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[Fête des Mères] Les mamans les plus mémorables du jeu vidéo

Par Corentin le

Qu’elle soit un soutien discret ou érigée au rang de figure symbolique, il est possible de trouver de nombreux personnages de mères dans le jeu vidéo....

Qu’elle soit un soutien discret ou érigée au rang de figure symbolique, il est possible de trouver de nombreux personnages de mères dans le jeu vidéo. Cependant, l’empreinte forte de la culture japonaise dans le jeu vidéo des années 80 et 90 ont souvent cantonné les mamans au même rôle réducteur : celui de la mère aimante, mais qui reste désespérément à la maison à faire le linge et la cuisine.

Heureusement que ces dernières années ont vu des archétypes de mères un peu plus variés, allant carrément jusqu’à lui donner le rôle de l’antagoniste (!) dans certains cas. À l’occasion de la fête des Mères qui aura lieu ce dimanche, voici un petit inventaire des différentes mamans du jeu vidéo.

Chroniques mères

[nextpage title=”Les mères au foyer font de très bonnes tartes à la crème”]

L’avènement des RPG sur les consoles à partir des années 80 a bien trop souvent utilisé la structure narrative classique du « héros qui se fait réveiller dans son lit par sa mère avant d’entamer son voyage initiatique ». La mère, figure douce et protectrice, représente le point de départ de l’aventure du héros. Le confort du foyer, la protection, la sécurité en opposition avec les dangers de l’aventure qui attend le protagoniste. Avec un rôle parfois annexe, y compris en début de partie, la mère du héros n’a pas forcément de nom, comme dans Chrono Trigger. Il est d’ailleurs intéressant de voir qu’elle fait parfois tellement partie des meubles, que les level designer ne pensent même pas à lui imaginer une chambre dans la maison familiale, se limitant souvent à la chambre du héros et une salle de vie possédant un coin-cuisine. Peut-être qu’elle dormait dans le four ? On ne le saura sans doute jamais. Quoi qu’il en soit, cet archétype a eu la vie dure. De Mother à Golden Sun en passant par Pokémon ou Soleil, la culture japonaise qui veut que la mère de famille reste bien sagement au foyer aura grandement influencé les jeux vidéo de cette époque. Allez, reconnaissons quand même à Grandia d’avoir donné une histoire un peu plus intéressante à la mère du héros, ancienne pirate rangée des voitures ayant renoncé à sa vie d’aventurière.

Earthbound Mother

Quand maman n’attend pas sagement pour redonner tous ses PV au personnage principal quand il passe la voir (« Tu reprendras bien un peu de purée mon chou ? ») comme dans Earthbound, il peut également lui arriver d’être morte. Souvent de manière tragique d’ailleurs. C’est le cas de Mother 3 dont la destruction de la famille de Lucas, le personnage principal, est un des principaux éléments perturbateurs qui lanceront toute l’aventure (la mère meurt et le frère est porté disparu). C’est également le cas de la mère d’Olivier dans Ni no Kuni : elle le sauve de la noyade déclenchant chez elle une crise cardiaque. Ce tragique événement poussera Olivier à chercher sa défunte mère dans un monde alternatif au sien, dans lequel elle pourrait exister d’une manière ou d’une autre. Voici donc un conseil utile à toutes les mères douces et aimantes du jeu vidéo. Méfiez-vous, vous pourriez très vite être sacrifiées sur l’autel de l’élément perturbateur. Avouez que ça serait ballot.

Allie Ni No Kuni

[nextpage title=”Les mamentors”]

Heureusement que les mamans, parfois, parviennent à sortir du carcan tenace de la douceur et de la gentillesse. L’archétype de la mère, heureusement, trouvera des variantes intéressantes dans des œuvres plus récentes et moins formatées.

