Critique

[Critique] Kingdom : énième remake zombie ou agréable surprise Netflix?

L'avis du Journal du Geek :
Série

Par Manon le

La nouvelle série coréenne Zombie signée Netflix débarque sur la plateforme et elle va bousculer les codes du genre. Pendant qu’Hollywood cherche à tout prix à dresser un décor moderne voire post-apocalyptique du monde dans lequel les zombies surgissent de nulle part dans le seul but de dévorer les survivants, nous voici ramenés dans le passé à l’époque médiévale. Kingdom nous transporte dans une Corée d’antan mais ne vous attendez pas à faire le voyage tout seul, les morts-vivants sont de la partie. 

Une nouvelle série de zombies, oui cela peut paraître redondant mais n’en soyez pas si sûrs. Le thème est peut-être vu et revu mais cela n’empêche pas de déceler une pointe d’originalité dans la série de Kim Seong-hun. Tout d’abord, nous ne sommes pas dans un futur post-apocalyptique rongé par le désespoir où les zombies se lèvent d’on ne sait où pour venir se nourrir des survivants. La série nous emmène dans une Corée féodale pendant la période Joseon. C’est dans ce temps révolu que vont naître des monstres bien connus du monde moderne.

Un voyage temporel à l’autre bout du monde

Le sujet n’est peut-être pas des plus originaux mais le décor est atypique. Ne vous attendez à des plans familiers, nous ne sommes pas dans une production américaine et même si cela peut être déroutant de prime abord, on se laisse très vite charmer par la beauté de certaines scènes qui dévoilent la splendeur des paysages sud-coréens. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est dépaysant. Passée la surprise des vingt premières minutes du premier épisode, mon regard d’européenne bercé aux séries américaines se familiarise à ces paysages, ces personnages et ces coutumes que je n’ai pas l’habitude de voir sur mon écran.

Si le décor vous fera voyager, l’époque dans laquelle prend place l’histoire vous emmènera bien loin de l’époque dans laquelle nous vivons. Il est difficile de dater précisément la période dans laquelle se déroule la série puisqu’on sait qu’elle intervient durant le règne des Joseon or cette dynastie s’est enracinée sur le trône pendant près de 600 ans. Mais, peu importe l’époque exacte, dîtes au revoir aux nouvelles technologies et bonjour aux voyages à dos de cheval. Cette période nous ramène au temps des combats de sabre qui offrent quelques jolies scènes. Les amateurs du genre seront peut-être un peu déçus. Avec trop de coupures, le combat peut alors sembler décousu mais les novices dans le domaine n’y verront que du feu. Là ne se trouve pas le cœur de la série.

Un scénario aussi rythmé que bien ficelé

Le spectateur est plongé dans un royaume rongé par la corruption et la famine. Si on devait planter le décor de manière simpliste, on trouverait d’un côté les pauvres et de l’autre les riches. Qu’importe l’époque, les riches ont toujours une manière troublante d’ignorer la souffrance du peuple. Le réalisateur a l’art et la manière de focaliser sa caméra de façon à ce que les scènes de repas deviennent repoussantes au possible. De quoi vous couper l’appétit ! La manière dont les riches dévorent – il n’y pas d’autres mots – leur repas alors que les villageois meurent de faim à côté sont des scènes face auxquelles il est difficile de rester de marbre. On sent poindre une critique à peine voilée de la part de Kim Seong-hun.

La série suit l’histoire d’un jeune prince héritier (Ji-hoon Ju) dont le père – soit le roi – est malade. Mais impossible de savoir de quel mal il souffre, un secret entoure la maladie de celui-ci. Le roi est d’ailleurs enfermé dans sa chambre, coupé du monde et on comprend vite pourquoi. Ce dont il souffre n’est pas une maladie sur laquelle on peut mettre un nom. Des bruits de bête féroce résonnent dans les couloirs du palais royal. Des bruits effroyables qui terrorisent quiconque oserait s’approcher de trop près de la chambre du roi… malheureusement pour la première victime. Assistant du médecin en charge de l’étrange cas du roi, le pauvre homme périra de la fureur de ce qui se cache derrière la porte de la chambre.

En parallèle, le prince héritier Chang essaye de découvrir à tout prix ce qui tue son père. Mais sa belle-mère, enceinte du bébé qui le privera du trône, veille sur le secret comme sur sa propre vie. En effet, si le roi venait à mourir avant la naissance de son enfant, la couronne reviendrait au prince héritier et non à son bébé. Mais le prince ne compte pas se plier aux attentes de sa belle-mère. Il se met en quête du médecin qui soignait son père afin d’élucider le mystère autour de sa maladie.

