur production. Ici, on peut faire un rapprochement, mais il faut savoir apprécier les différences.

Critique Ça : Bienvenue à Derry : encore une adaptation ratée ?
© Warner Bros

Car au-delà de la peur de se manger une énième série fantastique avec des ados, il y avait aussi celui de voir l’univers de King encore une fois sous-exploité. On se souvient du diptyque de Muschietti qui avait dû raccourcir pas mal de matière malgré une durée conséquente. Avec huit épisodes d’approximativement une heure chacun, Andy a toute la largesse pour montrer qu’il peut faire mieux, qu’il doit faire mieux.

Fini de rigoler

Ça : Bienvenue à Derry n’est pas qu’une histoire d’origine pour son clown tueur, c’est surtout une série qui entend raconter ce que les films n’avaient pu que souligner, et bien plus encore. Sur les cinq épisodes que nous avons pu voir, le show explore la mythologie autour de Ça et pas seulement sous l’apparence de Pennywise. On revient à cette figure de mal originel, cosmique, tout en enrichissant son lien avec les natifs.

Critique Ça : Bienvenue à Derry : encore une adaptation ratée ?
© Warner Bros

Mais ce que Andy veut raconter, c’est Derry. La série permet d’explorer ses rues, ses habitants, de lui donner vie et permettre, via ce microcosme, de raconter aussi la société. L’époque des événements n’est pas anodine et la série met en scène plus d’une forme de violence, de terreur. Il y a quelque chose de fondamentalement pourri dans Derry et ce n’est pas qu’une question de racisme. Les actes cruels s’accumulent dans l’indifférence générale et c’est lorsque l’on essaie d’y échapper ou de l’arrêter, qu’on s’écarte de la norme. Il y a quelque chose de profondément épouvantable dans les images que l’on voit et cela tient dans leur ancrage dans la réalité. Toutes les horreurs ne sont pas surnaturelles, elles peuvent être aussi quotidiennes.

Une adaptation au sens noble du terme

En cela, il était très intelligent de la part de l’équipe de porter une partie de son attention sur les adultes. Dans le roman et les films, les seuls adultes actifs sont nos jeunes ayant grandi. Ici, la série veut montrer également comment Pennywise atteint les figures d’autorité autant qu’il s’en nourrit d’une certaine manière. Et malgré la profusion de personnages, chacun trouve son rôle dans le récit.

Il faut d’ailleurs saluer un casting exceptionnel. Enfants ou parents, il n’y a vraiment aucune fausse note avec des talents investis qui occupent l’espace. On admirait déjà les choix de distribution de Muschietti dans ses films, il récidive. On apprécie tout particulièrement Chris Chalk (Lucius Fox dans Gotham) qui incarne une version rajeunie de Dick Hallorann – oui, le personnage de Shinning – encore peu adroit avec ses dons.

Critique Ça : Bienvenue à Derry : encore une adaptation ratée ?
© Warner Bros

Transition toute trouvée pour faire un point sur les nombreux clins d’oeil présents dans la série. Ça : Bienvenue à Derry se présente comme une adaptation du King Universe davantage qu’une simple transposition de It. De la même manière que l’auteur lui-même l’a souvent défendu dans ses œuvres. Le fan pourra donc s’amuser à tous les reconnaître. Néanmoins, ses références ne sont jamais envahissantes au moins de troubler la grille de lecture. La série veut s’adresser à tout le monde et reste aussi appréciable pour le néophyte que pour le connaisseur. Même le visionnage des films n’est pas une obligation pour adhérer à Derry.

Série derryfiante

Et l’horreur dans tout Ça ? Il suffit de voir le premier épisode comme lettre d’intention. Étonnamment, la figure du clown n’arrive pas immédiatement – mais lorsqu’elle arrive, Skarsgård livre encore une prestation magistrale. Non, le réalisateur réimagine l’épouvante que provoque son entité du chaos avec quelque chose de très organique, très dérangeante. Le show va jouer avec nos peurs pour livrer quelques séquences bien plus crades que les films, et de loin.

Critique Ça : Bienvenue à Derry : encore une adaptation ratée ?
© Warner Bros

C’est là qu’on doit faire une comparaison avec une autre adaptation récente qui prend un peu les mêmes marques (préquelle, expansion de l’univers…) : Alien : Earth. Si cette dernière a trop joué avec la figure du Xenomorphe au point de lui enlever toute saveur, Derry nous rappelle tout le potentiel horrifique de Pennywise et pourquoi c’est sa version qui a marqué la pop culture (désolé Tim Curry). Muschietti aime son clown, amie jouer avec nos attentes et aime la transgression, à, l’image d’un rebondissement magnifique lors du premier épisode.

Pour finir de nous convaincre, il restait une question, si ce n’est LA question de ce genre de projet. Est-ce que cette idée peut tenir sur plusieurs épisodes, sachant surtout que Ça : Bienvenue à Derry a un plan sur trois saisons ? Encore une fois, Alien : Earth nous a montré tout ce que l’on pouvait faire pour gagner du temps… On ne saura juger que de ce que l’on a pu voir, mais on a été agréablement surpris de voir que chaque scène a son utilité, fait avancer l’histoire ou un caractère d’une manière ou d’une autre. On peut parfois trouver le temps un peu long, sans n’avoir jamais la sensation de superflu. Et on a hâte de voir comment cela va finir, même si on connaît déjà la fin.

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Notre avis

Il est presque difficile de conclure notre avis sur Ça : Bienvenue à Derry tant il y a encore à dire tout en ayant le sentiment que la série a gardé le meilleur pour l'après. En l'état, on ne croyait pas beaucoup au potentiel de cette série préquelle et le réalisateur de The Flash nous a donné tort, d'une manière si efficace qu'elle en est effrayante.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 9 / 10

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