Dossier

Cinq concept-cars du Mondial de l’Auto pour imaginer votre voiture en 2030

Automobile

Par Nicolas Valeano le

Les deux semaines de show Porte de Versailles à Paris rassemblent exclusivités mondiales, modèles connus, halls moto, tech, bref, tout un monde autour de l’automobile et la mobilité au sens large. Mais dans ce foisonnement de modèles, au gré des stands géants des constructeurs, se détachent les plus spectaculaires, ceux qui forcent le trait pour retenir l’attention et présenter les innovations de demain sous les traits que les designers imaginent pour le futur. Ce sont les concept-cars, véritables concentrés de communication pour des constructeurs à la croisée des chemins : demain sera connecté, autonome et électrique… Ou ne sera pas. Analyse des cinq concepts les plus parlants.

Peugeot e-Legend

120 ans d’histoire automobile et même, 208 ans d’histoire pour la société familiale de Sochaux, voilà de quoi prendre du recul, une grande respiration et se concentrer vers l’avenir. C’est ce qu’a fait Peugeot avec son magnifique concept e-Legend, sans conteste une des stars du Mondial cette année. Passons sur le choc esthétique, qui, comme une madeleine de Proust, ravira nombre de nostalgiques des dessins de Pininfarina pour Peugeot, en l’occurrence la très réussie 504 coupés des années 70. D’autant que les références pullulent, également à l’intérieur avec de ravageurs sièges au velours bleu somptueux. Voilà pour le show orchestré par les designers. Mais bien sûr, il ne s’agit pas seulement d’une beauté pour défiler sur les podiums. Sa technologie se veut révélatrice des orientations futures de la marque.

Ainsi, Peugeot considère que la conduite autonome n’exclura pas la conduite classique, mais que les deux seront possibles selon les circonstances et les états d’âme du conducteur. Le hashtag unboring the future (rendre le futur moins ennuyeux) est peut-être un peu agressif face aux constructeurs qui proposent des navettes autonomes partagées (hello Renault !) mais il a le mérite de séduire. Même si on sait que les premières phases autonomes seront de toute façon partielles avant que des véhicules sans volant ne soient prêts à prendre la route…

Mais profitons-en pour voir les options prises par le constructeur. Quatre modes de conduite sont ainsi proposés. Parmi les deux options autonomes, le mode Soft est pensé pour le confort à bord avec des affichages réduits autant que possible, tandis que le mode Sharp se veut plus dynamique et connecté au maximum aux réseaux sociaux. Dans ces phases, la colonne de direction se rétracte, libérant la vue vers l’étrange écran de 49 pouces placé sous la planche de bord, plus facile à voir une fois les sièges en position relax. 16 écrans parsèment l’habitacle et leurs fonctions sont multiples, pouvant imiter différents matériaux pour l’ambiance à bord, commandés par une manette rotative et un… écran tactile de 6 pouces.

En mode manuel, on peut jouer la nostalgie avec des revêtements bois affichés sur les écrans de bord, ou la sportivité avec une projection de la route sur l’écran de l’habitacle.

Les interactions se font au moyen de l’interface intelligente de SoundHound avec qui Peugeot a signé un accord pour sa future (réelle) interface conversationnelle avec IA prévue pour dans 2 ans. Ici, elle peut synthétiser la voix de Gilles Vidal, le boss du design… Quant à la sono de la marque Focal, elle peut envoyer des messages sonores au seul conducteur, voire séparer les sources sonores pour arroser individuellement chaque place à bord. Magique.

Enfin, il s’agit bien entendu d’une auto électrique (fini le V6 Peugeot-Renault-Volvo du modèle d’origine…). Bien plus puissante (340 kW et un couple de 800 Nm), elle accélère de 0 à 100 km/h en moins de 4 s et peut atteindre 220 km/h. Ses batteries de 100 kWh offrent une autonomie de 600 km (normes WLTP), et 25 minutes suffisent à retrouver 500 km de rayon d’action. Des chiffres donnés par Peugeot, enthousiasmants même si leur optimisme très théorique est un peu loin des réalités d’aujourd’hui. Mais comment ne pas lui pardonner, avec une telle allure ?

Renault EZ-Ultimo

Loin du véhicule individuel plaisir proposé par Peugeot, Renault voit plus loin avec son concept EZ-Ultimo (prononcer «EZ » à l’américaine, donc comme « easy »), entièrement autonome et pensé pour offrir un service de luxe à des clients haut de gamme, dans le cadre de mobilité urbaine partagée. Voilà en effet une des premières applications que tout le monde s’accorde à voir apparaître en premier pour des véhicules entièrement autonomes. Ce vaisseau de 5,80 m est pensé pour offrir une expérience de transport premium à 3 passager, le temps d’un trajet ou d’une journée, dans la continuité de services haut de gamme d’hôtels ou compagnies aériennes, par exemple. Renault cite d’ailleurs à cette occasion des partenariats avec le complexe hôtelier Evian Resort et le Club Med. Un robot prêt à répondre à des services à la demande.

