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[Critique] Justice League Snyder Cut : la meilleure version d’un film moyen ?

Cinéma

Par Allan Blanvillain le

Cinq ans après son passage mouvementé au cinéma, Justice League ressort dans une version Snyder Cut réclamée par les fans et son réalisateur lui-même. Un événement qui amène une question, celle de savoir s’il faut s’attendre à un film complètement différent ou à de simples corrections ?

En 2017, Justice League sortait dans la douleur pour un résultat pas franchement à la hauteur des espérances, des fans comme du studio. Il faut dire que le réalisateur Zack Snyder avait été débarqué en cours de route, remplacé par un Joss Whedon en simple exécutant. En découlait un film malade, rafistolé de toute part, sans grande cohérence globale. De quoi motiver les fans pour pousser encore et encore Warner à sortir le film dans sa version originale. Un souhait alimenté par les infos distillées habilement par un Snyder avide de prendre sa revanche. Cinq ans, 70 millions supplémentaires et quelques reshoots plus tard, la Justice League Snyder Cut débarque sur HBO Max, la plate-forme de streaming de Warner aux États-Unis et en achat digital partout dans le monde.

Mais avant de juger de la qualité du film, il convient de faire quelques précisions. Premièrement, il ne faudrait pas faire l’erreur de voir le studio comme le gentil sauveur de l’histoire, nous offrant enfin ce qu’on demande depuis plusieurs années. Non seulement la version cinéma n’est pas tant celle de Whedon que le fruit des décisions des producteurs, mais souvenons-nous qu’ils nous avaient déjà fait le coup avec Batman v Superman, la version Director’s Cut étant bien meilleure que celle projetée en salles. Par deux fois Zack Snyder a donc vu son travail charcuté par le studio avant que ce dernier ne fasse machine arrière. Ensuite, puisque ce Justice League Snyder Cut ne voit le jour qu’en réponse à sa version cinéma, il nous est impossible de l’analyser séparément du produit de 2017.

Ces précisions nous semblaient importantes pour remettre le film dans son contexte et faire une mise en garde : la Justice League Snyder Cut n’est pas une version différente de celle vue en salles, il s’agit d’une version amélioré. Explications.

La vraie Justice League ?

L’histoire restera ainsi sensiblement la même : Superman est mort, Steppenwolf en profite pour venir conquérir la Terre à l’aide des Mother Boxes et Batman tente de se déculpabiliser en réunissant une équipe pour empêcher tout ça. Dans les grandes lignes, on est en terrain connu et si vous avez détesté le scénario au cinéma, vous avez peu de chance de l’apprécier davantage ici.

Néanmoins, quand on passe d’un film de 2h à une monture de 4h – divisée en 6 chapitres et un épilogue pour les pauses pipi -, la différence va se faire au niveau des interstices. On y retrouve les scènes coupées aperçues dans la première bande-annonce de l’époque, des scènes rallongées ou modifiées et évidemment, plusieurs séquences passent à la trappe, comme celles avec la fameuse moustache mal effacée d’Henry Cavill.

Quel intérêt ? Tout comme le Director’s cut de Batman v Superman, ces corrections apportent énormément de consistance à l’ensemble, de cohérence. Notamment au niveau des personnages.

Le grand gagnant de cette nouvelle monture est sans aucun doute Cyborg. L’acteur Ray Fisher avait été le plus virulent au sujet de la version de Whedon, non seulement par rapport au comportement malsain du réalisateur, mais également parce qu’il affirmait que 80% de ses scènes avaient été coupées. On peut désormais le confirmer : il avait raison. De personnage utilitaire à l’histoire en 2017, Victor Stone gagne énormément en profondeur avec des flashbacks, des explications sur ses capacités ou encore la relation avec son père. Si Fisher n’est toujours pas l’acteur le plus expressif du monde, Cyborg obtient une vraie place au sein de la Snyder Cut. Tout comme son géniteur, incarné par Joe Morton, dont l’importance devient capitale.

Autre bénéficiaire de cette sortie : Barry Allen alias Flash. Le comique de la bande le reste, mais obtient quelques passages en solo et des scènes d’action le mettant davantage en valeur. Dommage qu’Ezra Miller ne soit toujours pas l’acteur le plus crédible pour le rôle, malgré son talent.

Les protagonistes secondaires ne sont pas oubliés et ont également l’opportunité d’avoir quelques lignes supplémentaires à l’image de Loïs Lane, Alfred ou Mera (qui bénéficie même d’une belle scène d’action). Enfin, notons l’apparition d’une autre grande figure super-héroïque.