Il emmène alors son garde du corps (Ryu Seung-ryong) à sa suite et on en est ravi puisque cela crée rapidement des scènes assez cocasses. Le prince, qui a grandi dans un cocon, doit faire face à la réalité du monde ce qui amuse doucement son compagnon de fortune. Le garde du corps prend alors le rôle du fou du roi. Les scènes comiques entre les deux personnages contribuent à alléger l’ambiance et contrebalancer une atmosphère pesante. Cependant, l’humour disparaît au fur et à mesure des épisodes alors que le ton s’alourdit.

Pendant ce temps-là, le médecin qui était chargé des soins du roi revient auprès des siens afin de donner une sépulture décente à son apprenti qui a malheureusement péri dans l’exercice de ses fonctions. Mais les patients de la clinique de Jiyulheon meurent de faim et l’un des résidents a la malheureuse idée de cuisiner le mort afin de le donner aux nécessiteux. La scène est répugnante à souhait mais ce n’est que le commencement… Une fois repus, ils se mettent à avoir des convulsions. Une mousse blanche se met alors à leur sortir de la bouche avant qu’ils ne décèdent subitement. Des symptômes qui ressemblent étrangement à ceux de la rage…  On comprend mieux pourquoi quand ils passent du statut de cadavre inanimé à celui de mort-vivant.

Un ovni sur la planète zombie

On est bien loin des séries de zombies sans scénario où le spectateur cherche seulement à se faire peur. L’histoire est construite de manière à ce que le spectateur soit tenu en haleine. La série est conçue pour repousser les limites du genre et pour y intégrer les codes du thriller et du voyage initiatique. Le prince n’hésitera pas à mettre les mains dans la boue. Aux côtés de Seo-Bi (Doona Bae / Sense 8), il n’aura cesse de chercher les origines de la maladie. L’enquête autour du mystère qui entoure le roi va très vite se révéler essentielle. D’hypothèses en hypothèses, ils essaieront d’établir un diagnostique plausible.

Bon mais alors, on les voit ces zombies ? Rassurez-vous, oui, ils apparaissent mais il faudra être patient et attendre la fin du premier épisode. On découvre alors des morts-vivants assez classiques d’ apparence. Du sang qui leur coule de la bouche, un regard vide et ce bruit aussi monstrueux et effroyable qu’ils émettent lorsqu’ils se mettent en chasse. Une particularité ? Oui, celle de courir vite. Très vite. Pour des zombies qui se réveillent du sommeil de la mort, ils sont tout sauf infirmes. Surprenant de premier abord, cette particularité augmente l’intensité des scènes de chasse à l’homme. Les zombies sont d’autant plus dangereux qu’ils sont immobiles, tels un simple cadavre durant la journée. Ce n’est qu’au soleil couchant qu’ils se réveillent avec une faim insatiable.

La série joue davantage avec les codes du suspens que ceux de l’horreur. Ne vous inquiétez pas, les zombies sont tout sauf charmants mais on sent une volonté de jouer avec les nerfs du spectateur. Cependant, plus on avance dans les épisodes et plus les apparitions de zombies se multiplient. En effet, l’épidémie se propageant à vitesse grand V, il devient de plus en plus difficile de les éviter. Attendez-vous à vous ronger les ongles, la série offre de beaux moments de suspens. Et c’est là que réside le joli tour de force de Kim Seong-hun, elle réussira toujours à vous surprendre notamment dans ses longues scènes de chasse à l’homme. L’obscurité ambiante tend à rendre l’atmosphère d’autant plus crispante. Si on devait résumer la série en un mot, ce serait : inattendue. N’oubliez jamais d’assurer vos arrières.

Notre avis

Déroutant est le premier mot qui vient à l’esprit quand on visionne le premier épisode : le cadre est inhabituel et l'intrigue un peu longue à se mettre en place. Mais dès les dernières secondes de celui-ci vous serez happés par l’histoire. Le réalisateur joue avec les codes du suspens d’une manière si maîtrisée qu'on a forcément envie de voir la suite. De plus, la critique sous-jacente de la société offre matière à réflexion. Le peuple a faim, tellement faim qu’il en vient à se transformer en zombie afin d’assouvir un besoin primaire. Famine, soif de pouvoir... Kim Seong-hun montre avec brio qu’il y a des problèmes qui traversent toutes les époques.

L'avis du Journal du Geek :

4 réponses à “[Critique] Kingdom : énième remake zombie ou agréable surprise Netflix?”

  1. Excellente série, et en plus ça change ! Les Coréens sont doués niveau zombies, quand on voit cette série ou le dernier train pour Busan, je trouve ça bien supérieur aux productions américaines plus ou moins récentes…

  2. J’ai adoré la série…et je suis très difficile…
    Bien tournée, beau spectacle et scenario très correct.
    Ils ont réussi à faire un truc original avec des zombis
    Bravo

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