Dossier

Notre sélection des 10 meilleures comédies françaises de ces trente dernières années

De la 6e à la 4e place

Cinéma

Par Julien Paillet le

6. Les trois frères – 13 décembre 1995

À la manière des Nuls avec La Cité de la peur, Les Inconnus, après s’être fait connaître avec leurs sketchs tous plus cultes les uns que les autres, décident d’écrire leur premier long métrage pour le cinéma en 1995 (à l’exception de Pascal Légitimus qui se contentent de la fonction d’acteur). Ce sont également deux d’entre eux, Didier Bourdon et Bernard Campan, qui réalisent ici le film. César de la meilleure première œuvre l’année suivante, Les Trois Frères réalisent un score de six millions d’entrées au box-office français avec un budget avoisinant les sept millions d’euros. Indéniablement une très belle performance économique.

Comme tout bon “classique”, Les Trois Frères est un film qui résiste au temps. Cette histoire de trois hommes se rendant compte qu’ils sont frères et qu’ils viennent de toucher un héritage de 3 millions d’euros fonctionne encore plus  de vingt ans après sa création. Sans doute car le soin apporté à l’écriture des personnages n’a pas bougé, que les séquences touchantes semblent toujours aussi sincères et que l’humour des Inconnus demeure aussi efficace que moderne.

Aux répliques qu’on ne présente plus (“c’est la caca, la cata, la catastrophe”), s’ajoute un sous-texte social se révélant le plus souvent dans les séquences les plus hilarantes du film. Comme ce passage chez le notaire se moquant du jargon financier et administratif (lorsque le mot d’usufruit surgit dans la conversation, le personnage de Bourdon, agacé, réplique par un : “Je comprends pas l’histoire de jus de fruit”).

De même, le stéréotype du beauf français raciste est passé au crible dans cette séquence mémorable où Pierre Meyrant interprète un vieux réactionnaire en déclarant : “C’est pas la question Geneviève, aujourd’hui en France tout va à vau-l’eau ! On favorise les bons à rien, les parasites ,(…) Et ça rapporte à qui tout ça, je vous le demande ! Aux métèques, aux bicots, aux rastaquouères, j’ai pas raison ?!” Des dialogues évoquant autant la France d’hier que celle d’aujourd’hui et qui permet aux Trois frères de s’ancrer encore un peu plus dans notre culture populaire.

5. Intouchables – 2 novembre 2011

Inspiré de la vie de Philippe Pozzo di Borgo et de Abdel Yasmin Sellou, Intouchables sort au cinéma en 2011. Avec 19,44 millions d’entrées, le film devient le deuxième plus gros succès au box-office pour un film français, juste derrière Bienvenue chez les Ch’tis. Mieux encore, le métrage devient rapidement le plus gros succès du cinéma hexagonal dans le monde en battant le record jusqu’alors détenu par Le Cinquième Elément de Luc Besson. Des records impressionnants et imprévisibles qui viennent pourtant sacrer une œuvre extrêmement bien travaillée, tant sur le plan scénaristique que sur celui de l’interprétation de ses deux comédiens principaux (Omar Sy et François Cluzet sont fabuleux, on ne reviendra pas là-dessus).

Ce qui surprend dès lors dans Intouchables, c’est le soin apporté à son scénario. L’humour y est omniprésent et le soin apporté à l’écriture des deux protagonistes est véritablement salvateur. Et cela pour une raison simple. Philippe, le milliardaire tétraplégique et Driss, l’auxiliaire de vie venue de banlieue, existent aux yeux des spectateurs. Ils ne sont jamais traités comme des caricatures, mais comme de véritables héros de comédies dramatiques.

De plus, en refusant tout misérabilisme, en croyant aux destins de leurs héros et en injectant une ambiance souvent euphorisante culminant notamment dans une superbe scène de parapente, les auteurs d’Intouchables transcendent le métrage pour en faire un grand feel good movie toujours premier degré et jamais parodique et/ou cynique.

« La morale du film est que l’avenir de la France passe par les banlieues » disait le critique Hervé Gattegno. Pourtant, le métrage de Nakache et Toledano dépasse très largement ce sous-texte social un brin réducteur pour asseoir sa portée à un autre niveau. Car Intouchables est surtout un récit universel calqué sur le modèle américain parlant de l’amitié et du triomphe du rire sur l’absurdité. L’absurdité d’une condition physique, d’une classe sociale ou encore d’une distinction de couleur de peau. Tout le cœur du film est ici : dans sa propension à nous faire lâcher prise et nous rappeler ce qu’est le cinéma. Ce dernier étant moins, chez le duo de réalisateur, un moyen de dresser le portrait d’un monde parfait dont on essaierait de nous faire croire qu’il est réaliste qu’une image allégorique de ce qu’il devrait être.

4. Le diner de cons – 15 avril 1998

En 1998, Francis Veber porte à l’écran sa propre pièce de théâtre, Le Dîner de cons. L’année suivante, le film se retrouve nommé six fois aux Césars et obtient trois prix. Jacques Villeret et Daniel Prévost sont ainsi récompensés pour leur mémorable interprétation et le scénario reçoit la distinction du « meilleur scénario originale ou adaptation ». Avec plus de neuf millions d’entrées, le film devient le deuxième plus grand succès de l’année 98, juste derrière un certain film de James Cameron intitulé Titanic. Une consécration publique et critique pour une œuvre culte et figurant aujourd’hui dans le panthéon des meilleures comédies françaises.

J’en tiens un” dit Jean Cordier (Edgar Givry) au téléphone à Pierre Brochant (Thierry Lhermitte) “Comment est-il ?” demande ce dernier. “Un champion du monde” répond Cordier. C’est par ces quelques répliques que débute la comédie. Des répliques si hilarantes qu’elles évoquent, dans les moments les plus marquantes du film, le meilleur de la screwball comedy, un sous-genre cinématographique et humoristique caractérisé, entre autres, par des quiproquos et des enjeux de vaudeville. En témoigne ce fameux dialogue se basant sur un malentendu : “Il s’appelle Juste Leblanc.

Ah bon, il n’a pas de prénom ?

Je viens de vous le dire Juste Leblanc… Votre prénom c’est François, c’est juste ? Eh bien lui c’est pareil, c’est Juste.”

Mais au-delà de l’efficacité de son rythme (la durée du film n’est que d’une heure et vingt minutes), de son tempo comique et de ses acteurs en état de grâce, Le Dîner de cons est également une œuvre plus complexe oscillant constamment entre la farce et la fable, le tout en demeurant parfaitement cohérente. En effet, deux stupidités s’opposent ici chez Francis Veber. L’une, celle de Pignon, est pure. L’homme est un idiot, mais un idiot parfaitement inoffensif et humainement bon. L’autre, celle de Brochant, est méchante et moralement douteuse.

Le protagoniste est certes ‘‘intelligent’’ et jouit d’une culture certaine, mais il est également un bourgeois cynique et profondément méprisant. Ainsi, le film se fait fable lorsqu’il donne au personnage de Pignon le rôle de l’abruti au grand cœur capable de remettre en question la vision du monde de Brochant et d’envisager son repentir. En revanche, la chute du métrage, et sa célèbre réplique finale (« Mais quel con ! ») renverse une fois de plus la hiérarchie de l’idiotie. En ne sauvant au final aucun de ces deux personnages principaux, Veber semble dresser le portrait d’une stupidité universelle bel et bien immuable.