Même Steppenwolf, bien que son allure soit encore à revoir, a bénéficié de ce nouveau traitement en se voyant accorder des justifications, une histoire personnelle. Ça n’en fait pas pour autant un grand méchant, mais il sort un peu de la simple figuration.

Bref, cette Justice League s’en trouve mieux construire, plus incarnée, plus crédible, plus harmonieuse jusque dans son ton global ou ses couleurs. Ce n’est plus le film schizophrène de 2017.

Des défauts persistants

Avec sa gomme magique, Zack Snyder en profite pour virer tout ce qui n’allait pas dans la version de son remplaçant. Exit le costume bleu et rouge de Superman, la famille à sauver, la course entre Flash et l’homme d’acier, la relation gênante entre Diana et Bruce, et la dernière bataille a presque totalement été réécrite pour lui redonner un côté tendu et sanglant. En prime, on a droit à du Darkseid, en veux-tu en voilà.

Sauf que comme on le disait plus haut, ça ne change pas concrètement les gros problèmes du film. La résurrection de Superman (et son rôle) est toujours un sujet expédié, la recherche ennuyeuse des Mother Boxes ne durent plus une heure, mais trois, on ne sait pas quoi faire de Batman… Justice League a des défauts majeurs, Snyder Cut ou non.

Surtout que cette version permet enfin de savoir qui avait signé telle ou telle scène lors de la sortie cinéma. La réponse n’est pas toujours celle qu’on espérait. Ainsi, des fameuses répliques fortement décriées n’ont pas disparu et quelques moments d’humour artificiels persistent.

Et tous les rajouts ne sont pas forcément pour le mieux. Entre placement de produit, une séquence à base de saucisse lourdingue, ou plusieurs minutes en compagnie du Joker de Jared Leto dont l’interprétation ne convainc toujours pas, on se dit à de nombreux moments que le film aurait mérité quelques coupes. Encore.

On préfère vous prévenir, si vous n’avez vraiment pas aimé Justice League pendant deux heures, vous ne l’aimerez pas plus – ou à peine mieux – pendant quatre.

Du Zack Snyder pur jus

Si une personne est vraiment ravie de retrouver la Justice League, c’est bien Zack Snyder ! Puisque le studio lui a enfin redonné son film – et qu’il n’aura jamais la trilogie initialement prévue -, le réalisateur en profite pour s’amuser comme un fou.

Alors que se passe-t-il quand un réalisateur a le temps, l’argent, la permission et que c’est son dernier coup d’éclat dans cet univers ? Des ralentis à gogo, que ce soit pour l’action ou l’iconisation de ses super-héros, des petits rappels à 300, Watchmen et autres œuvres de Snyder, de la figure christique quand il s’agit de Superman… le réalisateur a décidé de pousser les curseurs de son style au maximum jusqu’à friser l’overdose. Si vous êtes hermétiques aux effets du cinéaste, on vous conseille fortement de passer votre chemin. D’ailleurs, il faut souligner que le changement de format ne convient pas particulièrement à son cinéma et qu’une image plus panoramique aurait sûrement apporté plus de panache aux séquences épiques.

Évidemment, pas de Zack Snyder sans une utilisation appuyée de la musique. Pour le coup, même si elle est parfois mal employée, la composition de Junkie XL sonne bien mieux à l’entreprise que celle de Danny Elfman en 2017.

Comme un ultime pied de nez au studio et une petite sucrerie donnée aux fans, Snyder n’en oublie pas de laisser les portes ouvertes pour ce qu’aurait donné la suite dans un long épilogue. Bien que fin, il y a (définitivement ?), cette Justice League nous laisse avec ce petit goût de ce qui aurait pu être et de ce qui a finalement été. Et comme souvent, il y a à prendre et à jeter.

Notre avis

On apprécie l'aspect plus consistant, plus unifié du long-métrage, digne produit d'un réalisateur qui a pu aller jusqu'au bout de ses idées. Néanmoins, il y a encore trop d’artificialité, de défauts hérités de cette vision, pour en faire l'aboutissement ultime de la trilogie DC de Snyder. Il y a parfois des obstacles infranchissables. Il convient donc de considérer Justice League Snyder Cut pour ce qu'il est : non pas un grand film, mais une version améliorée d'un produit bancal à l'origine.

L'avis du Journal du Geek :