Dossier

Notre sélection des 10 meilleurs films sur les serial killers

Cinéma

Par Henri le

Depuis des décennies, la figure du serial killer a toujours fasciné les spectateurs et les réalisateurs. Cette liste vous propose de découvrir les meilleurs films inspirés (ou non) de ces dangereux tueurs en série.

Christian Bale dans American Psycho

Serial killer et cinéma font souvent bon ménage, et il suffit de voir le nombre de films inspirés par ces derniers pour s’en rendre compte. Si une partie d’entre eux ne jouent que sur l’horreur des crimes commis pour provoquer l’effroi, d’autres ont réussi à nous immiscer dans la psyché perturbée de ces hommes (et parfois femmes) dirigés par leurs pulsions morbides.

La sélection suivante n’est bien sûr pas exhaustive, mais une partie des longs-métrages cités sont directement inspirés de cas étant réellement survenu. Les autres dépeignent certes des personnages fictifs, mais la manière dont ils le font aura su apporter un regard cinématographique nouveau sur le phénomène.

Plongez donc avec nous dans l’esprit de criminels extrêmement tourmentés. Âmes sensibles s’abstenir.

[nextpage title= »Entre fiction et réalité »]

Memories of Murder (2003)

Comme nous vous l’avions déjà expliqué plus en détail auparavant (notre dossier : Cinq raisons de revoir le chef d’oeuvre Memories of Murder), Memories of Murder est un des plus grands films des années 2000. Cette traque au cœur de la campagne coréenne, loin du bruit et de la fureur de Séoul, a marqué l’immense majorité des spectateurs. Le long-métrage témoigne de la vivacité et de l’éclectisme du cinéma coréen, qui sait mélanger des éléments de comédie, de thriller et de film noir dans un ensemble cohérent. Le film révéla Bong Joon Ho, qui a ensuite enchainé avec de grands succès comme Mother, Snowpiercer ou le récent Okja (notre critique).

Il se base sur une série de meurtres inspirée d’un véritable fait divers qui s’est déroulé de 1986 à 1991, et dont le coupable n’a jamais été identifié. Malgré les meurtres macabres et l’atmosphère lourde, Joon-Ho utilise la balourdise et l’humanité des enquêteurs comme une soupape psychologique. On s’étonne donc de rire de scènes pourtant sérieuses. Le réalisateur arrive ainsi à tenir plus de deux heures grâce à cet étonnant mélange d’émotion, sans jamais que son film ne tombe dans la farce. La tension ne cesse pourtant de monter alors que l’étau se resserre autour du tueur, et que Joon-Ho conclue de manière magistrale… en donnant tout son sens au titre de l’œuvre. Un monument.

Zodiac (2007)

Sorti en 2007, Zodiac est un des meilleurs films réalisés par David Fincher. Si Seven, malgré son rythme et ses acteurs formidables, penchait vers la fiction, Zodiac retrace méticuleusement le parcours criminel du tueur en série le plus mystérieux des États-Unis. Inspiré du best-seller éponyme de Robert Graysmith, le long-métrage conserve l’aspect manipulateur du réalisateur en se parant d’une mise en scène extrêmement sobre. Une idée brillante qui permet à ce long film de rester parfaitement compréhensible malgré la multitude de pistes abordées.

Porté par un trio d’acteurs inspirés composé de Jake Gyllenhall, Robert Downey Jr. et Mark Rufalo, Zodiac délaisse la passion du cliffhanger de son auteur pour se consacrer à une enquête absolument fascinante, à la recherche d’un homme égocentrique et extrêmement intelligent. Fincher réussit le tour de force de nous tenir en haleine pendant 2 h 36 grâce à une histoire dont on connait (plus ou moins) la fin. Maestro.

J’ai rencontré le diable (2010)

Les serial killer fascinent aussi l’Extrême-Orient, et J’ai rencontré le Diable en est un nouvel exemple. Après s’être fait connaitre du public occidental grâce aux très bons A Bittersweet Life et Le bon, la Brute et le Cinglé, Kim Jee-won réitère avec un des thrillers les plus intenses qu’il nous ait été donné de voir.

