Dossier

Vous avez aimé « Your Name » ? Découvrez notre sélection de films d’animation japonais méconnus

Cinéma

Par Benjamin Benoit le

La bonne nouvelle ? Les deux dernières années ont été particulièrement fournies en animation japonaise au cinéma. La mauvaise ? Des films moyens, voire pas terribles, commencent aussi à arriver sur nos écrans. Pour un Your Name qui fait un carton mondial surprise, il y a maintenant un Hirune Hime un peu hasardeux qui est distribué. Mais est-ce vraiment une mauvaise chose ? Le flux s’ouvre enfin, et on commence à y trouver des blockbusters, des pépites de genre, des adaptations de séries… si vous avez soudainement découvert l’animation japonaise avec un grand A grâce à Your Name, voici un rappel des titres sur ces quatre dernières années.

Mary et la fleur de sorcière

Toujours en salles, Mary et la fleur de sorcière est peut-être le film le plus faible de cette sélection. Mais pas de panique ! Il devrait s’avérer assez divertissant pour des enfants – vous aurez juste un peu mieux à leur montrer avec le reste de ce guide.

Troisième film de Hiromasa Yonebayashi, et « oeuvre zéro » du tout nouveau studio Ponoc, Mary est un film qui sent Miyazaki, qui à la tête d’un Miyazaki, et qui sonne comme du Miyazaki, mais ce serait comparer du Coca avec du Breizh Cola. Pour une fois, la comparaison avec l’immanquable sensei de l’animation japonaise se tient : Yonebayashi est son ancien disciple, et il essaie ici d’y injecter la magie, le bestiaire, la féérie des grands classiques… sans jamais transformer l’essai.

En adaptant une nouvelle fois un roman de littérature jeunesse anglais (Le Petit Balai de Mary Stewart), Yonebayashi déroule un récit qui a toujours les mêmes défauts : personnages schizophrènes, script troué, et un petit quelque chose de film Ghibli bootleg un peu dérangeant. Cette histoire de petite fille qui, contre son gré, devient la sorcière d’un jour, visite l’académie idoine et doit sauver un ami des griffes de ses vils enseignants essaie vraiment d’être un meilleur film mais il manque un quelque chose. Visuellement, la magie est toujours là, et la bande-origine fait quelques petites merveilles. Au moins, l’esprit de Ghibli est toujours présent, et on préfèrera un reliquat un peu bradé que pas d’héritage du tout.

Par Hiromasa Yonebayashi, en salles depuis le 21 février

Dans un recoin de ce monde

Festival d’Annecy 2017. Une salle pas très réveillée assiste au premier film de la série des longs- métrages en compétition, dans la chaleur humide de ce lundi matin. C’est Dans un recoin de ce monde qui donnera le ton de cette édition : asiatique, coloré et intense.

Adapté avec une grande fidélité du manga de Fumiyo Kono, le film du discret Sunao Katabuchi raconte comment la jeune Suzu a survécu à la Seconde Guerre mondiale, dans son patelin adjacent à… Hiroshima. Bien avant le 6 août 1945 (le film ne s’y arrête pas) l’oeuvre commence en récit d’enfance, qui devient un voyage initiatique vers la vie d’adulte, un mariage arrangé, puis celle de femme au foyer. Enfin, d’être humain qui fait au mieux pour traverser la guerre au jour le jour.

Mais Suzu n’a jamais quitté son âme d’enfant. Rêveuse, artiste, le pouvoir de son imagination est son épée et son bouclier. Dans un recoin de ce monde, c’est plus de douze ans dans la vie de Suzu, et autant dire que c’est rude, drôle, beau, documenté, dans un style rond et naïf qui contraste avec la gravité du propos. Oeuvre totale et complète, Dans un recoin de ce monde est un incontournable de l’animation japonaise récente.

Par Sunao Katabuchi, disponible en Blu-Ray et DVD.

Lou et l’île aux sirènes

Annecy 2017 encore, la projection de Lou se termine. L’ambiance est électrique. Une jeune fille hurle « C’était trop bieeeeeen ! ». Eh oui. Lou et l’île aux sirènes, c’était trop bien, et bientôt, la France rencontrera un peu plus concrètement Masaaki Yuasa. Il gagnera le Cristal, la récompense suprême du festival, premier film japonais à accomplir ce tour de force depuis Porco Rosso, vint-quatre ans derrière. Hélas, il y avait environ autant de personnes dans la salle Bonlieu d’Annecy que de quidams allés le voir en distribution normale. Il est temps de réparer ça : Lou est le film le plus lumineux de Masaaki Yuasa.

