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[Dossier] Portrait : Deadpool, l’histoire (pas si) secrète

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Par Feel le

Il est de ces personnages qui dépassent la place qui avait été imaginée par leurs auteurs et transcendent les barrières de leur medium original, pour devenir...

Il est de ces personnages qui dépassent la place qui avait été imaginée par leurs auteurs et transcendent les barrières de leur medium original, pour devenir de véritables éléments de la culture populaire. Et c’est justement le cas de Deadpool, qui arrive le 10 février au cinéma.

deadpool

Deadpool est un personnage de comic books de l’univers Marvel, créé en 1991 par le scénariste Fabian Nicieza et le dessinateur controversé Rob Liefeld. Au départ simple mercenaire n’ayant qu’un rôle de méchant qui se fait botter le train par les New Mutants, Deadpool va très vite évoluer en un anti-héros délirant et complètement fou.

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Liefeld étant plus connu pour son amour des petites poches en cuir et son inconstance graphique que pour ses talents créatifs, il n’est pas surprenant de constater que Deadpool n’est au départ qu’un plagiat grossier de Deathstroke, le mercenaire au sabre de DC (vous savez, la concurrence directe de Marvel).

La copie ne s’arrête d’ailleurs pas au nom et au look du personnage, mais va jusqu’à émuler son activité principale et sa passion pour les armes blanches. Nicieza et Liefeld poussent même le vice jusqu’à appeler Deadpool « Wade Wilson », quand Deathstroke s’appelle… Slade Wilson. Liefeld se défendra plus tard en parlant d’hommage ; libre à chacun de se faire son opinion.

[nextpage title=”Le réveil de la force ?”]

Deadpool va alors faire quelques apparitions furtives dans d’autres séries, telles que Hulk ou Heroes for Hire (Luke Cage et Iron Fist), et aura même droit à deux mini-séries. La première scénarisée par Nicieza lui-même et illustrée par Joe Madureira, et la seconde écrite par Mark Waid et dessinée cette fois par Ian Churchill. Mais c’est vraiment en 1997 que tout va changer, lorsque l’auteur Joe Kelly s’associe au dessinateur Ed McGuinness pour proposer la série nommée Deadpool (pourquoi faire compliqué…), qui va poser les bases du personnage tel qu’on le connait aujourd’hui.

Persuadés que leur série va être annulée du jour au lendemain, et sachant que personne chez Marvel ne les lit avant le départ en presse, ils se permettent tout et n’importe quoi et donnent ainsi ses lettres de noblesse si particulières au personnage.

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Deadpool est une parodie de tout ce qui se fait en matière de comic book dans les années 90, faisant vivre à son protagoniste des aventures toutes plus rocambolesques et absurdes les unes que les autres. On y découvre de nombreux second rôles, tels que Weasel, le meilleur ami de Wade, et Blind Al, une petite mamie aveugle, que Deadpool a kidnappée, et avec qui il entretient une relation mère-fils assez étrange.

Mais c’est surtout là que l’on va découvrir le niveau de folie du personnage, ses problèmes de schizophrénie, ses origines troubles et l’étendue de ses facultés.

[nextpage title=”Un grand pouvoir implique de grandes irresponsabilités”]

Au départ, Wade Wilson n’est pas un super héros. C’est juste un gars à peu près normal, avec une vie à peu près normale, une jolie nana et… un cancer généralisé (on ne peut pas tout avoir). C’est d’ailleurs à cause de ce cancer qu’il accepte d’être le cobaye d’une expérience menée par le projet Weapon X, le même qui a donné à Wolverine son squelette en adamantium. On lui promet de guérir son cancer à l’aide d’un facteur auto-guérisseur, et Wade accepte. Et comme la loi de Murphy n’est jamais bien loin, l’expérience part en sucette, le facteur auto-guérisseur s’intègre parfaitement à l’ADN de Wade, mais suppose que son cancer est « normal » et accélère donc son développement, recouvrant l’intégralité de son corps et soignant aussi bien les cellules cancéreuses que les cellules saines. Le beau Wade est alors transformé en un mauvais cosplay d’emmental moisi et devient fou à cause d’une trop rapide régénération de ses cellules cérébrales (une autre version de ses origines voulant qu’il ait toujours été fou verra le jour plus tard, parce que les comics c’est magique, on réécrit tout le temps l’histoire).

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Ce facteur auto-guérisseur lui permet par ailleurs d’être virtuellement immortel et immunisé contre toute forme de poison ou de maladie. Il est techniquement bien plus efficace que celui de Wolverine, puisqu’il a permis par exemple à Deadpool de se régénérer après avoir été décapité, ou réduit à l’état de cendres. Dans le One Shot X-Force / Cable Messiah War, on retrouve Deadpool toujours vivant, 800 ans dans le futur.

[nextpage title=”Avant, j’étais schizophrène, mais on va mieux, maintenant”]

Si être virtuellement immortel peut vite devenir une malédiction (c’est d’ailleurs ce que lui dit Thanos, lors d’une de leurs rencontres), Deadpool semble s’en être accommodé au quotidien, au point de se servir de cette invincibilité pour semer le chaos chez ses adversaires. C’est sûr qu’il faut être sacrément barré pour s’amputer soi-même des jambes pour se faire passer pour un cul-de-jatte, mais ça tombe bien, Deadpool n’a pas toutes les cases de pleines.

En plus de ça, il n’est pas tout seul dans sa tête. Littéralement. On le voit régulièrement avoir des conversations à trois alors qu’il est seul, chacune de ses voix ayant sa propre personnalité.