Le postulat de base, qui met en scène un policier voulant arrêter le tueur qui s’en est pris à sa femme, est d’une simplicité déconcertante. Mais le film prend rapidement une tournure différente et nous livre un jeu du chat et de la souris infernal, mais addictif. La figure du tueur n’est pas explorée en profondeur comme pour d’autres œuvres de cette liste, mais la teneur du récit évoque en revanche ce que la présence du mal absolu peut révéler et détruire en nous. Lancé à toute allure, ce film porté par un duo d’acteur formidable nous ébouriffe. Une tornade de violence qui balaye les codes du genre et en profite pour donner une leçon de cinéma éprouvante, mais difficilement oubliable. Une œuvre folle.

[nextpage title= »Dans la tête du tueur »]

Schizophrenia (1983)

Schizophrenia est probablement un des films les plus dérangeants de cette liste. Le film de l’Autrichien Gerald Kargl s’inspire du serial killer Werner Kniesek et propose une expérience particulièrement éprouvante.

Injustement méconnu, il est souvent cité par de grands cinéastes (comme Michael Haneke ou Gaspard Noé) comme une influence majeure de leur travail. Durant 80 minutes, on y suit l’histoire d’un homme malade qui, juste après sa sortie de prison pour un premier meurtre, s’apprête à recommencer de façon encore plus brutale. Toute la narration se fait via une voix off, qui représente ses pensées les plus intimes.

La mise en scène est particulièrement ingénieuse et nous place au plus près de son visage, déformé par la psychose. La caméra se place toujours au-dessus ou en dessous de son regard, comme pour souligner qu’il ne pourra jamais percevoir le monde normalement. L’occasion d’apprécier la prestation hallucinée d’Erwin Leder, qui semble littéralement en transe. Inoubliable, mais pour un public vraiment averti.

L’étrangleur de Boston (1968)

Le film de Richard Fleischer retrace l’histoire macabre d’Albert DeSalvo, qui fut surnommé l’étrangleur de Boston après avoir assassiné treize femmes dans la capitale du Massachusetts. Une nouvelle fois, cette histoire de tueur en série dénote par la qualité de sa narration et l’originalité de sa mise en scène.

En véritable maître d’orchestre, Fleischer raconte l’histoire de DeSalvo de tous les points de vue, en utilisant le split screen de façon innovante. Sur la même image, on aperçoit le tueur en action tandis que d’autres plans nous détaillent la traque des policiers dans les bas-fonds de la ville. Le cadre se rétrécit, se multiplie ou cache volontairement une partie de l’écran qu’on voudrait voir. Un procédé qui semble imiter la schizophrénie du tueur.

On notera d’ailleurs la belle prestation de Tony Curtis, utilisé ici à contre-emploi, dans le rôle d’un homme obsédé par ses pulsions. Un film en avance sur son temps.

Henry, Portrait d’un serial killer (1986)

Lors de son arrestation pour double homicide en 1983, Henry Lee Lucas se lance dans le récit terrifiant d’une vie de crime commis sur la route. Rapidement, les enquêteurs comprennent qu’ils font face à l’un des pires serial killer de l’histoire des États-Unis.

Pendant des années, cet homme pourtant incarcéré de nombreuses fois aura commis environ 160 meurtres, parfois accompagné de son amant Ottis Toole lui aussi tueur en série. Leur interrogatoire laissera entrevoir des enfances absolument épouvantables, qui ont certainement joué dans le développement de leurs graves troubles psychologiques.

Sans suivre à la lettre l’histoire criminelle de ce duo impitoyable (ou même montrer l’étendue de leur crime, c’est dire), John McNaughton livre un film brutal et marquant. De manière assez crue, le long-métrage nous place au cœur d’une spirale infernale, où l’empathie a totalement disparu.

Malgré l’ancienneté de ses effets spéciaux, le film est porté par la prestation particulièrement inspirée de Michael Rooker, qui a su saisir l’état d’esprit qui semblait animer le monstre qu’il incarne. La mise en scène, qui mélange volontairement les unités de temps et de lieu, pousse au voyeurisme et à l’objectivation des victimes. Un choc.

Maniac (1980)

Souvent cité comme un simple film d’horreur, Maniac ne doit pas uniquement être perçu au travers de sa mise en scène (effectivement) sanguinolente. Pendant urbain à un Massacre à la tronçonneuse perdu dans la brousse texane, le film de Wiliam Lustig dessine le portrait réaliste d’un tueur inspiré de nombreux cas réels.