Vague relecture de La petite sirène et Ponyo, Lou est l’histoire d’un adolescent mélancolique dont la vie va être chamboulée par la venue d’une mini-sirène avec la musique dans la peau et le démon de la danse ! Cette apparition provoque moult agitations dans la petite ville côtière du Japon où vit le protagoniste. Musical, trippy, Lou est un film particulièrement feel-good, aux antipodes de la série Devilman Crybaby, toujours de Yuasa. Un délice visuel qui ne se mange pas sans faim, mais seulement en mouvement – avec ce style très spécial, des images isolées de ce film seraient trompeuses. Lou est un immanquable, une fenêtre ouverte vers l’imaginaire infini de Yuasa. Même s’il a quelques baisses de rythme qui peuvent rebuter les têtes blondes.

Mention spéciale à Night is short, walk on girl, l’histoire d’une folle nuit à Kyoto via le regard de deux personnages qui se tournent autour et seront les acteurs de moments improbables : un concours de beuverie, la recherche inconditionnelle d’un bouquin d’enfance, une comédie-musicale-surprise. Ce film ne se décrit pas : il se déguste ! L’excellence même, aussi bien que Lou, peut-être même un microgramme meilleur, ce film n’a pas profité d’une distribution classique. Il faut dire que son humour est très japonais – barré, pince-sans-rire, nonsensique – les non-avertis au genre peuvent se retrouver un tout petit peu sur le carreau. Les autres et les téméraires riront de bon coeur et seront constamment noyés sous une animation de folie. Un objet un peu niché, mais un objet d’excellence à tenter tout de même. Dans un monde parallèle, c’est ce film qui devrait remporter l’oscar du meilleur film d’animation.

Les deux films sortent en Blu-Ray et DVD le 25 avril.

Hana et Alice mènent l’enquête

Elle aussi passée par Annecy 2015, puis sortie fort discrètement l’année suivante, Hana et Alice est une petite chose qui sort du lot. Animée en rotoscopie (technique casse-gueule et maudite où l’on dessine par dessus des acteurs en prises de vue réelle), cette histoire oscille entre la naissance d’une amitié bizarre et la recherche d’un lycéen perdu de vue. Ça part dans toutes les directions, dans un sens bien plus microscopique que Night Is Short… – ici, les actrices des deux rôles titulaires donnent tout. Leur performance est mémorable et elles portent le film à elles seules. Idéal pour sortir de sa zone de confort ou découvrir un procédé inhabituel.

De Shunji Iwai. Disponible en Blu-Ray et DVD.

Tout ce que fait Mamoru Hosoda et Mirai No Mirai

Mamoru Hosoda est marié à un concept. Dans tous ces films, il parle des mêmes choses, mais en twistant un peu l’angle d’attaque, le genre, et en escamotant les mots-clés de son script. Les enfants-loups parle de filiation et de maternité sous le prisme fantastique. Summer Wars parle de famille dans un sens global et de matrices virtuelles. La Traversée du temps ? Joker : De matrices virtuelles et de voyages temporels. Enfin, Le Garçon et la bête reprend la filiation, l’adoption et un peu de kung-fu pour faire bonne mesure. À chaque fois : un scénario ultra- plaisant à suivre, de vraies grosses larmes pour un personnage comme pour le spectateur, beaucoup d’amour et un trait reconnaissable entre mille. Mamoru Hosoda est un orfèvre, un passionné, qui met toute son âme dans ce qu’il entreprend.

Son prochain film Mirai No Mirai sortira au Japon cette année – toujours un tout les trois ans, le monsieur est précis comme une horloge – et il n’est pas déconnant de prédire une sortie française en fin d’année. Bien entendu, il parlera de famille et de voyages dans le temps, et c’est recommandé d’avance.

