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[Critique] Tenet : Christopher Nolan passe James Bond au shaker

Cinéma

Par Julie Hay le

C’est sans aucun doute le film le plus attendu de cet été. Alors que les blockbusters ont déserté les salles obscures françaises, Tenet arrive comme le messie pour les exploitants du monde entier. Le nouveau film de Christopher Nolan sonne comme un retour à ses premières amours, après Dunkerque et son intrigue moins alambiquée. Mais Tenet est-il à la hauteur de la promesse ? Critique garantie sans spoilers.

Crédits : Warner Bros

Trois ans après Dunkerque, Christopher Nolan revient à ses premières amours. Le cinéaste donne la part belle à son imaginaire et s’appuiera cette fois-ci sur la physique pour mener son intrigue. Nolan construit à nouveau son récit autour d’un seul et même principe. Si Inception questionnait la notion de réalité – avec des rêves dans les rêves – Tenet bouscule le concept de la temporalité linéaire. Le film suit un protagoniste, qui ne sera jamais nommé, qui doit empêcher une troisième guerre mondiale. Sa mission va le transporter dans une dimension qui dépasse le réel, où le temps est inversé. Dès les premières minutes, Nolan introduit l’axe central de son intrigue et abat toutes ses cartes lors d’un dialogue entre les personnages incarnés par Clémence Poésy et John David Washington.

Effrénée, cette entrée en matière laisse le spectateur sur le carreau. Mais tant pis, on prend du plaisir à suivre cette introduction que l’on ne comprend pas et on admire la capacité du réalisateur à tisser la toile de son intrigue. Nolan est passé maître dans l’art de créer des puzzles scénaristiques et c’est pour ça que l’on a acheté la place de cinéma. Mais étrangement, si le film nécessite sans doute un deuxième visionnage pour bien saisir tous les enjeux, certains détails sont finalement assez prévisibles. La conclusion qui se profile après 2 heures 31 semblait toute tracée et laisse un goût amer. La construction en apparence complexe de l’intrigue, cache finalement un hommage vibrant à un genre bien particulier.

Au Shaker ou à la cuillère ?

Difficile de ne pas voir les inspirations de Christopher Nolan pour Tenet. On suit un personnage central dans le monde de l’espionnage international qui va réduire à néant un antagoniste russe. Vous l’avez ? Tenet s’inspire des films du plus célèbre des espions, allant même jusqu’à impliquer directement le MI6 dans son intrigue. Toute la recette James Bond passe au shaker de Nolan, qui utilise les codes du genre pour les réinventer à sa sauce. Pour autant, il n’arrive pas à s’en affranchir et propose une revisite sympa à l’image d’un cocktail, sans doute une vodka martini, auquel on aurait simplement ajouté quelques ingrédients.

L’hommage aux films d’espionnage est flagrant, mais Nolan ne réussit pas à offrir une relecture enthousiasmante. On retrouve les poncifs du genre, notamment autour du personnage d’Elizabeth Debicki. Référence nette aux James Bond Girls, elle n’est dépeinte que comme une demoiselle en détresse qui aura le droit à une courte rédemption dans le final. Si Christopher Nolan nous avait déjà présenté des personnages féminins forts, comme celui d’Ellen Page dans Inception ou celui d’Anne Hathaway dans Interstellar, là il manque le coche. Elle est d’ailleurs l’un des seuls personnages féminins d’importance, dans cet univers majoritairement masculin. À trop vouloir verser dans l’hommage, Nolan a oublié l’essentiel : déconstruire les schémas pour mieux se les approprier. Après tout, le réalisateur utilise souvent ces héros pour les mettre au service de l’action et Tenet ne déroge pas à la règle. Le réalisateur opère comme un marionnettiste et préfère concentrer son attention sur la réelle figure principale du film : le temps.

Crédits : Warner Bros

Mon nom est personne

Avec Tenet, Christopher Nolan fait un pari osé : ne jamais donner le nom de son personnage. Autour de lui, pourtant, se développe une large palette de protagonistes à l’image de celui incarné par Robert Pattinson. Après un début de carrière dans la romance adolescente, l’acteur avait délaissé les blockbusters au profit d’un cinéma plus discret. Il opère doucement un retour aux grosses productions et semble avoir musclé son jeu pour l’occasion. L’acteur prouve une nouvelle fois qu’il peut tout jouer et fait preuve d’une justesse sans faille dans son interprétation. Face à John David Washington, qui remplit sa mission de protagoniste principal avec aisance, on retrouve un Kenneth Branagh qui n’a rien perdu de sa superbe. S’il incarne l’archétype du méchant “bondien”, l’acteur livre une performance des plus épatantes. Ils ne sont pourtant pas aidé par des dialogues assez poussifs et bien trop didactiques.

Malgré ses quelques défauts, Tenet est finalement un condensé de ce que Nolan fait de mieux. Grâce à un montage malin et audacieux, il nous plonge au cœur de son histoire et fait et défait son film avec brio. Les impacts de balles disparaissent sous les yeux médusés des spectateurs qui profitent allègrement de cette effervescence visuelle. Christopher Nolan, qui peine souvent à mettre en scène l’action, utilise son intrigue pour innover dans sa réalisation. Les chorégraphies sont impeccables et au service d’une action incroyablement immortalisée par le réalisateur. Parce que finalement Tenet c’est ça : un spectacle grandiloquent et d’une grande efficacité qui nous offre une bonne dose d’adrénaline et d’explosions. Ne manque que la musique magistrale de Hans Zimmer, qui cède la place à Ludwig Goransson. Pourtant brillant dans la bande-originale de The Mandalorian, le compositeur livre une performance assourdissante qui ne marquera pas les esprits comme a pu le faire le musicien allemand. Son travail sur l’introduction est magistral mais se retrouve rapidement emporté par l’action qu’il n’arrivera plus à souligner de la même manière. On remarquera aussi que Nolan est allé jusqu’à débaucher Travis Scott pour une chanson originale, comme dans la tradition des films de James Bond.

Notre avis

Avec la promesse d'ouvrir le bal des blockbusters au cinéma, Tenet est un pari risqué pour Nolan. Hommage vibrant aux films d’espionnage, il n’arrive pas à s’affranchir de son matériau de base. Mais Nolan est passé maître dans l’art de tisser la toile de ses intrigues et le spectacle vaut le détour. Visuellement renversant, Tenet est ce qu’il devait être : un film grandiloquent servi par une réalisation maligne et efficace.

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