Dossier

Sélection animes : nos dernières séries japonaises coup de cœur

culture geek

Par Benjamin Benoit le

Dragons mignons pilotés de l’intérieur, dans l’envers du décor des compagnies maléfiques, shonens à succès et Il était une fois les thrombocytes…

Comme tous les trois mois, on revient sur le meilleur de la “saison” précédente d’animation TV japonaise – c’est donc au tour de qui a été diffusé de juillet à octobre. Morceaux choisis.

Le petit chouchou : Pilote Dragon

Attention, ce trailer ne correspond pas du tout au contenu et au ton de la série !

Diffusé pour la première fois en avril, récupéré par Netflix qui le met dans les tuyaux fin septembre, il en aura fallu du temps pour qu’Hisone To Masotan, alias Pilote Dragon, atteigne les canaux légaux. Produit par le studio Bones (Fullmetal Alchemist, Soul Eater, My Hero Academia) c’est l’un des meilleurs animes à paraître « en sous-marin » de ces derniers mois. C’est aussi l’oeuvre de la talentueuse Mari Okada. Nous entrons dans un scénario « high-concept », où la base militaire de Gifu déguise des dragons tout mignons en avions – pilotés de l’intérieur, donc depuis leurs estomacs.

Ça, c’est le concept. Mais Pilote Dragon le dépasse un peu pour tenter d’atterrir sur un début de scénario qui convoque mythologie, don extrême de soi et shintoïsme. Des derniers épisodes étrangement sérieux, après une dizaine d’autres qui ne font qu’exposer l’univers et faire interagir les personnages. Il y a tout de même un peu de sous-texte – on y parle de sexisme à l’armée et de sexisme en général.

Pilote Dragon a plusieurs atouts dans sa manche – dont une production du tonnerre. C’est beau, c’est très beau, c’est vert et pastel, c’est formidablement fluide et animé, les personnages sont expressifs et attachants. Un peu archétypaux, ces derniers sont suffisamment bien doublés et malins pour dépasser leurs carcans établis (mais pas tous). Ririko la recluse, Hitomi la maternelle, etc : ils sont adorables en soit, mais on aimerait en voir un peu plus.

Enfin, comment ne pas parler de ce générique de fin : une reprise de « Le temps de la rentrée », de France Gall (les japonais adorent les yéyés) chantés par les filles du casting qui tournent à chaque épisode. Comment cet ending n’est-il pas devenu le mème de l’année ? Nul ne sait.

C’est Netflix et ses canaux insondables pour la traduction, il y a donc une bonne et une mauvaise nouvelle : le doublage français est impeccable, bien adapté et yadda yadda. La traduction des sous-titres est à coucher dehors : traduite de l’anglais depuis le japonais, avec moult oublis, faux-sens, coquilles, la totale. Si vous voulez découvrir cette expérience longuement attendue en version originale, il faudra faire avec une traduction irritante. Heureusement que les deux canaux de traductions sont indépendants !

C’est assez drôle, ça se mate tout seul, l’originalité, l’humour et les bons personnages sont là, et il y a des dragons tous mignons qui mangent des vieux portables (et qui mangent et dégobillent des filles mignonnes, il ne vaut mieux pas trop y penser).

12 épisodes sur Netflix.

L’Attaque des Titans, enfin la suite

Et voilà, nous avons eu droit à 12 épisodes supplémentaires de L’Attaque des Titans, et il faudra encore attendre quelques mois pour savoir ce qu’il y a dans cette foutue cave. Si vous ne suivez pas le manga, cet élément de scénario est encore devant après ce troisième groupe (ou « cour » dans le vocabulaire otaku ») d’épisodes. Dans son générique, on n’y voit aucun titans. Le message est clair, cette fois c’est politique, les ennemis sont parmi les humains, le problème est humain, l’intrication entre humains et titans n’est plus à prouver.

Ici, on développe le rôle d’un certain prétendant au trône légitime, on renverse des pouvoirs, on a un peu d’espoir supplémentaire pour renverser la vapeur – le début de cette troisième saison est la plus lumineuse. Ou peut-être la moins sombre de la série. Toujours aussi efficaces, les épisodes passent en un éclair.

Vous n’êtes toujours pas à jour sur ce shonen ? Vous ne connaissez toujours rien sur cette intrigue de Titans qui viennent boulotter l’humanité ? C’est peut-être le moment de commencer ou de se mettre à jour. Pour espérer qu’un jour, peut-être, l’espoir reviendra.

12 épisodes sur Wakanim.

La même pour My Hero Academia

Même chose qu’au dessus : la deuxième moitié de la troisième saison de ce très bon shonen a ponctué l’été. Cela fait déjà une trentaine d’épisodes que My Hero Academia a étrangement réglé son problème de rythme : ce n’est pas plus rapide, mais ça passe mieux. Quelle est cette magie ? Sans doute l’immense qualité du manga original, où l’on suit un univers où une très vaste majorité des gens ont un super-pouvoir.

