Evil Dead peut-il survivre à son géniteur Sam Raimi ? Après trois opus (ou plutôt deux, le troisième étant une sorte de dérivée) et une série en compagnie d’Ash (Bruce Campbell), Fede Álvarez répondait par l’affirmative en 2013 en rebootant la saga avec un œil neuf, moderne… pour un résultat clivant, sauf au box-office – presque 100 millions de dollars de recettes pour 17 millions de budget. Dix ans plus tard, Evil Dead Rise de Lee Cronin clivait tout autant, mais pour un box-office de 147 millions. La machine était (re)lancée !
Nous voilà donc “seulement” trois ans après, soit une éternité pour une saga horrifique, avec Evil Dead Burn. Là encore, on change de réalisateur puisque le studio fait confiance à Sébastien Vaniček, le Français qui a bousculé le cinéma de genre hexagonal avec son Vermines. Est-ce qu’on ne tiendrait pas la meilleure décision de l’année de la saga ?

Pour rassurer tout le monde, sachez que vous pouvez aisément mettre les pieds dans Evil Dead Burn sans jamais avoir vu un seul opus de la saga. On part sur un récit entièrement original et, à part quelques références, vous ne raterez aucune information capitale concernant un opus passé. Comme dirait une certaine chaîne de fast-food, venez comme vous êtes.
Après l’enterrement de son mari, décédé dans un affreux accident de voiture, Alice se rend dans la maison isolée de sa belle-famille pour un ultime moment en sa mémoire. Lorsqu’un mal étrange prend possession des habitants, l’un après l’autre, transformant ces derniers en démons, Alice va devoir trouver le moyen de survivre à cet enfer.

Il n’est pas rare de voir des films d’horreur interdits aux moins de 16 ans en France, ou 17 ans aux États-Unis, gagner leur classification avec deux-trois jump scares fastoches, un peu de maquillage et quelques gouttes de sang. Vaniček n’est pas là pour jouer avec nos nerfs de fragiles avec un bruit de porte, il est là pour faire dans le dégueulasse. Evil Dead Burn n’a non seulement aucunement usurpé son interdiction, mais on se demande même comment il a réussi à éviter une plus sévère.
La French Touch enflamme la saga
Le gars repeint la baraque avec de l’hémoglobine, trouve mille et une façons de faire souffrir son casting et ne manque pas d’idées quand il s’agit de nous dégoûter en une seule scène. Le pire ? C’est que le plus effrayant n’est même pas lorsqu’il y va à fond dans la barbaque, mais plutôt lorsque nos amis démoniaques mélangent grotesque et malaise. Si on avait reçu un euro à chaque fois qu’il filme une dinguerie que l’on pensait hors limite, on serait déjà au bord de notre piscine. Evil Dead Burn n’est pas terrifiant au sens macabre, il l’est au niveau de son penchant pour le dégueulasse et le sadisme, dans tous les sens du terme.

Et ça l’amuse, le bougre ! Non content d’être méchant dans l’imagerie, il joue les sales gosses avec sa caméra. Des plans aériens, des contre-champs évocateurs, un plan-séquence jouissif malheureusement dévoilé en partie dans le premier teaser, l’objectif jouant avec l’espace… Là où n’importe qui aurait pu se contenter de filmer l’horreur, le réalisateur la met en scène avec style. Après un essai réussi avec Vermines, Sébastien Vaniček montre que ce n’était pas un coup de chance et on commence à sérieusement penser que le bonhomme a un bel avenir dans le genre. Le gars est définitivement sous stéroïdes avec des idées bien violentes et barges.
On est fascinés par sa manière de jouer avec nos attentes, de faire de cette maison à la fois un espace lisible et un personnage à part entière. Même lorsqu’il use des clins d’œil ou des gimmicks de la saga, il esquive les pièges tendus et préfère établir ses propres règles. Evil Dead Burn est un digne héritier de la saga car il en respecte les codes, le passé, mais il se refuse d’en rester prisonnier, comme pour montrer qu’Evil Dead est avant tout un bac à sable, pardon, un coffre à jouets, et s’il est impossible d’en redessiner les contours, on peut gribouiller tout ce que l’on veut à l’intérieur.

Evil Dead Burn Again
Qui dit Evil Dead dit également humour grotesque propre à l’esprit de Raimi. Pour le coup, cet épisode est sans doute le plus proche des délires du maître – qui en est resté le producteur. Vaniček sait comment créer le rire ou l’applaudissement dans la salle au détour d’une séquence féroce. Au-delà de l’horreur, le film parvient à créer un véritable plaisir communicatif de spectateur parce qu’il sait comment amuser avec du maquillage et un casting qui s’éclate.

Toutefois, il y a peut-être un élément qui nous a davantage surpris, dans le très bon sens du terme. Evil Dead Burn n’est pas qu’un film crado fun et méchant, il se paie le luxe d’avoir un scénario. Ou quand les éternels démons du Nécronomicon ne deviennent plus un sujet, mais une excuse pour raconter quelque chose de plus profond en thématisant la violence faite aux femmes. On ne nous raconte pas une possession, on nous raconte une emprise, une violence dissimulée et ce n’est pas tant un esprit démoniaque que le film réveille, mais un mal bien humain.
À ce jeu-là, bien que le long-métrage puisse se montrer maladroit et déséquilibré, on est happés par la force du personnage incarné par Souheila Yacoub, qui conserve son origine française pour quelques délicieuses répliques en français dans le texte. Le genre de film qui ne perd pas une minute et qui va quand même parvenir à s’épaissir au fur et à mesure de l’emprise démoniaque pour égratigner les rapports familiaux et conjugaux au travers des épreuves de sa protagoniste. Ce qui donne des séquences à la fois dérangeantes ET réjouissantes.
Burn n’est pas un “simple” Evil Dead, mais la parfaite alliance entre la création de Sam Raimi, les origines françaises de son auteur, et un sujet sociétal qui prend de plus en plus de place (à raison) dans le cinéma d’horreur. Après Sinners l’année dernière, le cinéma d’horreur est peut-être devenu le meilleur vecteur d’émotions et la source de nombreux coups de cœur.
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