Large ouverture et sièges pivotants pour un accès des plus aisés, matériaux de luxe pour jouer les châteaux sur roues (bois, marbre et cuir), vous voilà dans l’ambiance. Renault ose même l’expression « carrosse 2.0 » pour son concept au dessin aussi baroque qu’élégant. La marque en profite aussi pour promouvoir sa future offre de contenus médias initiée avec la participation dans le magazine Challenges. Et si vous vous ennuyez encore à bord après tous ces efforts, pas de souci, l’engin pourra se transformer en personal shopper et vous faire faire la tournée des boutiques de luxe locales… Notons que pour les marchandises, certes moins exigeantes côté luxe, Renault a pensé une autre voiture robotisée, également exposée à Paris, l’EZ-Pro.

À toutes fins utiles, Renault rappelle les conditions sine qua non pour le fonctionnement théorique de sa navette autonome de niveau 4 selon le classement de référence SAE : zone de circulation définie, cartographiée en HD, information ultra-fiables du positionnement du véhicule sur la route (donc radar laser LIDAR combiné aux radars ultrason et caméras, plus un positionnement satellite ultra-précis) et une connexion aux infrastructures.

Quant à la propulsion, elle est bien sûr électrique (recharge à induction), avec des suspensions actives permettant d’abaisser l’engin pour en faciliter l’accès tandis que les 4 roues directrices lui redonnent un peu plus d’agilité.

DS X E-Tense

Dans sa démarche de recherche de sa personnalité toute fraîche (la marque premium de PSA a été créée à part entière en 2014), DS propose à Paris un étrange concept, DS X E-Tense, qui incarne littéralement les différentes phases de conduite que l’avenir nous réserve avec 2 parties d’habitacle distinctes. On parle ici de l’horizon 2035. D’un côté de la carrosserie, la conduite comme au bon vieux temps, cheveux au vent et mains sur le volant. Cuir, carbone, bois, métal composent l’univers de pilotage de cet hémisphère.

De l’autre, place à la délégation vers un système de conduite autonome, laissant libre cours à toute activité, de la sieste à la lecture en passant par de nombreuses possibilités de divertissement ou de travail. Sous une capsule de verre, siège ventilé et massant prennent soin du nouveau passager. Quant à la sono signée du français Focal, elle s’adapte à chaque mouvement de tête pour optimiser sa sonorité avec ses faisceaux sonores directifs.

Un spectacle complété par la contemplation… de la route au travers du plancher transparent. Un assistant personnel répondant au nom d’Iris, sous forme d’hologramme, permet de commander les fonctionnalités proposées. Point d’écrans à proprement parler ici, ce sont les surfaces vitrées qui servent de surfaces de projection.

La motorisation est comme de bien entendu électrique, avec 400 kW disponibles, voire jusqu’à 1 000 kW (1 360 chevaux !) pour faire des tours de manège sur circuit…

Smart Forease

20 ans, le bel âge pour Smart qui fête son anniversaire avec un concept qui garde l’innocence de la jeunesse : ludique, fantaisiste mais en même temps, responsable et urbain. C’est le Forease qui, derrière ses allures de gros jouet de plage sans toit, rappelle quelques fondamentaux de la marque.

Voulue à l’origine électrique, Smart va enfin à l’avenir abandonner ses (gourmandes) motorisations thermiques pour passer au tout électrique, tandis que Car2Go, la filiale d’auto-partage du groupe, va envahir les rues de Paris l’an prochain avec des centaines de ses petites Smart EQ pour remplacer (avantageusement ?) les défuntes Autolib, mais en free floating cette fois, donc sans places de parking/chargement assurées.

Électrique, c’est bien entendu le mode de propulsion de ce concept, qui reprend l’application de partage des coûts Ready to Share, d’ores et déjà disponible en Allemagne pour ceux qui prêtent facilement leur Smart.

Audi PB18 e-tron

PB pour Pebble Beach, un des plus prestigieux concours d’élégance automobile qui a lieu chaque année en Californie, voilà le ton donné pour le dernier concept signé Audi. Un design original et élégant pour une auto entre modèle de course et break de chasse classique. Radicale dans ses lignes comme dans sa définition technique, elle a été pensée pour être à l’aise sur la route comme sur circuit.

Pas question de conduite autonome ici mais au contraire, de plaisir au volant pour cette auto électrique au siège central comme dans une monoplace de course (mais un siège passager peut être ajouté, ouf…). Grâce à la technologie de batterie à électrolyte solide, plus légère et compacte, le poids est limité à 1 550 kg pour cette auto de 4,53 m. Un affichage OLED dans le champ de vision du pilote permet d’afficher en réalité augmentée les trajectoires idéales sur piste ou la navigation routière.

3 moteurs, pas moins, se chargent d’assurer les performances de la bête, avec 570 kW de puissance crête maximale. Résultat, des accélérations dignes de voitures courant dans la catégorie reine au Mans, le LMP1, avec à peine plus de 2 s pour atteindre les 100 km/h, partant de 0. La recharge se fait par câble ou par induction, avec une tension maximale de 800 V, de quoi recharger en 15 minutes. Et repartir pour de nouvelles aventures.