À 109 € la boîte pour dix à douze heures de jeu annoncées, le marché des jeux d’enquête à domicile ne désemplit pas, et vient de nous offrir Mission détective : le silence de l’ombre. À mi-chemin entre l’escape game, la murder party casanière et le thriller, le genre attire autant les amateurs de jeu de société que les adeptes d’expériences immersives. C’est donc munis de toute notre matière grise disponible (cinq cerveaux au total) que nous avons passé nos pauses déjeuner à traquer la mort.

Une victime, du mystère, et beaucoup de questions
Le pitch convoque les meilleures détectives de France (nous) pour enquêter sur une série de meurtres sordides. Un homme est retrouvé mort, mains jointes et ligotées. Sa bouche a été cousue, et un petit morceau de papier glissé à l’intérieur, dans une ambiance ésotérique macabre qui n’a rien à envier au Da Vinci Code. La presse locale vient de recevoir une lettre énigmatique qui pourrait faire le lien avec plusieurs autres cold cases non résolus.
Les ambitions True Crime sont posées, Le silence de l’ombre assume son côté thriller à la française. Vous faites la connaissance de l’équipe, et vous lancez à corp perdu dans trois épisodes, jouables d’une traite ou étalés sur plusieurs sessions. Pour mener à bien votre enquête, vous n’aurez besoin que d’un ordinateur relié à Internet, et des enveloppes fournies dans la boîte. Prenez aussi quelques cerveaux fonctionnels, vous en aurez besoin. Il vous faudra aussi une table suffisamment grande pour étaler la centaine de pièces à conviction fournies dans la boîte. Documents officiels, lettres manuscrites, photos, rapports d’autopsie, articles de presse, Mission détective a mis les petits plats dans les grands pour votre première enquête.
L’aventure promet 10 à 12 heures de jeu. Au total, il nous aura fallu quatre sessions d’environ deux heures chacune (une par chapitre, deux pour l’épisode final, plus complexe) pour venir à bout du mystère. N’attribuons pas trop vite ce score à notre perspicacité : cinq adultes habitués des escape games autour d’une table constituent un avantage indéniable. A quatre ou moins, le jeu n’aura aucun mal à vous tenir en haleine plus de 10 heures.

Un casting bien de chez nous, des énigmes qui sauvent tout
Le jeu repose en partie sur les interactions avec l’équipe qui vous encadre. La cheffe du département de police Karine Ohara vous briefe en visio, le légiste rend ses résultats d’autopsie, le spécialiste de la cybercriminalité commente vos avancées en ligne, et Marc, votre fidèle agent de terrain prendra tous les risques pour vous, à condition que vous lui fournissiez les adresses exactes. Tout est tourné comme un téléfilm de France 3 du dimanche après-midi, avec une distribution dont la direction d’acteur semble avoir manqué quelques répétitions (surtout Tommy, qui est aussi bon hacker qu’une retraitée sous laxatifs). On a beaucoup ri, mais on a continué, parce que sous le vernis kitsch du jeu d’acteurs en français très approximatif se cache une mécanique d’enquête qui, elle, ne souffre presque aucun faux pas.

Les énigmes alternent papier et numérique de manière intelligente, et parviennent même à nous surprendre quelques fois. On déchiffre un message codé sur un document, on rentre le résultat dans l’interface, on récupère une vidéo d’interrogatoire, on relève une incohérence dans un alibi, on retourne fouiller un dossier qu’on pensait épuisé. Mieux : Le Silence de l’Ombre assume son ADN hybride, qui pousse les joueurs à sortir de l’interface pour aller chercher directement sur Internet. C’est le genre de détails qui vous retournera rapidement le cerveau, et vous poussera à tout surinterpréter.
Ce que Le Silence de l’Ombre réussit le mieux, c’est probablement son côté Da Vinci Code à la française. Iconographie, symbolique religieuse, codes anciens, références cryptiques, mise en scène ritualisée. Entre Robert Langdon et William Somerset, on glisse rapidement dans la peau d’un enquêteur, au point de prendre chaque révélation très au sérieux.
C’est d’autant plus jouissif que l’enquête est construite comme un puzzle géant : ;tout s’enchaîne logiquement, les fausses pistes ont du sens, et on reste rarement démunis. Pas de panique pour les débutants, un système d’indices progressifs permet de relancer la machine sans cracher la solution d’un coup.
Les silence de l’ombre nous laisse sans voix ?
Le seul bémol concerne le matériel, très beau mais fatalement destructif. La boîte est superbe, les documents sont agréables à manipuler, mais certaines énigmes imposent de plier, découper ou marquer définitivement les pièces. Impossible donc de refiler son exemplaire à un proche une fois l’affaire bouclée. Reste qu’à 109 € la boîte, le format reste très correct, et le rapport qualité-investissement-temps tient ses promesses.
S’il fallait trouver un défaut au jeu (en plus des prestations scéniques de ses acteurs et actrices), on parlera de sa conclusion, qui sans spoiler, n’était pas tout à fait à la hauteur de nos espérances. L’attente était peut-être trop intense après huit heures de jeu, mais on aurait aimé une conclusion en apothéose, digne du thriller haletant dans lequel l’histoire nous avait embarqués. Pas de quoi gâcher le plaisir pour autant. La destination compte moins que le voyage, et Mission Détective vaut très largement les 109 € investis.
Reste maintenant à savoir ce que Mission Détective réserve pour la suite. Le studio ne publie pour l’instant qu’une seule enquête au catalogue, mais la qualité de production aperçue dans Le silence de l’Ombre laisse espérer qu’un second dossier criminel ne tardera pas à atterrir sur nos tables. Avec cette même thématique True Crime, ce même goût pour les énigmes alambiquées, et, si possible, un casting un poil plus rodé.