Le réalisateur déjoue les codes de la déviance en montrant la vie d’un personnage parfaitement intégré dans la société moderne. Deuxième point, et pas des moindres, il évoque l’impact psychologique d’une éducation castratrice, où la mère est érigée en reine. Un aspect intéressant, car persistant dans le portrait psychiatrique des véritables serial killer.

Mention spéciale à Joe Spinell, qui incarne un tueur tourmenté et, fait assez rare, pris de regret immédiatement après ses méfaits. Il livre une performance qui lui collera à la peau malgré une filmographie assez riche. Regardez Maniac et vous comprendrez pourquoi.

[nextpage title= »Les classiques du crime »]

M le Maudit (1931)

M le Maudit est le premier film parlant de Fritz Lang, et il a marqué à jamais des générations de cinéphiles. Sortie en 1931, cette œuvre visionnaire est une des premières à tenter de dépasser l’aspect effrayant de la figure du tueur, à une période où l’opinion populaire ne s’en serait clairement pas souciée.

Une cité ouvrière est bouleversée par une série de meurtres d’enfant qui pousse les habitants à se suspecter les uns et les autres. Alors que la police est sur le qui-vive, le milieu de la pègre qui voit d’un mauvais oeil cette agitation décide également de retrouver le coupable. À l’aide d’un réseau de mendiant, ils vont traquer le tueur pour l’interroger et l’empêcher de nuire.

Porté par un Peter Lorre fabuleux, le film est un des premiers à évoquer le dédoublement de personnalité et l’aliénation que l’on retrouve parfois chez ce type de meurtrier… Tout en constituant un impressionnant exercice de style pour l’époque. Historique.

Le film est d’ailleurs disponible en intégralité sur YouTube.

Le Silence des Agneaux (1991)

Reconnu comme un des meilleurs films des années 90, Le silence des agneaux est l’adaptation du roman éponyme de Thomas Harris. Dirigés par Jonathan Demme, Jodie Foster et Anthony Hopkins excellent dans les rôles de Clarice Starling et Hannibal Lecter.

Lancé dans la traque d’un psychopathe très violent, une jeune étudiante du FBI est envoyée interroger le Dr Hannibal Lecter, interné à vie en hôpital psychiatrique pour meurtres et actes de cannibalisme. Le charisme du personnage commence peu à peu à envoûter tandis que les intentions de ce dernier restent obscures.

Si d’un point de vue clinique, le personnage de Lecter est compliqué à envisager (notamment à cause de son cursus de psychiatre et de son intelligence, rarement liés au cannibalisme), le film révèle un acte qui parait absolument impossible dans l’immense majorité des sociétés. Le long-métrage a d’ailleurs mis en lumière des cas réellement survenus comme ceux de Jeffrey Dahmer ou Andrei Tchikatilo. Un divertissement de haut vol sur un sujet très délicat, mais traité avec une véritable vision de cinéaste.

C’est arrivé près de chez vous (1992)

La présence de l’OFNI de Remy Belvaux et André Donzel a de quoi en étonner plus d’un. Pourtant, l’épopée meurtrière de Ben, un tueur belge cruel et extrêmement loquace, n’aura pas laissé les spectateurs de marbre. Ce projet de fin d’études par la suite allongé au montage a permis au jeune Benoit Poelvoorde, qui n’était pas acteur à l’époque, de se faire connaitre du public. Il réalise ici une formidable performance de comédien, rendant attachant un homme absolument monstrueux.

Tourné à la manière d’un documentaire, le long-métrage est composé de sketchs à l’humour noir qui tranchent avec une mise en scène sobre, montrant des assassinats très violents. On est ainsi sans cesse balancé entre le rire et la stupeur. S’il ne nous apprend rien sur la psychologie de ce tueur tout à fait fictionnel, le film nous interroge plutôt intelligemment sur notre rapport à la violence, largement alimentée par les médias et le cinéma. Plus de 25 ans après sa sortie, C’est arrivé près de chez vous n’a rien perdu de son piquant malgré un budget dérisoire. Un véritable tour de force.

Il y avait aussi :

Seven de David Fincher (1995)
Psychose (évidemment) d’Alfred Hitchcok (1960)
American Psycho de Mary Harron (2000)
Evilenko de David Grieco (2004)
Summer of Sam de Spike Lee (1999)
My Friend Dahmer de Marc Meyers (2017)
Le Citoyen X de Chris Gerolmo (1995)
… Et (d’après mon rédac-chef) La Cité de la Peur de Alain Berbérian.

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