Critique

Mad Max Fury Road : Le retour du véritable blockbuster américain

Cinéma

Par Henri le

Sorti le 14 mai dernier chez nous, Mad Max a suscité une attente importante de la part des fans de la première heure. George Miller a-t-il été à la hauteur de sa propre création ?

Mad_max_fury

Trente-six ans après la sortie du premier opus, le reboot de la série Mad Max par son créateur aurait pu sonner comme un pactole facile. Le succès insolent des nombreuses productions Marvel et consorts laissait penser qu’une simple version aseptisée du mythe suffirait. Et ni Babe 2 ni les deux volets d’Happy Feet, dernières réalisations de Miller, n’avaient de quoi apaiser les fans du justicier de la route. Qu’ils se rassurent, ce Fury Road écrase tout sur son passage.

Ce grand retour ne s’embarrasse pourtant pas d’un scénario poussé, ce qui laissait craindre le pire. Capturé par un tyran fou, qui tient une population assoiffée en esclavage, Max s’apprête à servir de réservoir de sang frais pour quelques Warboys, ces « zombies » maquillés de blanc qui pillent le pétrole restant sur la terre. Encore hanté par les souvenirs de sa famille, ce dernier va aider des fuyards et tenter de retrouver un semblant de sens à son existence. Dès la première minute, ce pitch plutôt erratique laisse place à un déferlement visuel de tous les instants. L’occasion pour George Miller de déployer une mise en scène frénétique. Un mélange de couleurs arides et de plans vertigineux qui décrasse les yeux et les oreilles, et laisse place à une rage de filmer communicative.

Mad_Max_Fury_Road_7

Ces premiers instants ébouriffants laissent entrevoir l’ambition profonde de ce reboot. Miller fonce à toute allure sans se soucier du schéma narratif lambda que l’on retrouve chez ses pairs. Le film n’a pas d’itinéraire, et cette impression de roue libre est raccord avec la sauvagerie des combats. Comme animé d’un esprit revanchard, l’Australien a voulu que la majorité des effets spéciaux ne soient pas réalisés par ordinateur. Le résultat de ce choix « à l’ancienne » est saisissant, et devrait, comme l’animatronique du premier Jurassic Park, s’imprimer longtemps dans la rétine des spectateurs.

orwwl9il5se4q25bwph3

Miller a également soigné la photographie, qui confronte les teintes vives du désert aux couleurs mécaniques des caravelles de métal. Le clou du spectacle étant symbolisé par une tempête de sable gigantesque, qui souligne l’affrontement éternel entre la machine et son environnement.

L’aspect plus psychologique des premiers épisodes est rapidement enfoui par cette mise en scène frénétique, mais le personnage de Max Rockatansky est traité de manière intelligente. L’entreprise se heurtait pourtant à bien des difficultés. La plus importante était d’effacer la figure emblématique de Mel Gibson, que même les néophytes connaissaient. Pour ce faire, Miller fait passer son héros au second plan, et introduit Furiosa, incarnée par Charlize Theron.

FURY ROAD

Cette femme forte, amputée d’un bras, se met en tête de sauver les magnifiques « mères porteuses » du tyran. Sa violence et ses méthodes très proches de celles de Max relèguent Tom Hardy au second plan. Un rôle qui sied parfaitement à l’anglais, spécialisé dans l’art de faire passer ses émotions dans ses regards et autres grognements (Bronson, Warrior, Quand vient la nuit…). Nicolas Hoult, qui prend les traits d’un gentil illuminé, étonne dans son rôle, et laisse peser une menace constante sur le convoi. Certains verront une ode féminisme dans le nouveau statut de Max, et ils auront peut-être raison. Mais cette manœuvre est avant tout l’initiative d’un cinéaste malin, qui savait où on l’attendait.

charlize-theron-et-tom-hardy-dans-mad-max-fury-road

Mad Max : Fury Road fait l’effet d’un grand huit. Doté d’une féroce envie de déboulonner les verrous scénaristiques de ses concurrents, Miller livre un film visuellement hallucinant, qui ne s’embarrasse guère d’un scénario complexe. Cette tornade de sang et de suie laisse le spectateur usé, mais repu. Une leçon de divertissement populaire, qui rend hommage au background de la saga et égratigne méchamment le reste d’une industrie bien trop timorée.

Pour en savoir plus sur la série, nous vous renvoyons vers notre dossier spécial Mad Max.