Critique

[Alors on regarde ?] Umbrella Academy transforme-t-elle l’essai ?

L'avis du Journal du Geek :
Série

Par Julie le

The Umbrella Academy, disponible depuis le 15 février sur Netflix a, sur le papier, tout d’une grande série. Adaptée d’une bande-dessinée à succès créé par Gerard Way et Gabriel Bà, elle est portée à l’écran par Steve Blackman, scénariste de la troisième saison de Fargo. Que vaut-elle vraiment ?

Octobre 1986, 43 enfants naissent d’une immaculée conception. Dotés de pouvoir étranges, sept d’entre eux vont être adoptés par Sir Reginald Hargreeves. Ensemble, ils forment l’Umbrella Academy. À la mort de leur père, alors que l’académie est dissoute, ils se retrouvent confrontés à une menace de taille. Dans 8 jours, la planète va être détruite.

The Umbrella Academy

Famille au cœur de l’intrigue

Bien loin d’une “origin story” classique, The Umbrella Academy s’ouvre longtemps après les débuts de ses super-héros. On doit avouer que cela apporte un vent de fraîcheur dans cette période forte en nouvelles séries de super-héros. L’Umbrella Academy, plus qu’un Institut Xavier des temps modernes, est avant tout une famille dysfonctionnelle. On suit les personnages coincés dans un schéma qui se répète inlassablement. Un père absent et un robot comme figure maternelle de référence, vous voilà plongés au cœur de la famille Hargreeves. Mais est-ce assez pour convaincre ? Et bien pas tout à fait… En vérité sur les 7 prodiges, seulement 3 arrivent à se démarquer.

Ellen Page et Robert Sheehan tiennent la barque

Parmi les 3 personnages qui valent le détour, on retrouve sans surprise celui d’Ellen Page. Forte d’une justesse constante, l’actrice canadienne incarne à la perfection le vilain petit canard de la bande. Seul personnage à ne pas être doté de pouvoirs, Number 7, ou Vanya, est sans doute le protagoniste le plus intéressant de la clique. Avec elle, la série interroge la notion d’appartenance, de normalité. Comment trouver sa place lorsque l’on est normale dans un monde anormal ? En prenant le contre-pied, la série réussit avec brio à rendre le personnage attachant. Mais fort heureusement, Ellen Page n’est pas la seule à crever l’écran puisque l’on retrouve Robert Sheehan qui incarne Numéro 4. Proche de son personnage dans Misfits, Sheehan joue un camé en proie à des visions mortuaires. Alors qu’au début de la série, le personnage ne semble être qu’une pâle copie de Nathan, son personnage dans la série anglaise, Klaus se révèle au fur et à mesure des épisodes et touche par sa sincérité. Enfin, Aidan Gallagher, qui incarne un sexagénaire emprisonné dans un corps d’adolescent, livre une prestation fascinante. Souvent grinçant, parfois touchant, Numéro 5 est le personnage le plus controversé. Détestée ou adorée, “la tête à claques” ne laisse pas de glace.

THE UMBRELLA ACADEMY

“Rythm of the Night”

Dès la scène d’introduction, le ton est donné. La série joue avec le rythme et oscille entre scènes d’actions et lenteur. Mais voilà, certaines longueurs ont raison de l’intérêt que l’on porte à l’intrigue et les débuts sont quelque peu laborieux. La série, parfois, offre de beaux moments suspendus, la plupart du temps grâce à Ellen Page et son violon. Pas suffisant cependant, pour garder l’intérêt du spectateur assez longtemps. Dès le début,  on se perd dans la profusion d’informations. À l’image d’un puzzle dont il manquerait une pièce, la série est confuse et parfois trop obscure pour les non-initiés.

The Umbrella Academy

Une réalisation pas assumée

La photographie n’a rien de transcendante et laisse parfois de marbre. Alors que l’on pourrait s’attendre à une image très contrastée et colorée, il n’en n’est rien. À part quelques plans mémorables, la réalisation est assez sage. Le showrunner, qui dit s’être inspiré de Wes Anderson, reste trop dans la retenue : il ose parfois proposer des scènes psychédéliques sans pour autant les assumer pleinement. En fait, The Umbrella Academy ne fait pas le choix de l’absurde, du fantasque, et c’est bien dommage. Même dans ses effets spéciaux, la série est inégale. On se retrouve face à un singe très réaliste alors que le costume de Numéro 1 tend vers le ridicule.

“Dancing in the Moonlight”

La musique est omniprésente. De sa création sur papier à son adaptation sur le petit écran, elle a une importance capitale dans l’œuvre et ça se sent. Le chanteur de My Chemical Romance et auteur de la bande-dessinée transmet son amour de la musique dans The Umbrella Academy puisqu’elle accompagne le récit à chaque instant. Affublée d’une bande sonore exquise, la série en dix épisodes joue le rôle d’une madeleine de Proust. On prendra l’exemple de cette scène de baston sur fond de Queen, exaltante même si pas franchement subtile. Au final, on en vient à se demander si la musique n’est pas là pour combler les vides.

Côté musique originale, on retrouve Jeff Russo, pas au sommet de son art, qui livre un tout plutôt gentillet et loin d’être mémorable. Là où dans Fargo, il réussit à marquer les esprits dans The Umbrella Academy, il passe inaperçu. La musique d’introduction sauve les meubles, allant chercher tantôt dans les sonorités classiques avec le violon et tantôt dans des accents plus rock.

The Umbrella Academy

“Don’t stop me now”

La fin de la série laisse présager une deuxième saison que l’on espère plus assumée. Il est temps pour l’Umbrella Academy d’embrasser son image de “weirdo” et de se démarquer des multitudes de séries du genre. Elle a les qualités nécessaires pour relever le défi de l’originalité.

Notre avis

Une énième série de super-héros ? On pourrait croire que The Umbrella Academy ressemble beaucoup à ses congénères, mais c’est tout le contraire. Malgré des débuts timides et une réalisation parfois brouillon, la série a du potentiel. On regarde avec plaisir la première saison qui semble être une entrée en matière dans l’univers. Plus centrée sur les relations familiales que sur le surnaturel, The Umbrella Academy aborde avec justesse les thématiques de l’appartenance et de la normalité.

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