Critique

[Alors on regarde ?] Daredevil saison 3 : enfin la renaissance ?

L'avis du Journal du Geek :
Série

Par Allan Blanvillain le

Alors qu’on se demande quel avenir réserve Netflix aux séries Marvel, la plate-forme de streaming laisse le soin à la première d’entre elles de montrer qu’il y a de l’espoir au bout du tunnel. Autant dire que lourde est la charge qui pèse sur la saison 3 de Daredevil et ce pauvre Matt Murdock a intérêt à garder les yeux bien ouverts.

Faisons un rapide rappel des troupes. Jessica Jones ? Une saison 2 mitigée, mais une saison 3 commandée. The Punisher ? Une saison 2 prévue. Iron Fist ? Annulée. Luke Cage ? Annulée. The Defenders ? Pas de retour prévu « pour l’instant ». La moitié des shows Marvel ont donc disparu des grilles de Netflix et le pire, c’est qu’on ne s’en plaindrait presque pas, chaque série ayant fais les frais d’une écriture poussive au sein d’un format qui a vite montré ses limites. Même Daredevil en avait fait les frais lors d’une saison 2 en demi-teinte – on ne se remet toujours pas de ces ninjas en carton – et on croisait fortement les doigts pour que cette saison 3 redresse la barre.

Mais sinon de quoi ça parle ? En effet, nous avions laissé Matt Murdock (Charlie Cox) se prendre (attention spoiler) un immeuble sur la tête à la fin de The Defenders et ce n’est qu’à la toute dernière scène qu’on découvrait que celui-ci avait miraculeusement survécu, se réveillant dans un couvent ou quelque chose y ressemblant.

Cette saison 3 est la suite directe de ces événéments. On y retrouve notre héros bien amoché et diminué par la perte de certains sens (autre que la vue). De son côté, Wilson Fisk (Vincent D’Onofrio) signe un deal avec le FBI pour sortir de prison.

Daredevil est-il vraiment aveugle… ou simplement malvoyant ?

On évitera de rentrer trop dans les détails histoire de ne pas spoiler la suite, mais il faut saluer (ou pas) avec quelle constance Netflix – et par là les scénaristes et le nouveau showrunner Erik Oleson – applique la même formule pour chaque série Marvel (ou presque). Treize épisodes d’une heure, une intrigue resserrée et un héros en proie à ses démons… continuellement. Sauf que ça fait un moment que la recette a fini par lasser.

Résultat des courses : les trois premiers épisodes sont extrêmement lents et on a gentiment l’impression qu’on se moque de nous avec cette longue introduction qui n’en méritait pas tant. Même constat pour les personnages puisqu’ils semblent, pour la majorité, faire du surplace dans leurs larmoiements – mention spéciale à Matt, rapidement insupportable -. C’est bien simple, on finit la saison avec ce léger sentiment d’avoir assisté à une resucée de la première saison et que rien n’a réellement bougé entre-temps.

On reconnaît néanmoins qu’il a une certaine prise de conscience des problèmes passés et une réelle volonté d’y remédier, même si c’est maladroit. Pour preuve, ce faux rythme handicapant est plusieurs fois battu en brèche par une accélération brutale des événements, comme si la série luttait surtout contre elle-même, un peu à l’image de son justicier. On ne va pas se cacher que cela donne un scénario assez décousu où l’on verra plus d’une fois une problématique de cinq épisodes se résoudre ensuite en cinq minutes par nécessité de faire avancer les choses.

Le Diable s’habille en Prada

Inutile de le dissimuler plus longtemps : malgré ses défauts, cette saison 3 de Daredevil reste un vrai plaisir coupable qu’on savoure une fois l’histoire (enfin) lancée. Et si les nouveaux personnages trouvent rapidement leurs marques, surtout l’agent Nadeem (Jay Ali), la plus-value vient évidemment du retour de Fisk, dont la carrure et la voix suffisent à inspirer la peur.

Quand on a un grand méchant, ça aide, même si celui-ci ne bénéficie pas toujours d’une écriture à sa hauteur (contrairement à la saison 1). Tout l’inverse de l’agent Pointdexter – alias le futur Bullseye, que les fans des comics connaissent bien – qui a le mérite d’incarner une approche originale du personnage. Loin de n’être qu’un adversaire de taille pour notre héros, il se positionne surtout comme un reflet perverti de ce dernier, notamment lorsqu’il enfile l’ancien costume du justicier (ce n’est pas un spoil, c’est dans la bande-annonce).

À travers Bullseye, c’est toute la mythologie autour du célèbre (et meilleur ?) arc consacré à Daredevil dans les comics, Born Again, que le nouveau showrunner s’amuse à réécrire. Certains crieront peut-être au blasphème en regardant cette saison 3, mais il faut reconnaître qu’elle traite habilement des ingrédients de ce récit sous un angle différent. Par moment, on sent davantage une volonté de ne pas prendre autant de risques que son modèle mais ça a le mérite de nous surprendre et parfois d’une bien belle manière. On pense notamment à cet épisode 10 qui n’aura de cesse de jouer avec nos attentes.

Enfin, un mot sur la mise en scène qui, malgré une couleur toujours aussi terne, sort plusieurs fois des sentiers battus. La première moitié de la saison nous aura ainsi offert des moments savoureux, qu’il s’agisse d’un long plan-séquence en prison ou d’un Fisk se plongeant dans la tête de sa nouvelle cible. Quant aux combats entre Daredevil et son double maléfique, on peut dire que les capacités de Bullseye ne manquent visuellement pas de panache.

Notre avis

Habitée par ses fantômes du passé aussi bien dans la forme que dans le fond, cette saison 3 de Daredevil souffre de nombreux handicaps. Toutefois, on ressent une vraie envie d'aller de l'avant et de nous offrir quelque chose de plus ambitieux. Ce n'est pas parfait, mais on a retrouvé ce plaisir un peu perdu au fil du temps face aux productions Marvel / Netflix, ce qui est déjà un exploit.

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