The Boss Snake Metal Gear Solid 3

Bien qu’ils n’aient pas de lien biologique, la relation entre The Boss et Naked Snake est très intéressante à observer dans Metal Gear Solid 3. Elle est considérée comme le plus grand soldat qui n’ait jamais existé. L’autre est son disciple. Il existe une situation d’éducateur-éduqué entre ces deux personnages. The Boss est un personnage particulièrement fort. Un de ses surnoms est d’ailleurs « La mère des forces spéciales ». D’une certaine manière, elle représentera une sorte de figure maternelle pour Naked Snake, même si ce n’est qu’une mère spirituelle. Cela n’empêchera pas Snake de devoir dépasser ce rapport de domination en utilisant ce que The Boss lui aura appris pour la vaincre à la toute fin du jeu. Une séquence très forte ou Snake devra « tuer la mère ». C’est seulement comme cela qu’il obtiendra un nom directement hérité du sien : Big Boss. Ainsi se fera la transmission de mentor à disciple, de mère à fils spirituel.

Toriel Undertale

Une autre mère qui n’est pas biologique : la mère adoptive. Le touchant Undertale en montre un parfait exemple. Tombé dans les profondeurs inhospitalières de la terre, l’enfant incarné par le joueur rencontrera bien vite Toriel qui lui apprendra les rudiments du jeu (oui, comme un tuToriel). Cette créature rassurante, sorte de chèvre anthropomorphique, le prendra bien vite sous son aile, le cocoonant au point de le bloquer dans sa progression. Le joueur arrive dans un foyer agréable, les couleurs sont chaleureuses, la musique est douce, il n’y a pas de rencontres aléatoires, on nous propose une chambre avec des jouets, Toriel lit tranquillement un livre au coin du feu quand elle ne cuisine pas du gâteau pour le protagoniste. Sauf que voilà : l’aventure doit continuer. Et le joueur se retrouvera bien vite à devoir affronter une Toriel qui barre la route vers l’unique sortie dans un combat déchirant. L’épargner ou la tuer est un choix que le joueur devra faire, mais malgré ses attaques dévastatrices, Toriel fera exprès de rater le joueur quand il ne lui restera que peu de points de vie. Voilà une magnifique représentation par le game design de l’éducation, entre sévérité et bienveillance, propre à la relation mère-enfant.

severed mother

Dans Severed sorti tout récemment sur PS Vita, le personnage de la mère est également robuste. Forte, les muscles saillants et possédants des traits durs dignes d’une statue grecque, elle s’approprie le rôle de la défense du foyer, fonction que l’on a plus l’habitude de voir chez le père. Concrètement dans le jeu, elle apparaîtra en souvenir à sa fille Sacha, l’héroïne, pour une phase de tutoriel introduisant toutes les mécaniques du jeu. Sacha passera le reste de l’histoire à tenter de la retrouver, ainsi que son père et son frère. La structure narrative nous le laisse le deviner avant la conclusion, mais il s’agit bien de la dernière personne qu’il faudra rejoindre, dans l’optique de garder « le plus gros morceau pour la fin ». Ainsi, on comprend que si tous les membres de sa famille sont importants pour Sacha, sa mère en restera l’élément pivot. Un véritable modèle qui motivera toutes ses actions par la suite.

[nextpage title=”Maman protagoniste, maman antagoniste”]

C’est plus rare, mais parfois, les mamans, on les incarne.

shelter 1

Shelter et Shelter 2 donnent à la mère le rôle principal. Dans le premier, on incarne une maman blaireau protégeant sa portée. Il incombera au joueur de nourrir ses petits, mais aussi de les protéger de l’environnement et des prédateurs. Une relation très forte se lie entre le joueur et les petits blaireaux, car le game design l’incite à toujours garder un œil sur eux. La mise en scène accentue également la vulnérabilité du groupe. Quand un oiseau attaque pour tenter d’emmener un des petits, une musique stressante survient, déclenchant immédiatement un sentiment d’insécurité chez le joueur qui cherchera paniqué à se cacher et à protéger sa progéniture. Shelter se termine de manière dramatique, sur la mort de la mère. Le dernier plan du jeu montre cependant la progéniture, devenue grande continuer seule.

