Critique

[Alors on regarde ?] True Detective saison 3 : et soudain, tout est oublié

L'avis du Journal du Geek :
Série

Par Allan Blanvillain le

Une première saison acclamée, une seconde boudée, autant dire que la troisième saison de True Detective était attendue de pied ferme. Nic Pizzolatto aura pris son temps afin de nous montrer que son tour de force de l’époque n’était pas une erreur. La série est de retour sur OCS aujourd’hui. Peut-elle renouer avec le succès ?

Janvier 2014, un petit gars du nom de Nic Pizzolatto rentrait dans l’Histoire (avec un grand H) du petit écran tout en offrant à Matthew McConaughey l’un de ses meilleurs rôles. Dire que la première saison de True Detective marqua les esprits tient presque de l’euphémisme. La chute fût rude avec une deuxième saison plus brouillonne, la faute à une écriture précipitée par l’envie de HBO de ne pas laisser s’arrêter la machine si vite. Un mal pour un bien puisque ce semi-échec permet à son créateur d’avoir les coudées franches pour peaufiner sa saison 3. Trois ans plus tard, la série anthologique (chaque saison raconte une histoire différente avec de nouveaux personnages) revient, presque sous forme d’un retour aux sources.

Il faut dire que le contexte n’est pas sans rappeler la première saison. Deux flics (Mahershala Ali et Stephen Dorff) sont amenés à enquêter sur la disparition de deux enfants dans les Ozarks. Une enquête que l’on va suivre à trois époques différentes : 1980, 1990 et 2015. Niveau décor, on retrouve cette ruralité, cette Amérique profonde loin du Los Angeles de la saison 2. Sur le papier, la recette paraît donc inchangée, d’autant que les poupées vaudoues semblent avoir remplacé les sculptures de bois. Mais c’est mal connaître Pizzolatto est sa faculté à se réinventer, même sur un terrain connu.

True Detective ou l’art de recommencer sans copier

À l’issue de ces premiers épisodes, on peut poser un première question : est-ce que les similitudes entre cette troisième saison et l’originale dérangent ? La réponse s’impose d’elle-même : non. Tout simplement parce qu’à aucun moment, on a le sentiment que cela résulte d’une écriture fainéante, cherchant à copier bêtement le succès de l’affaire McConaughey / Harrelson. Au contraire, le scénariste, aidé cette fois par David Milch (Deadwood) sur quelques épisodes, paraît avoir retenu les leçons durement apprises lors de la saison 2, pour revenir aux fondamentaux et à un univers qu’il maîtrise totalement. On renoue avec ce générique envoûtant, ces personnages abîmés, cette population vivant du non-dit et ces journées où le soleil demeure caché.

Il suffit de quelques minutes pour comprendre que là où il y a de la ressemblance, on ressent surtout énormément de différence. Malgré des grandes lignes similaires, on n’a jamais la sensation de déjà-vu, la différence se créant dans les détails de l’affaire, des personnages, des lieux. Cette saison aborde ses propres thématiques via le spectre du Vietnam, la couleur de peau, la pédophilie… Nic Pizzolatto parvient finalement à reprendre les codes du polar poisseux dans lesquels il insère sa propre sensibilité, de sorte que sans renouveler un genre, il se l’approprie. On ne découvre rien, mais on est irrémédiablement accrochés. Une sensation qu’on n’avait pas ressentie depuis… la première saison.

Une approche plus personnelle

Sans compter que cette troisième saison peut compter sur deux différences majeures pour se démarquer. D’une part, la mémoire tient une place centrale dans ce nouveau récit. Hays, figure centrale merveilleusement incarnée par un Mahershala Ali en grâce, est atteint d’Alzheimer en 2015. Une manière de replacer l’homme au centre du scénario, l’affaire disparaissant littéralement au profit du temps qui passe. Chaque temporalité n’est, dès lors, pas autant une manière de faire avancer l’enquête que de voir les effets de celle-ci sur ceux qui l’ont vécu. On en profite pour féliciter le travail de maquillage fait sur l’acteur dont on a aucun mal à croire les 70 ans.

Ce premier point amène naturellement au second : l’émotion procurée. Contrairement à la première saison, particulièrement nihiliste, cette troisième fournée ne manque pas de s’arrêter sur la vie privée d’Hays avec toujours cette idée de ne pas oublier l’homme derrière l’inspecteur. Trois périodes, c’est autant d’occasions de voir naître une famille. Et en attendant que la suite de la saison nous donne toutes les clés pour résoudre le mystère, il restera toujours le visage de ce flic condamné à l’impuissance, toujours à la poursuite d’un coupable, puis de ses souvenirs. Thriller angoissant, True Detective s’est également transformé en drame intimiste.

Notre avis

Nic Pizzolatto sait comment se faire pardonner. Reprenant les codes de la première saison, le showrunner a retravailler sa recette pour pousser True Detective dans la même direction, mais sur un chemin différent. Plus personnelle, cette saison 3 abandonne l'idée de nous surprendre pour laisser vivre ses personnages et amener vers une émotion bienvenue. S'il est encore trop tôt pour savoir si le show parviendra à marquer les esprits comme quatre ans auparavant, une chose est sûre : le vrai True Detective est de retour.

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