Dossier

[Dossier] L’Europe en marche vers les stablecoins

Crypto

Par David Princay le

2020 sera l’année des stablecoins dans le monde de la blockchain. Déclenchée par l’annonce du projet Libra en juin dernier par Marc Zuckerberg et suivi par les annonces chinoises et européennes, la course aux cryptomonnaies basée sur une valeur stable (euros, dollars ou mix de plusieurs monnaies d’état) comme pivot a commencé. Nations, banques et acteur de la blockchain sont désormais au pas de course pour créer des cryptomonnaies stables autour de système blockchain. Quels sont les enjeux derrière la création de ces cryptomonnaies bien spéciales ?

Il ne s’est pas passé un jour sans qu’un pays ou une zone économique annonce travailler sur une cryptomonnaie depuis l’annonce de Libra. Ces projets ont tous un point commun : ce sont des stablecoin ou cryptomonnaie stable.

Un stable coin est une monnaie basée sur une valeur fixe comme l’euro ou le dollar et qui n’a pas de but spéculatif. Elle permet l’échange de valeur stable dans le monde de la blockchain et permet à ceux qui en détiennent de se préserver de la volatilité parfois importante du marché des cryptomonnaies. Ces stables coins ne datent pas d’hier et sont un outil connu dans le monde de la blockchain.

Le Tether : le premier des stablecoin

C’est ainsi qu’en 2015, le Tether, le premier stable coin, a vu le jour. Son principe est simple, à chaque fois que quelqu’un dépose des dollars pour avoir des Tether (USDT), celle-ci émet le même nombre de Tether et conserve les dollars versés dans un compte en banque. Il est possible d’échanger ce token auprès de Tether contre $1 à tout moment.

Tether est aujourd’hui devenu un projet de référence. À un tel point qu’elle est la la plus crypto monnaie la plus échangée devant le bitcoin avec plus de $20 milliards de volume quotidien. En effet elle permet à de nombreuses crypto actifs de faire des allers/retour entre bitcoin et monnaies traditionnelles en évitant les problèmes de banques inhérents aux cryptos (retrait/virement à justifier, suspicion des banques et des fois mésententes). D’autres initiatives notables existent comme le DAI de Maker DAO : une solution technique plus élégante, mais moins adoptée pour le moment.

Cependant des doutes existeront toujours sur une cryptomonnaie émise par une entreprise. En effet, il est impossible pour un utilisateur de savoir en temps réel l’argent dont dispose Tether sur ses comptes bancaires. Mieux même si l’argent était sur le compte bancaire d’une société privée pourrait servir de collatéral afin d’obtenir des prêts et investir avec ces prêts sur des assets potentiellement risqués ce qui peut mettre l’entreprise en péril et donc rendre la monnaie obsolète. Et au final, il est assez peu important que ces actions aient lieu ou non, le fait qu’il soit possible de le faire crée une situation de risque pour la personne qui possède ces cryptomonnaies.

La création d’une ou plusieurs cryptomonnaies d’état ou émises par une institution publique permettrait de supprimer ces risques et de faire rentrer des acteurs classiques bancaires dans le game de la cryptomonnaie ainsi que de faciliter l’acceptation de ces actifs dans la vie réelle. Quelles sont les initiatives sur la table à l’heure actuelle et quels sont leurs intérêts économiques ? Que nous préparent les acteurs institutionnels en Europe sur la blockchain en 2020 ?

Des stablecoins pour des usages particuliers en Europe

Aujourd’hui de multiples initiatives sont sur le point de voir le jour via des acteurs d’états ou des institutions officielles européennes. Cependant chacun de ces projets a un périmètre propre et une utilisation bien précise. Voici les trois plus significatifs portés respectivement par Libra, JP Morgan la BCE et la Banque de France.

À l’heure actuelle, de nombreuses banques commencent à utiliser la blockchain et les cryptomonnaies dans le but de faciliter les transactions internes et interbancaires. C’est le cas du JPM coin de JP Morgan ou de certains projets chez HSBC comme le Digital Vault censé sortir en avril 2020. Dans ce cas le stablecoin sert ici de véhicule interbancaire que vous n’aurez jamais l’occasion de voir circuler en dehors des banques.

Du côté des institutions publiques, la Banque de France a créé récemment la surprise en proposant la création d’une monnaie qui serait émise par la BCE. Celle-ci servirait à faciliter les échanges entre la banque centrale et les banques. Encore une fois, vous ne verriez jamais ce crypto euro dans la vie réelle.

Et en dernier lieu et enfin, un projet de stablecoin pour le grand public est en développement à la BPI. Il est celui que vous pourriez donc posséder. Ce stablecoin aurait la même utilité que le projet Tether, mais offrant plus de confiance, car émis par une institution étatique. Cependant, son intérêt va bien au-delà. En effet, ce crypto euro pourrait devenir programmable et permettrait par exemple à l’État de pouvoir collecter la TVA automatiquement permettant de réduire les possibilités de fraudes et de permettre un gain de temps dans la gestion des entreprises.

Celles-ci pourraient également s’émanciper des réseaux de carte bleue comme Visa et MasterCard voir d’exécuter des paiements automatiquement entre elles quand un service est fini permettant le respect des délais de paiement. De nombreuses PMEs sont en danger chaque année dû au retard de paiement de la part de leurs clients.

Cette monnaie programmable n’est en soit pas une révolution ouverte par la blockchain. Il serait tout à fait possible de le créer avec notre système actuel. Cependant, le coût pour mettre en place ce changement est bien trop important dans le système classique. Le fait de lancer un stablecoin euro permet de tirer parti des capacités d’automatisation apportée par la blockchain et réduit considérablement ce coût de changement.

Gare aux données utilisateurs

Le principal enjeu autour des stablecoins est lié à la data. Le fait qu’une entreprise privée ou qu’un état puisse connaître toutes vos dépenses est un fait possiblement alarmant. Par exemple et dans le cas du projet Libra, des craintes apparaissent. En effet, Libra est organisée pour être gérée par un groupe d’entreprises. Cependant, Calibra, le porte-monnaie électronique qui permet son utilisation, serait géré par Facebook et donc permet a Facebook de connaître l’intégralité des transactions effectuées par ces utilisateurs.

Pour cette raison, il est essentiel d’étudier chaque solution proposée et de comprendre les implications en termes de données utilisateurs. Car c’est véritablement là que se trouve l’enjeu de l’utilisateur final.

Article réalisé en collaboration avec Florian Le Goff.