Shelter_2_1

Shelter 2 propose aussi de jouer une mère. Il s’agit d’une maman lynx protégeant ses quatre petits qu’il sera possible de voir grandir. Ils resteront d’abord tous les quatre dans la tanière, attendant que le joueur rapporte à manger. Puis, ils sortent et accompagnent la mère dans ses expéditions. Quand une proie est attrapée, la mère devra parfois jouer des coudes avec ses petits pour se nourrir elle-même. Après un certain temps, si le joueur est parvenu à protéger sa portée des loups qui attaquent parfois, ils grandiront suffisamment pour se mettre à chasser d’eux-mêmes. Ces jolies scènes familiales continueront jusqu’au moment inévitable de la séparation. Ces petites boules de poils qui restaient bien près de vous depuis plusieurs heures de jeu s’arrêtent d’un seul coup de vous suivre. Vous vous arrêtez, sans trop comprendre ce qu’il se passe. Est-ce un bug ? Une erreur du jeu ? Non. Une musique mélancolique se lance. La chair de votre chair vous regarde avant de se retourner et partir vers l’horizon, chacun de son côté. Oh, vous pouvez essayer de les poursuivre, ils iront plus vite que vous. Il ne vous reste plus qu’à rejoindre l’arbre qui vous servait d’abri. Quant au joueur, il peut sécher ses larmes après avoir eu un aperçu de ce que peut ressentir la mère qui voit ses enfants s’éloigner d’elle. Heureusement, le jeu se termine sur une note plus heureuse, quand cette maman lynx, suivant les étoiles au détour d’une expédition nocturne, retrouve son partenaire. Ils marchent alors côte à côte dans la nuit, rappelant au joueur que malgré tout, la vie continue.

Isaac Mother

Et puis, comment ne pas parler de cette mère mère indigne dans The Binding of Isaac ? Remise dans le contexte. Issac vit avec sa mère accro aux émissions évangélistes à la télévision. Un beau jour, elle entend Dieu. Il lui demande de sacrifier son fils pour lui prouver sa dévotion, exactement comme l’autre Isaac, le fils d’Abraham. Isaac se voit obliger de fuir sa mère armée d’un couteau de cuisine en s’échappant par une trappe dans sa chambre. On ne saura jamais réellement à quoi elle ressemble, d’ailleurs, cette affreuse mère. Représentée au début du jeu de manière caricaturale dans les dessins d’Isaac, on ne verra jamais que ses jambes noueuses, son œil omniscient et son cœur parfois couplé d’un fœtus répugnant. Comble du malaise, le 4e monde qu’il sera possible de visiter dans le jeu se nomme tout simplement « The Womb » (les entrailles), « Utero » (l’utérus) voire dans les toutes dernières versions du jeu : « Scarred Womb » (les entrailles meurtries). Bien que l’histoire ne soit jamais traitée de manière directe, on devine à travers les symboles les terreurs d’Isaac, le fait qu’il n’ait jamais vraiment été désiré par sa mère qui souhaitait une fille. Isaac est un enfant maltraité et certains power-ups qu’il obtient dans le jeu le laisseront deviner à demi-mot. Vous avez trouvé une ceinture ? Formidable ! Vous voilà plus rapide ! Pourquoi ? Peut-être parce que cette maman pas si aimante l’a déjà utilisé pour punir son fils qui, essayant de fuir, aura gagné en vélocité dans le procédé. Il est dès lors bien plus compréhensible que la mère se retrouve par deux fois boss du jeu. The Binding of Isaac prend ainsi le parti d’un traitement particulièrement original du sujet de la mère, dans tout ce qu’elle peut avoir de malsain et de torturé. Cette approche tranche particulièrement avec toute la production vidéoludique qui aura plus tendance à représenter la mère dans ce qu’elle a de doux, de protecteur et de rassurant. Et parfois, même si on les adore, il est agréable de croiser quelques mères ne sont pas toujours parfaites.