Il y a un an, le fisc avait débusqué 120 000 piscines illégales grâce à l’IA. Comme Albert avec les services publics et Aristote pour les étudiants, la France utilise l’intelligence artificielle pour traquer les contribuables qui oublieraient de déclarer certaines possessions. La plus facile à repérer reste sans surprise les piscines : grâce à la vue satellite, il est de plus en plus simple de repérer les points d’eau non déclarés.
30% d’erreur
Le problème, c’est qu’à trop vouloir automatiser ses processus, l’État multiplie les erreurs. Son IA n’est visiblement pas très au point, et afficherait une précision de seulement 70%. Selon la CGT Finances publiques, une piscine sur trois repéré depuis la vue satellitaire de Google Earth n’en serait en réalité pas une. Le taux d’erreur est considérable, puisque l’IA se baserait uniquement sur la couleur de l’eau pour mener ses enquêtes.
Il ne serait donc pas rare que cette dernière confonde des places de stationnement réservées aux personnes handicapées avec des piscines. Même chose pour certaines bâches d’agriculture de couleur bleue. Encore plus difficile à différencier : les piscines démontables, qui contrairement aux bassins en dur, ne sont pas imposables par l’administration française. Ainsi, le nombre de faux positif explose, tandis que les cas qui passent sous les radars sont suspectés d’augmenter, eux aussi.
Pas de tests préalables
Selon la CGT Finances publiques, l’explication liée à ce taux d’erreur bien trop élevé viendrait de l’implémentation soudaine de nouveaux logiciels dans les protocoles de contrôle du fisc. Déployés trop vite, ces algorithmes n’auraient pas été suffisamment testés avant leur mise en service : résultat, les faux positifs explosent, et les réclamations du contribuable explosent : jusqu’à 30 000, estime le syndicat. Une situation qui ajoute non seulement du travail aux agents publics (alors même que le dispositif était censé les soulager), mais qui met aussi les accusés dans l’embarras : en cas de doute, c’est aux particuliers de prouver que l’administration fiscale a fait une erreur.
La situation tombe mal, surtout dans une période charnière pour l’IA française. Le Premier ministre Gabriel Attal veut absolument injecter l’intelligence artificielle dans les services publics, et ses détracteurs s’inquiètent déjà du faible taux de fiabilité de ces nouveaux algorithmes. Pour la CGT, personne n’est actuellement en mesure de réguler et contrôler les résultats de l’IA. Les plaintes et les relances s’annoncent nombreuses pour les agents du fisc, alors même que les coupes budgétaires ont drastiquement fait chuter le nombre de fonctionnaires de la Direction des Finances publiques. Au total, l’effectif aurait chuté de 600 personnes en dix ans. Rien que sur le contrôle des piscines non déclarées, ce chiffre s’élève à 300 postes supprimés.