Dossier

[La sélection de la rédaction] Quels animes retenir de la saison d’hiver 2018 ?

Série

Par Benjamin Benoit le

Quoi de neuf dans l’animation japonaise en ce début d’année ? Il y a à boire et à manger, et une bonne partie de cette sélection se trouve sur Netflix, diffuseur émergent de bonne animation japonaise ! Monstres, robots, ironie pleins tubes, stress post-traumatique et gamines vivant leur vie : voici cinq (plus un) animes qui valent la peine d’être tenté pour l’hiver 2018.

DEVILMAN CRYBABY

2017 aura été une année productive pour Masaaki Yuasa. Lou et l’île aux Sirènes, Night Is Short, Walk On Girl, et maintenant Devilman Crybaby. Autant dire que les trois n’ont rien à voir, même si les deux premiers partagent le goût du trip visuel. Devilman est la nouvelle adaptation du manga éponyme de Go Nagai (monsieur Goldorak !), réactualisé après quarante ans de jachère. Enfin… quelques téléphones portables, quelques consoles de jeu vidéo ça et là, rien d’autre. Devilman Crybaby raconte l’amitié – la plus extrême de la fiction japonaise – entre Akira et Ryo. Le premier est un lycéen chétif et pleurnichard, d’où le titre, le deuxième est une espèce de mystère christique sur pattes. Toujours est-il que les deux se retrouvent et se voient coincés dans une invasion de démons sur Terre. Chaque humain est susceptible de devenir un être démoniaque, maléfique et vengeur, et Ryo a une solution perverse : emmener Akira à un sabbat si débauché qu’il devient un Devilman, parfait mélange entre monstre et humain, doué de pouvoirs destructeurs, mais ayant gardé son âme.

On en dira pas plus, mais Devilman Crybaby est, littéralement, une catabase. Une plongée aux enfers. C’est même ces derniers qui s’abattent progressivement sur Terre : cet anime est particulièrement sombre. Si vous avez apprécié Berserk, on s’approche du registre. Devilman version Yuasa est scénaristiquement proche de son modèle original, un modèle symbolique, romantique, désespéré, de plus en plus noir. Finir cette série laisse une sacrée impression de vide et d’apathie, vous voilà prévenus. Techniquement, c’est peut-être l’oeuvre la plus faible de Yuasa, mais aussi la plus adulte. Hyper violente, hyper sexualisée (sexe cartoon, sexe consentant, sexe non-consentant, érotisme pleins tubes), ne mettez pas les têtes blondes devant, il y a Lou pour ça !

À l’instar de cette boucle de transe qui ponctue son générique, regarder Devilman c’est se laisser séduire par cet univers désespéré et hypnotique. Il y a des petites baisses de rythme, le début n’est pas des plus palpitants, mais une fois que la chose décolle, vous êtes partis pour un voyage unique, mais très, très, vraiment trèèèèèès sombre.

POP TEAM EPIC

Vous qui cherchez le bon sens, abandonnez tout espoir, il n’est pas ici. Pop Team Epic est le résultat d’un improbable diagramme de Venn, un objet de niche à la confluence de quelques objets de niches – le résultat est sur-référentiel, ne veut pas dire grand-chose, parlera à un otaku averti sur trente, et le tout est baigné dans un quinzième degré permanent. Tout ça rend l’ensemble indispensable.

Les deux personnages de Pop Team Epic, Popuko et Pipimi, vous les avez surement déjà vues sur Twitter et Tumblr. Cette connaissance plus otaku que vous remplit votre timeline avec depuis déjà quelques années. Elles ont des babouches de chat, de grands yeux, elles font des doigts d’honneur à tout le monde et les sketches en 4 cases (c’est tout un genre de comédie et de manga : les yon-koma) qui les met en scène sont, généralement, incompréhensibles. Adapté d’un manga de l’artiste bkub, qui voit ici son webcomic animé, Pop Team Epic est une sorte de zapping qui transpose Robot Chicken et tout ce que peut faire Adult Swim à la mode pop-culture japonaise.

Un joyeux foutoir de dix minutes, mais passé deux fois de suite, d’abord avec des voix féminines, puis masculines, et quelques différences supplémentaires entre les deux pour récompenser ceux qui regardent tout. Un épisode de Pop Team Epic, c’est un assemblage de plusieurs segments où tout le petit monde de l’animation vient s’offrir une ligne de CV : des adaptations des gags originaux, des histoires plus longues qui parodient tout ce qui bouge, le fameux « Bob Team Epic », pastiche moche dans la parodie zinzin… et JAPONMIGNON, qui s’adresse directement à nous, on vous laisse la surprise. Disons juste que l’otakusphère française a un nouveau héros.

Pop Team Epic est plus qu’un grand n’importe quoi maîtrisé, c’est surtout la résultante de cette culture ironique qui émerge dans la pop-culture japonaise. Vous n’y comprendrez pas grand-chose, mais vous regarderez tous les épisodes frénétiquement, c’est sûr.

