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Neuralink : que savent (vraiment) faire les interfaces cerveau-machine ?

Science

Par Anne Cagan le

Elon Musk a bluffé le public en présentant les travaux de Neuralink, sa startup dédiée aux interfaces cerveau-machine. Si les avancées semblent réelles, ses équipes sont loin d’être les seules à obtenir des résultats prometteurs. Elles sont loin également d’avoir relevé tous les défis qui se posent dans le domaine. Cinq expert.e.s du sujets nous ont expliqué en détail ce qu’il était possible de faire ou non à l’heure actuelle avec ces interfaces. 

Ce que savent faire les interfaces “non-invasives”

Comme leur nom l’indique, les interface cerveau-machine “non invasives” ne nécessitent pas d’intervention chirurgicale : elles sont simplement posées sur le crâne. Ces appareils permettent cependant déjà bien des prouesses notamment réaliser certains gestes. “Si l’on s’imagine bouger le bras droit, l’activité cérébrale vue de l’extérieur sera sensiblement la même que celle générée lorsqu’on bouge vraiment le bras droit, nous explique Maureen Clerc, directrice de recherche à l’Inria. Une interface peut donc détecter cette ‘commande’ afin de la transmettre.” Ce type d’interface est dite active mais il existe également des systèmes “passifs” ( l’interface suit en continu l’activité cérébrale de l’utilisateur et adapte un paramètre en fonction par exemple la cadence d’une machine). On trouve également des interfaces de type “réactif” qu’on utilise entre autres pour permettre aux utilisateurs de saisir des phrases.L’activité cérébrale d’une personne varie lorsqu’un stimulus l’intéresse. Si des lettres sont affichées devant un patient, certaines interfaces parviendront donc à détecter lesquelles l’intéressent”, précise Maureen Clerc.

Leurs limites

Les interfaces non-invasives ne sont pas très précises.Elles peuvent détecter le côté du bras auquel on pense, pas différencier un mouvement entre l’index et le majeur”, nous confie François Vialatte maître de conférence de l’ESPCI et responsable de l’équipe interface cerveau-machine. Autre point d’amélioration sur lequel les chercheurs travaillent : rendre ces casques plus rapides à enfiler (pour l’heure, l’installation est quelque peu laborieuse notamment car on doit appliquer du gel sur le crâne de l’utilisateur pour faire marcher le système correctement). “Il faut voir enfin que ce n’est pas toujours simple pour l’utilisateur de devoir imaginer bouger un bras afin de déclencher l’action, cela reste assez chronophage, et pour des personnes handicapées de naissance, imaginer le mouvement peut être compliqué”, souligne Maureen Clerc