Critique

[Critique] The Old Guard : Charlize Théron déterre la hache de guerre sur Netflix

Série

Par Allan Blanvillain le

Avec un été où le cinéma d’action s’est absenté des salles obscures, Netflix prend les choses en mains. Charlize Theron, une bande de guerriers immortels, des flingues, des haches et des épées… sur le papier, The Old Guard a tout pour faire vibrer notre corde sensible.

Comme le dit le dicton : « On n’est jamais mieux servi que par soi-même ». Netflix l’a très bien compris et diversifie toujours davantage ses productions pour plaire au plus grand nombre. Et si la plate-forme n’est jamais avare quand il s’agit de faire parler la poudre – on peut citer par exemple 6 Underground ou le récent Balle Perdue -, il lui manquait encore l’installation d’une franchise d’action capable de concurrencer John Wick et ses copains du grand écran. Telle est l’ambition de The Old Guard, long-métrage inspiré des comics de Greg Rucka dont il signe lui-même le scénario. En figure de proue, Charlize Theron continue de se construire une sérieuse carrière de casseuse de mâchoires après avoir fait ses preuves dans Aeon Flux, Mad Max : Fury Road ou encore Atomic Blonde.

Elle y incarne Andromaque la Scythe, alias Andy, chef d’une bande de guerriers mercenaires luttant pour la justice à travers le monde… et les âges grâce à leur particularité : leur immortalité. On y retrouve Booker (Matthias Schoenaerts), le « petit jeune » mort pour la première fois lors des Guerres Napoléoniennes, et Joe et Nicky (Marwan Kenzari et Luca Marinelli) adversaires lors des croisades avant de devenir amants. Leur vie clandestine va être mise en danger lorsqu’une entreprise pharmaceutique cherche à les transformer en cobayes et que Nile (Kiki Layne), une marine américaine se découvre dotée du même don.

Histoire d’arracher tout de suite le pansement, on peut dire que Netflix a mis la charrue avant les bœufs en ne cachant pas ses ambitions de licence pour The Old Guard. Dans le traitement de ses personnages jusqu’à sa dernière scène, le film ne cesse de préparer le terrain pour une suite. Dès lors, il perd son temps (une durée de 2h, ce n’est pas rien) à nous installer des éléments purement utilitaires pour un intérêt futur, choisissant ainsi de sacrifier la narration de cet « épisode ». À titre d’exemple, on peut citer ce pauvre Chiwetel Ejiofor, mono-expressif au demeurant, dont chaque scène crie « attends la suite ». De même, Joe et Nicky bénéficient d’une attention très limitée de la part d’un scénario qui préfère se les réserver pour plus tard.

Une faute pardonnable si l’ensemble donnait effectivement l’envie d’y retourner. Mais The Old Guard porte bien son nom et ne dépasse jamais le cadre d’une bonne série B qu’on a déjà vu cent fois par le passé. Le récit est convenu, remplissant son cahier des charges pour plaire à sa cible avec de nombreux passages obligés et certaines séquences manquent clairement de budget. Les flashbacks d’Andy en guerrière amazone ressemblent davantage à des extraits de la série Xena. On pourrait en rire si le film ne se prenait pas beaucoup trop au sérieux pour ce qu’il raconte.

C’est dans les vieux pots qu’on fait le meilleur The Old Guard

Alors série B certes, mais série B efficace ! Bien que The Old Guard manque de fraîcheur, il ne manque pas de tripes et comporte de nombreuses séquences qui raviront les amateurs du genre. À la croisée des chemins entre Highlander et Expendables, on peut même dire que le film assume ses imperfections pour mieux faire ressortir ses qualités à la tête desquelles on retrouve Charlize Theron. L’actrice au look très années 90 pour l’occasion fait parler son physique et flingue ou tranche tout ce qui croise sa route avec envie. À ses côtés, Kiki Layne fait ses premiers pas dans le genre en offrant une prestation solide.

Il faut d’ailleurs saluer le travail de Gina Prince-Bythewood, réalisatrice inconnue par chez nous, qui laisse les chorégraphies martiales s’exprimer et être au service du scénario. Cela se ressent particulièrement lors des combats groupés où l’on ne peut qu’apprécier la coordination spectaculaire de guerriers luttant ensemble depuis des centaines d’années. Pour le coup, chaque scène d’action de The Old Guard raconte quelque chose sur ses personnages et c’est assez rare pour être apprécié à sa juste valeur.

Enfin, on ne peut passer outre les moments d’émotions d’un récit qui, lorsqu’il pense à autre chose qu’à sa suite, parvient à toucher juste. Il suffit d’une scène à Matthias Schoenaerts pour transformer l’immortalité en malédiction ou à Marwan Kenzari pour transcender l’amour face à l’homophobie. Dans un genre où tout semble avoir déjà été fait, The Old Guard ne révolutionne rien, mais apporte sa pierre à l’édifice. À voir si elle sera assez solide pour, à l’image de ses héros, résister au temps…

Notre avis

Perfectible sur bien des points, The Old Guard paraît encore loin d'avoir les capacités d'être LA franchise d'action made in Netflix malgré plusieurs bonnes idées et des affrontements louables. Mais il ne faut pas vendre la peau de la Charlize Theron avant de l'avoir tué, surtout si celle-ci est immortelle.

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