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Cette folie est aussi un atout majeur, puisqu’elle le rend totalement imprévisible, au point que le Taskmaster, ce super vilain capable d’assimiler le style de combat de n’importe qui dans l’univers Marvel, n’a jamais réussi à comprendre Deadpool.

Et puis, bien évidemment, l’ami Wade est un mercenaire surentraîné, un tireur d’élite, expert des armes blanches, et parle plusieurs langues, dont le langage des signes.

Alors comment canaliser cette folie ? Cherchez pas à répondre, c’est pas une vraie question. La réponse est sur la page suivante.

[nextpage title=”Toi, le gars en slip sur ton canapé ! C’est à toi que j’parle !”]

LE truc dont on n’a pas encore parlé, mais qui définit plus encore Deadpool que sa folie ou que son facteur auto-guérisseur, c’est le fait qu’il soit conscient d’être un personnage de comic book. Ce qui donne lieu à des situations inédites et lui confère une place unique au sein de l’univers Marvel. Qu’il reproche à un autre personnage de vouloir s’accaparer la vedette dans SA série, qu’il puisse vaincre un ennemi en prétendant avoir lu les volumes précédents ou qu’il traverse carrément les pages en les découpant au katana, Deadpool se fout complètement des codes établis et n’en fait qu’à sa tête. Et vu qu’il y a du monde dedans, c’est un sacré foutoir.

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Tantôt mercenaire sans pitié à la solde du meilleur payeur, tantôt sauveur du monde aux valeurs héroïques, Deadpool est rarement là où on l’attend, et c’est justement ce qui rend ses aventures aussi imprévisibles. On sait que ça va être du gros n’importe quoi, que des gens vont mourir de façons salement désagréables, et qu’il ne faut jamais, au grand jamais, avouer apprécier Jar-Jar Binks.

On ne peut avoir aucune certitude sur l’état d’esprit dans lequel il va être, ou laquelle de ses voix intérieures il va décider d’écouter… si tant est qu’il en écoute une.

Dans un univers où des personnages évoluent somme toute assez peu, Deadpool se paye le luxe de constamment étonner et surprendre. Et ce malgré une prise de risque assez minime au départ.

[nextpage title=”CTRL+C / CTRL+V ?”]

Deadpool, c’est un peu l’anti-héros par excellence, bien au-delà de Spider-man ou de Wolverine, qui restent globalement assez constants dans ce qu’on attend d’eux (l’un avec ses blagues moisies et l’autre avec son tempérament colérique). Force est de constater qu’au départ, Deadpool est un parfait mélange des deux personnages les plus populaires de Marvel Comics.
C’est encore plus évident quand on reprend quelques éléments clé du perso :
1 Il a participé au programme Weapon X, comme Wolverine, avec qui il partage un facteur auto-guérisseur et des origines canadiennes (et non, c’est pas lié, tous les Canadiens n’ont pas de facteur auto-guérisseur, j’ai vérifié), un amour des armes blanches et une propension à résoudre les conflits par l’hyper-violence.
2 Toujours comme Wolverine, Deadpool n’est pas tout blanc ou tout noir, mais plutôt en nuances de gris (non, pas ces nuances là).
3 Son costume est un hommage évident à celui de Spider-man, dont il est d’ailleurs fan et avec qui il cherche régulièrement à faire équipe.
4 Et comme Spider-man, il ne peut s’empêcher de commenter à voix haute tout ce qu’il fait et de noyer ses adversaires sous des quantités de vannes. Et bien que Spider-man le fasse pour se déstresser (et sans doute aujourd’hui par habitude), Deadpool le fait lui par pur amusement. Mais le parallèle est bien là.06

Alors forcément, vu comme ça, quand on est un concentré des deux personnages les plus aimés et les plus (sur)utilisés de l’univers Marvel, il y a des chances que la mayonnaise prenne. Même si on imagine bien que tous les mélanges n’auraient pas eu autant de succès (genre Captain America et Howard The Duck, ou Namor et le Faucon)…

Non, ce qui fait que Deadpool puisse autant plaire (ou déplaire, car généralement les sentiments sont assez tranchés à son sujet), ne vient pas d’un plagiat facile. Il faut chercher plus loin. Et ça tombe bien, c’est avec ça qu’on va conclure ce dossier.

La vie est bien faite.

[nextpage title=”Deadpool vs the world”]

En fait, ce qui fonctionne avec Deadpool, c’est qu’il est unique en son genre. Dans un univers de conformisme et de réglementations, régi par des lois manichéennes, tel que peut l’être l’univers Marvel, un personnage résolument imprévisible et n’étant rattaché à aucun groupe est une véritable bouffée d’air frais. Certes, nombreux sont les héros et vilains aux motivations troubles (Daredevil, le Punisher, Thanos, Dr. Doom et bien d’autres…), mais leur changement d’attitude est généralement le fruit d’un long arc scénaristique. Seul Deadpool est capable de tuer un innocent d’une balle dans la tête, puis de sauver un chaton, puis de trancher la main d’un super héros avant de mettre à mal une invasion extraterrestre, en l’espace de quelques pages d’un même numéro.

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C’est par contre ce qui fait que certains puristes du comic book classique avec ses codes définis ne l’aiment pas. Parce qu’il ne suit pas une ligne droite, parce qu’il est inconstant, parce que ce n’est ni un super héros, ni un super vilain.

À ces personnes, j’aimerais rappeler qu’il y a plus de 50 ans naissaient les 4 Fantastiques, Spider-man et Hulk, tous des anti-héros en proie aux doutes et aux zones de gris assez marquées. Le succès d’un bon personnage de comic book est justement de n’être ni complètement bon, ni complètement mauvais. Juste humain. Juste comme nous. Et Deadpool est comme nous.

Nous sommes Deadpool.