DARLING IN THE FRANXX

Communément appellé « les robots du cul », pardonnez ce vocabulaire grivois. Comment en sommes-nous arrivés là ? Car cet anime veut à tout prix qu’on le prenne au second degré. Collaboration entre (un tout petit peu de) Trigger et (une très grosse majorité de) A-1 Pictures, Darling… a surtout la tête d’une production de Trigger. Pourquoi ? Le trait, le ton, le genre, l’intrigue, les personnages, à peu près tout. Nous sommes en plein univers dystopique, où des jeunes sont réquisitionnés pour contrôler des Franxx – de gigantesques méchas aux visages particulièrement animés – contre des bestioles venues d’ailleurs. La métaphore filée n’a pas vocation à être subtile, les Franxx se contrôlent par paire, fonctionnent selon le niveau de symbiose de ses duos, duos positionnés en levrette. Vous l’avez ?

Le protagoniste, Hiro, sera vite hypnotisé par 02, une mystérieuse créature humanoïde aux cornes caractéristiques. Elle n’est pas humaine, elle a les cheveux roses, de grosses poches rouge sang sous les yeux et est connue pour détruire ceux qui essayent de piloter le même Franxx qu’elle. 02 va immédiatement cultiver une attirance pour Hiro, et ainsi démarre un scénario un poil flou et pas très bien déroulé. Car Darling In The Franxx, c’est surtout A1, le studio derrière Sword Art Online, et la dinguerie de Trigger n’est là que pour le postulat et l’esthétique. Rigolo, parfois plus subtil qu’il n’en a l’air, mais pas toujours très intéressant, cet anime pince-sans-rire a peut-être encore quelques cartes à abattre. En attendant, il n’atteindra pas le niveau d’un Kill La Kill.

VIOLET EVERGARDEN

Dans le game de l’animation japonaise à la télé, Kyoto Animation sont les vieux briscards qui regardent les autres du haut de leur montagne de billets. Constante numéro un du média : KyoAni a des moyens, et peut se permettre des productions soignées. Il faut adhérer à leurs histoires, parfois pas nécessairement très intellectuelles ou correspondant à un public bien précis. Haruhi Suzumiya, K-On, Tamako Market, Miss Kobayashi Dragon Maid et consorts ont tous rencontré leur petit succès. À chaque fois, KyoAni met les formes, peaufine au possible. Plus récemment, ils se sont occupés du film A Silent Voice, qui a prouvé qu’ils étaient aussi compétents dans un long métrage. Sensible, technique, détaillé… de quoi transformer l’essai dans Violet Evergarden, série longuement teasée où chaque plan est un festival visuel.

La bonne nouvelle ? C’est une série au casting adulte qui tranche avec les autres productions du studio. La mauvaise ? Ils ont tous le « visage KyoAni ». Vous pourrez trouver ça un poil perturbant, un peu comme les éphèbes de Free et leurs têtes de poupons. Ici, le décalage est un tout petit peu présent, mais explose bien moins au visage. Dans Violet Evergarden, on est catapulté dans une bizarro-Europe où le personnage éponyme suit une formation pour devenir une « poupée à souvenirs ». Comprendre : une porte-plume pour le quidam illettré qui veut envoyer des missives. Mais Violet à une particularité : elle est dans l’incapacité d’exprimer ses sentiments, pas la meilleure des caractéristiques quand on doit interpréter et exprimer ceux d’une tierce-personne, mais aussi bien symbolique quand on a des mains mécaniques. Violet est, figurativement, un robot. Oui, le scénario est un peu cliché (le personnage sans âme qui veut découvrir ce qu’est l’amour, etc), mais tout ça est mis au service d’un postulat très frais.

Pourquoi regarder ? Sans doute, car c’est techniquement grandiose, un peu osé, différent, et d’une charge émotionnelle qui va de « un peu émouvant » à « gros potentiel lacrymal ». Le genre de série qui peut réconcilier les échaudés du studio et ses séries parfois un peu bébêtes. Violet Evergarden convoque et régurgite avec talent le B-A BA de la littérature européenne, de l’hexagone jusqu’à l’Oural.

Le coin cosy : Mitsuboshi Colours et A Place Further Than The Universe

Pour finir, deux séries plus légères qui, à leur manière, ont quand même des spécificités. Dans A Place Further Than The Universe, on explore un genre peu usité dans l’animation japonaise : le road-trip. En avez-vous déjà vu un vers l’Antarctique ? Après une sombre histoire de liasse de billets perdues et récupérée au lycée, un groupe de personnages se lance vers l’aventure. Ode à l’amitié et à l’accomplissement de soi (c’est un peu plus subtil que ça en a l’air), A Place Further Than The Universe sait caler des petits missiles d’émotion quand il le faut.

À l’opposé, on à Mitsuboshi Colors, parfaitement cool et inoffensif, sorte de Yostuba avec des personnages un cran plus agés. Trois gamines font les quatre-cents coups autour du parc d’Ueno, font des bêtises, nous on fait « awwww », répétez le processus. Mignon, rigolo, ça ne dépasse pas beaucoup ce canevas et c’est parfaitement acceptable. Si vous aimez ce genre d’oeuvres pas compliquées, mais relaxantes, vous pourrez peut-être aussi tenter Yuru Camp.

Notez pour finir que Les Enfants de la Baleine est arrivé chez nous sur Netflix, une saison en retard. Mieux vaut tard…