Critique

[Critique] Black Snake, la légende du serpent noir : un super-héros made in France

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Allan Blanvillain le

On peut dire ce qu’on veut sur Thomas Ngijol, on ne pourra jamais lui reprocher de ne pas viser toujours plus haut dans sa filmographie. Après avoir remonté le temps, enfilé le costume de dictateur ou joué les sportifs ratés, c’est donc presque sans surprise qu’on le voit porter le masque en tant que premier super-héros franco-africain dans Black Snake, la légende du serpent noir.

Si le cinéma français se montre capable de nous offrir une comédie adaptée d’un dessin animé réussie (voir notre critique de Nicky Larson et le parfum de Cupidon), peut-il en faire de même en ce qui concerne le film de super-héros ? La question est posée grâce à Thomas Ngijol et Karole Rocher qui signent à quatre mains Black Snake, la légende du serpent noir, parodie d’un genre dont raffole Hollywood et, surtout, le public.

On y suit le retour au pays, en Afrique, de Clotaire Sangala (Ngijol), un dandy fainéant et égoïste habitué à la facilité de la vie parisienne. Sauf qu’il va se retrouver doté des pouvoirs ancestraux du serpent jaune et il n’aura plus qu’un seul but : sauver le peuple, ainsi qu’une journaliste (Rocher), du joug du dictateur en place.

Un Black Snake ni héros, ni super

On l’admet, la bande-annonce nous a décroché des sourires. On s’attendait donc à un long-métrage qui aurait le mérite d’être drôle à défaut d’être élevé. Au final on aura autant rit que devant La Liste de Schindler. Non seulement les répliques les plus amusantes se trouvaient dans la promo (l’équipe marketing a eu soit le nez fin, soit un manque de choix), mais, pour la grande majorité, elles perdent de leur saveur une fois insérées dans des séquences maladroites.

Provoquer le rire est un exercice délicat qui demande un sens du timing impeccable et une écriture ciselée. Thomas Ngijol a prouvé depuis longtemps qu’il maîtrisait ce numéro d’équilibriste sur scène, sauf qu’on a toujours l’impression qu’il pense ses films comme il pense ses spectacles, sans faire la différence entre les deux. Difficile dès lors d’adhérer à ce One Man Show cinématographique où l’histoire se met au service des vannes de son co-auteur et non l’inverse. Le jeu d’acteur laborieux de ce dernier n’aidant, par ailleurs, pas vraiment à apprécier ses saillies. Si on se demandait encore si un bon humoriste fait forcément un bon comédien, Thomas Ngijol continue de nous apporter la réponse.

Un petit pouvoir c’est mieux que pas de pouvoir du tout

On a beau ne pas être dans l’explosion drolatique, on ne peut nier l’envie de Ngijol et Rocher d’y parvenir. L’important c’est de participer comme on dit, et notre tandem prend bien soin de ne s’accorder aucun temps mort avec des blagues qui fusent constamment.  Ceux qui apprécient tout particulièrement le style de Thomas Ngijol devraient donc y trouver leur compte malgré tout.

On évitera donc de trop jeter la pierre à ce Black Snake qui a pour lui de ne faire de mal à personne. Là où certaines comédies font leur beurre en tombant dans le communautaire et certains clichés peu défendables, le film n’est qu’un Ngijol show loupé, mais pas désagréable. Bien que certains le trouveront peut-être lourd sur les bords, on lui voit au contraire une certaine retenue – toute relative évidemment – qui rend l’ensemble digeste. Ni plaisant, ni déplaisant, le métrage tente, réussit, échoue, mais se regarde jusqu’au bout et c’est déjà beaucoup.

Sans compter que question parodie de super-héros, on a vu pire dans le genre. Black Snake s’amuse avec les codes, tape aussi bien du côté de Black Panther que de Green Hornet (pour le costume) et permet à sa tête d’affiche de s’éclater comme un fou. La mise en scène se met au diapason de son protagoniste avec effets de ralenti, explosions, et tout ce qui compose le cahier des charges. Ce n’est pas demain qu’on risque de revoir une telle proposition made in France alors autant en profiter un peu. Et puis il y a Édouard Baer, et on ne peut pas détester un film avec Édouard Baer car, vous savez, on ne croit pas qu’il y ait de bonne ou de mauvaise situation…

Notre avis

Que peut-on reprocher à Black Snake ? Tout et rien au final. Le film n'est ni méchant, ni drôle. Il se regarde avec une certaine indifférence sans pour autant qu'on tombe dans le mépris. Thomas Ngijol et Karole Rocher se sont fait un petit plaisir, nous décrochent des rares sourires, et puis on oublie et on passe à autre chose.

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