L’avis du reste de la rédac
L’avis de Grégori
Franchement, Mission Détective tient bien ses promesses. Le format hybride, entre pièces physiques, interface web, interrogatoires filmés, et visites 360°, crée une immersion qu’on ne retrouve rarement dans un jeu d’enquête à domicile. Rien n’est laissé au hasard dans la construction du scénario : chaque détail a sa place, chaque personnage une certaine cohérence, et le jeu sait doser les révélations pour maintenir la tension du début à la fin.
Le gros bémol, et il est difficile à ignorer, c’est la conclusion. Après neuf heures d’investissement dans Le silence de l’Ombre, on attendait une résolution à la hauteur de ce qui précède, malheureusement elle ne l’est pas vraiment. Quelques autres petits défauts s’ajoutent comme des jeux d’acteurs inégaux dans les vidéos, une interface de saisie un peu rigide dans ses réponses, et une linéarité parfois frustrante qui oblige à suivre l’ordre imposé sans trop de possibilité de dévier.
Reste que pour peu qu’on aborde l’expérience à plusieurs, en lui consacrant le temps qu’elle mérite, Le Silence de l’Ombre s’impose sans difficulté comme l’un des jeux d’enquête les plus aboutis que j’ai testé.
L’avis d’Elisa
Pour une enquête à faire à la maison, c’est vraiment la plus immersive que j’ai faite. Nos gros cerveaux n’ont pas fait durer le suspens plus de 9h mais l’histoire est vraiment complète et bien ficelée. Le plus impressionnant reste les objets et les documents fournis dans le cadre de l’enquête, ainsi que les outils numériques. On a accès à une tonne de ressources, tout est super intuitif et à plusieurs c’est vraiment plus facile de s’y retrouver.
Il est vrai que les acteurs pourraient être un peu plus investis, mais le kitsch de leur jeu ajoute un peu de charme aux meurtres sordides. Le troisième chapitre est un peu plus brouillon, notamment au niveau des énigmes, et la conclusion aurait méritée d’être un peu plus poussée, mais globalement c’était une expérience très prenante. Le silence de l’Ombre vaut largement son prix, et j’imagine très bien une enquête de cette envergure servir de prétexte à une soirée résolution de meurtre grandeur nature pour un anniversaire ou une soirée entre amis thématique.
L’avis d’Allan
Je n’ai pas l’habitude des enquêtes à faire directement depuis chez soi et j’ai été très agréablement surpris par les moyens déployés par Le Silence de L’Ombre pour rendre l’expérience extrêmement immersive. La quantité de travail derrière est assez dingue avec une enquête qui va aboutir sur de nombreux rebondissements au bout de plusieurs heures. Entre l’usage d’internet assez conséquent, les documents fournis, les acteurs engagés et, finalement, pas mal de connaissances mises en pratique… Le Silence de L’Ombre semble avoir pensé à tout.
Je note néanmoins deux bémols dans l’histoire : un troisième chapitre bien plus faible que les deux précédents, créant une forme de frustration dans la conclusion, et un casting assez ridicule dans le surjeu (ou le non-jeu), mais je dois avouer que sur ce point, cela finit par faire partie du charme de l’objet. Une belle expérience à proposer lors d’un week-end entre amis.
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