Ici, on suit une classe de jeunes hommes et jeunes femmes héroïques, tous équilibrés, tous attachants, tous soigneusement conçus – comme un petit air d’Assassination Classroom survitaminé. Voir évoluer et interagir ces personnages -même si un grand nombre d’entre eux sont moins visibles- constitue toujours le sel de cet anime.

12 épisodes sur ADN.

Le petit rigolo : Mr. Tonegawa Middle Management Blues

Avant de parler de ce spin-off, quelques mots sur l’oeuvre principale ici dérivée. Kaiji est un monument de pop-culture au japon, et vous connaissez peut-être l’adaptation animée de ce manga où tout le monde a une sacrée sale gueule. Ça parle d’un Kaiji éponyme, éternel loser, son démon du jeu n’a d’égal que son génie quand il est dos au mur. Ce qui fait de Kaiji un fieffé parieur. Criblé de dettes, il est contacté par une société crapuleuse de recouvrement qui l’emmène dans une série de jeux de la mort où les enjeux seront de plus en plus gros. Enfin… dire qu’une traversée de poutre géante à trouzemille mètres de hauteurs n’est qu’au milieu de la série ! Entre une partie de pierre-feuille-ciseau géant et la partie de pachinko la plus épique de la fiction, Kaiji gagne, remise tout (qu’il est con ce Kaiji) et n’en finit pas de traverser des mésaventures où il laisse littéralement des doigts, ses tympans et X parties de son corps. C’est ce genre d’anime qui tord le rapport entre diégèse et narration – celui où on voit une bibille rouler sur un plateau durant cinq épisodes, et ça arrive à garder un soupçon de sens.

Chez nous, Kaiji est encore un peu confidentiel, car pas distribué légalement. Après sept ans de pause, cet univers revient avec Mr Tonegawa, un spin-off un peu débile puisqu’il se propose de mixer cet univers angoissant avec, grossomodo, The Office. Tonegawa est l’une des grosses légumes vaincus par Kaiji dans l’anime original, ici on voit sa vie de manager au quotidien.

On se demande toujours ce que font les méchants pour préparer leurs plans diaboliques, c’est expliqué ici en profondeur. Les enjeux de vie ou de mort sont remplacés par de terribles soucis de management, tels « comment retenir le nom de ses molosses tous habillés de la même façon ». Et on garde les mêmes mécanismes d’angoisse visuelle, le même art des métaphores outrancière, le résultat final est particulièrement crétin. Et toujours, en sous-texte, l’un des grands maux du Japon : l’endettement et l’extorsion. C’est drôle, mais « drôle spécial ». Ça peut être une porte d’entrée (mais qui spoile tout d’entrée, attention ) vers cet univers barré.

12 épisodes sur Crunchyroll.

Les Brigades Immunitaires

« Cette histoire est la vôtre : c’est celle de votre corps ». Les générations précédentes avaient Il était une fois la vie, nous avons maintenant Les Brigades Immunitaires. Si – à l’inverse de votre serviteur – savoir comment fonctionne votre corps ne vous file pas un malaise dantesque, cet univers peut vous intéresser. Celle du champ de bataille permanent, celle de l’infiniment petit du corps humain. On y suite les aventures d’une hématie guillerette qui fait des trucs d’hématie, comme transporter de l’oxygène.

Bien sûr, elle sera confrontée aux petits tracas et bobos de la vie quotidienne, représentés ici par des batailles épiques contre des virus vraiment très méchants (comme le staphylocoque doré), jusqu’à culminer à un choc hémorragique. Le corps version shonen, avec son côté un poil répétitif. Si on peut regretter le manque de pédagogie de la chose, on peut souligner un excellent chara-design pour antropomorphiser (ou juste donner une présence) à tout ce beau monde. Le saviez-vous ? Une version bien plus sombre du manga original existe, où les organismes personnifiés sont celui d’un corps malade, fumeur et vieillissant. Que de réjouissances au programme !

13 épisodes sur Wakanim.

Le coin sportif

Émancipons-nous enfin de ces univers masculins avec l’un des deux animes sportifs qui ont marqué l’été : Hanebado! Adaptation d’un manga à l’étonnante mutation, cet anime de badminton prend les choses au sérieux, et fait de son héroïne une figure qui, parfois, frôle le tragique. Techniquement, c’est au niveau : l’animation, les angles, l’éclairage, tout est là pour faire le taf et rendre les échanges dynamiques.

C’est justement l’adaptation d’un manga un peu schizophrène dans son ton qui rend la série parfois abrupte dans ses changements d’ambiance, pour le dire poliment. Dans le coin opposé, signalons le re-retour de Free !, et des jeunes hommes à muscles saillants qui plongent et replongent comme s’il n’y avait pas de lendemain. Attention, les fans inconditionnels de cet univers sont loin d’en faire le meilleur morceau de la saga.