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Chernobyl : Quelques anecdotes pour aller plus loin après la série

Série

Par Henri le

Si vous avez lu notre critique de Chernobyl, vous devez savoir que nous avons particulièrement apprécié la dernière mini-série de HBO. Voici de quoi approfondir le sujet.

En cinq épisodes à peine, la série Chernobyl est devenue une des mieux notées de l’histoire et a permis à des centaines de milliers de spectateurs de découvrir ce douloureux passage historique. Didactique, mais abordable, le show explique de façon limpide comment s’est déroulé l’un des pires accidents nucléaires de l’histoire. Un sujet (hélas) fascinant, qui a soulevé des interrogations sur certaines interventions relatées, mais surtout la volonté d’en savoir plus sur cette période sombre.

Voici donc une petite sélection d’anecdotes et autres légendes urbaines qui ont vu le jour depuis l’accident. Un bon moyen de constater que la série a respecté l’histoire, tout en faisant quelques entorses pour des raisons (souvent) évidentes de mise en scène.

 

Ulana Khomyuk a-t-elle vraiment existé ?

Habilement interprété par Emily Watson, le personnage d’Ulana Khomyuk n’a finalement pas existé. Il s’agit en fait d’un personnage « composite », inventé pour représenter tous les autres scientifiques qui ont travaillé sur la catastrophe et qui ont voulu avertir les habitants, mais aussi les pays étrangers des retombées sanitaires de l’évènement.

Le fait qu’il s’agisse d’une femme n’est pas anodin, et ne provient pas seulement d’une volonté de mettre en avant un personnage féminin. La société russe avait beau être très patriarcale, les femmes ne manquaient pas dans le domaine de la science. Cette idée de mise en scène est donc particulièrement inspirée puisqu’elle rend hommage à ces gens tout en insérant un marqueur visuel fort (et lisible) pour le spectateur.

Un hélicoptère s’est-il vraiment écrasé comme dans la série ?

Cette scène marquante du second épisode a suscité des interrogations de la part des spectateurs. Hélas un hélicoptère s’est bel et bien crashé sur le lieu du site, mais plusieurs données ont été modifiées. Dans la série, cet évènement se passe juste après l’explosion du réacteur. L’appareil passe au-dessus du trou béant causé par l’accident, perd sa liaison radio et s’écrase, ce qui laisse penser que c’est la radiation extrême qui en est la cause.

Le véritable hélicoptère s’est lui écrasé six mois plus tard (en octobre 1986) à un endroit assez similaire. Une des pales du véhicule a percuté le filin d’une grue et l’hélice s’est désagrégée. Les pilotes ont en revanche subi de fortes radiations et leur apport a été très important dans les moments de crise.

Les trois plongeurs ont-ils été foudroyés par les radiations ?

Comme vous avez pu le constater dans le show, les tonnes d’eau déversées par les pompiers pour éteindre l’incendie initial ont formé une sorte de piscine en dessous du cœur en fusion du réacteur numéro 4. Ces 19 000 tonnes de liquide sont rapidement devenues une menace. Les experts de l’époque ont en effet estimé que si le cœur atteignait l’eau en question, cela aurait pu déclencher une explosion de vapeur d’une force comprise entre 3 et 5 mégatonnes, susceptible de disséminer des éléments radioactifs à grande distance. La décision d’ouvrir les vannes d’évacuation est donc prise.

Le problème, c’est que les soupapes qui les contrôlent se trouvent dans un couloir inondé, en sous-sol. Trois volontaires équipés de combinaisons, de respirateurs et de dosimètres s’enfoncent dans l’obscurité pour effectuer la mission. Les documentaires et la série présentent la mission comme un suicide (ce qui semble toujours le cas), laissant entendre qu’ils vont mourir dans les jours qui suivent. Andrew Leatherbarrow, auteur du livre Tchernobyl 01:23:40 s’est efforcé de chercher Alexei Ananenko, Valeri Bezpalov et Boris Baranov… Et a retrouvé leur trace !

Si Baranov est décédé d’une crise cardiaque à 65 ans, les deux autres ont survécu ! Ils ont pourtant reçu une dose supposée létale de radiation (environ 15 000 roentgens) et ont été traités pour un empoisonnement radioactif. Il s’agissait donc d’hommes particulièrement solides, mais également de héros qui reçoivent enfin les honneurs qu’ils méritent.

Une personne irradiée contamine-t-elle les personnes qui l’entourent ?