Le Conte de la princesse Kaguya

Une des toutes dernières productions du studio Ghibli, sorti en 2014, Kaguya commence à vieillir. En théorie seulement, car le film d’Isao Takahata est intemporel avec son trait faussement minimaliste : ce conte de princesse née dans une pousse de bambou, issu de la tradition orale, est déroulé comme sur une estampe qu’on dessinerait au fur et à mesure avec un gros pinceau à encre. Fans d’histoire, de folklore et de codes des récits nippons, ce film d’animation est pour vous. Tendre, touchant, complet, sa conclusion dans un silence de mort est un grand moment de cinéma et de fiction en général. Une oeuvre particulièrement crépusculaire, bon complément avec Le Vent Se Lève, ultime Miyazaki (jusqu’à la sortie du prochain). Lui aussi est recommandé avec force, mais doit-on encore le présenter ?

Par Isao Takakata. Disponible en Blu-Ray et DVD.

Miss Hokusai

Et voici un créneau obligatoire dédié à Keiichi Hara. Le réalisateur de 58 ans a déjà un beau CV derrière lui. Réalisateur de plusieurs films adaptés de la série Crayon Shin-Chan, d’Un été avec Coo, mais aussi de Colourful (qui met les pieds dans le plat avec un sujet courageux : le suicide des jeunes) – son dernier film, Miss Hokusai, est une tranche de vie sur O-Ei, fille du “peintre le plus célèbre de tout le Japon” en plein Edo, ex-Tokyo. Chronique documentée du début du dix-huitième siècle, Miss Hokusai est à l’instar de son générique de fin : un peu plus rock qu’on imaginait.

Le personnage porte le film, comme il porte sa famille et fait tenir son foyer. Voici le portrait d’une femme forte et indépendante où l’on trouve humour, tendresse, drame. « En lisant le manga (de Hinako Sugiura dont il est adapté), j’ai senti toutes sortes de parfums : celui des hommes, de la nourriture, du vin, des plantes. Celui des qualités et des défauts des personnages. » raconte la productrice Keiko Ando-Matsushita. Miss Hokusai est une excellente capsule temporelle, hédoniste, rempli de saveurs insoupçonnées (et un microgramme d’esprit punk).

Par Keiichi Hara. Disponible en Blu-Ray et DVD.

Patéma et le monde inversé

Dernier film d’un Yasuhiro Yoshiura aussitôt reparti, Patéma mérite une petite place pour son concept rigolo : la découverte d’un monde où la gravité est inversée. C’est un panzer-lieu commun de la pop-culture japonaise qu’on appelle isekai, celle de l’entrée dans un univers fantastique, pas bien éloigné de la fantasy occidentale. Depuis, on ne compte plus les univers où des personnages sont coincés dans une matrice virtuelle ou un jeu vidéo.

Dans Patéma, une petite curieuse brave l’interdit et va explorer l’abysse au fond du monde ocre et mécanique dans laquelle elle évolue. Elle va finir par tomber sur le notre, où la gravité est inversée, et où on tombe dans le ciel en deux-deux. Aidée par un nouvel ami (heureusement qu’il passait par là !) les deux vont déployer des trésors d’imagination pour que Patéma puisse se balader un peu chez “nous”. Mais chez nous, c’est aussi un univers dystopique, une version light de 1984, où il ne fait pas bon vivre…. Gloubiboulga de référence, pas toujours fin, Patéma vaut le coup pour son concept de base et sa façon de s’amuser avec les lois de la physique.

Par Yasuhiro Yoshiura. Disponible en Blu-Ray et DVD.

Mention spéciale : Fireworks

À vous de voir si vous appréciez le concept ou non, mais Fireworks est une sorte de best-of involontaire de tout ce qui a été diffusé sur nos écrans durant les deux dernières années. Une romance entre adolescents, une romance contrariée, une rencontre entre plusieurs mondes, une lente progression dans la science-fiction, une scénographie qui aime les plages et les train – tous les lieux communs sont là. Si vous connaissez bien le studio Shaft et la série Monogatari, vous serez sans doute moins à même d’apprécier tant le style, proche jusqu’à un chara-design qu’on croirait cloné des séries du studio, est le même. Sinon, vous pourrez peut-être apprécier cette rapide histoire d’amour qui, progressivement, s’enfonce dans la fantaisie.

Par Nobuyuki Takeuchi. Sortie physique pas encore annoncée.