Les effets de la radiation dépeints dans la série sont terrifiants et plutôt réalistes. Elles sont particulièrement graphiques, notamment sur les pompiers qui, d’un jour à l’autre, voient leur épiderme décrépir, donnant l’impression de « fondre ». Il s’agit de brûlures bêta, qui n’ont rien à voir avec celle d’un feu traditionnel et peuvent intervenir plusieurs jours, semaines voire mois après. Un article provenant des Annales des brûlures et des désastres liés au feu explique leurs spécificités :

Les rayons bêta se déplacent dans l’air (1 mètre) et quelques centimètres dans la peau. La pénétration cutanée est proportionnelle à l’énergie développée par le radio-isotope. Les particules bêta provoquent des brûlures, persistent dans les tissus irradiés et déposent de l’énergie tout au long de leur trajet cutané.

On comprend donc mieux pourquoi ces derniers voient leur état se dégrader de façon progressive. En revanche, la série laisse entendre qu’ils sont eux-mêmes devenus des éléments hautement radioactifs, qu’il faut confiner derrière une bulle de plastique. Interviewé par France Info, Marc Benderitter, expert en radiopathologie à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), a expliqué la marche à suivre pour éviter de subir ces terribles effets.

« Pour l’éviter, la première chose est de se dévêtir et de se doucher, on élimine 80% du problème. Une personne irradiée ne présente aucun danger. »

Ce sont donc les particules déposées sur les habits et combinaisons des pompiers et liquidateurs qui les rendaient dangereux pour les autres. Mais les connaissances étaient encore faibles à l’époque et on imagine que cette décontamination a pris du temps. La séquence de l’hôpital entre Lyudmilla et Vasily Ignatenko (qui ont vraiment existé) n’est donc pas tout à fait correcte.

Le procès de fin s’est-il passé comme cela ?

Le dernier épisode de la série se focalise sur le procès qui a suivi l’accident. Dans ce dernier, Valeri Legassov, physicien membre de l’Académie des sciences d’URSS, explique de manière implacable comment des erreurs humaines, mais également une volonté politique de faire des économies de bout de chandelle ont permis qu’une telle catastrophe arrive. Un moyen de mettre en avant la responsabilité du régime soviétique sans pour autant oublier l’incompétence presque criminelle de certains dirigeants de la centrale.

Hélas, ni Valeri Legassov ni son « ami » Boris Chtcherbina n’étaient présents, et le procès en question fut plutôt long et austère. Le podcast dédié à la série permet néanmoins de mettre en avant la volonté de mettre en avant le courage du scientifique. Le créateur Craig Mazin explique dans le podcast dédié à la série que « les choix qu’il fait au procès sont des choix qu’il a fait dans sa vraie vie, de façon différente ».

Le « baroud d’honneur » de Legassov s’est plutôt passé à Vienne, en aout 1986, où son intervention auprès de l’Agence internationale de l’énergie atomique a fait grand bruit. Il y a expliqué les raisons de la catastrophe en utilisant des arguments assez similaires à la série, ce qui lui a valu une reconnaissance internationale, mais l’animosité des autorités soviétiques. Épuisé physiquement et mentalement, il s’est suicidé deux ans plus tard en laissant plusieurs cassettes audio où il évoque frontalement la catastrophe.

« La Zone » est-elle totalement inhabitée ?

L’activité humaine est interdite dans « la Zone » d’exclusion entourant la centrale, un périmètre de 30 km autour du foyer principal. Pourtant quelques irréductibles y vivent encore depuis des décennies, au milieu d’une nature qui a depuis repris ses droits, entre chiens errants, loups et sangliers.

On les surnomme les « samosely », et ils sont aux alentours des 150. Leur âge moyen avoisine les 75 ans, comme on peut le lire dans La Tribune de Genève. Quelques familles plus jeunes, probablement poussées par la misère sont également venues vivre dans les alentours dans les années qui ont suivi.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, la centrale est restée en activité jusque dans les années 2000, et a employé des milliers de personnes. Aujourd’hui encore, et même après la rénovation du sarcophage en 2016, 3000 personnes y occupent un emploi et résident en majorité dans une ville située à une cinquantaine de kilomètres. D’autres scientifiques, policiers ou gardes-foret tâchent eux de faire leur travail de surveillance. Il faudrait malgré tout plus de 240 000 ans pour que la radioactivité disparaisse totalement, comme le précise Sciences et Avenir. D’un point de vue plus global, l’actuelle Ukraine n’est pas la seule à avoir subi de graves conséquences. La Biélorussie a été encore plus impactée, et 23% des territoires agricoles du pays sont encore inexploitables.