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[Impressions] Xenoblade Chronicles X : le fulguro-point avant le test [Wii U]

Par killy le

Renouant à l’époque avec le RPG shônen où des héros de 18 ans hurlent leurs attaques avant de les lancer sur l’ennemi, tout en cabrioles et en poses stylées, Xenoblade était apparu comme un îlot d’aventure dans un domaine trop sérieux. Malgré tout, la perspective d’un autre volet n’était pas assurée. Et pourtant, pimpant et bourré de mechas, il tente de réussir un nouveau braquage.

Alimentant la Wii U pour Noël, ce qui est déjà une performance en soi, Xenoblade Chronicles X est un autre petit miracle, celui de la survie d’un studio qui n’a jamais cherché à draguer les foules. Xenosaga, Baten Kaitos, Soma Bringer, entre deux Super Robot Taisen pour vivre, Monolith Soft n’est pas vraiment le parangon du marketing. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir marqué le J-RPG, justement par son côté jusqu’au-boutiste et animé par des visions d’auteur. Rattaché à Nintendo, ce dernier a désormais davantage de latitudes, et notamment Tetsuya Takahashi qui peut poursuivre sa réflexion sur l’humain, la transmission, l’incarnation. Ce qui est le thème de base de Xenoblade Chronicles X.

Reprenant le concept de son prédécesseur, le jeu prend la forme d’un gigantesque terrain d’exploration ouvert. Et cette fois le terme n’est pas galvaudé, l’ensemble de Mira pouvant être visité sans aucun écran de transition. Un périple compliqué à pied, mais bien plus agréable en mecha, plus produit de ce Xenoblade. Gran Turismo de l’espace, le jeu de Monolith n’offre pas un robot géant gratuit aux nouveaux arrivants comme un vulgaire paquet de lessive. Il faut mériter ce privilège et donc passer un permis en plusieurs étapes, via de nombreuses quêtes qui amènent le joueur à plus d’une quarantaine d’heures de jeu. Mis en avant à la fois dans les trailers et dans la communication générale autour du jeu, cet aspect n’est étonnamment pas central, les robots étant quasiment absents de toutes les cutscenes et d’une fragilité que ne laisseraient pas penser leurs plaques de métal démesurées. Davantage qu’un confort, ils sont une clé vers ce flux qui tient tout Xenoblade Chronicles X, l’exploration.

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Like a robot

Sans vraiment de surprise, après un précédent « épisode » qui allait également dans ce sens, le jeu de Monolith Soft est un grand condensé du meilleur des quêtes FedEx de ces dernières années, avec du « va chercher mon chat », du « j’ai besoin de 10 perles pour un truc dont tout le monde se fiche », etc. Le seul avantage à ce chapelet de vide est que les éléments nécessaires à la résolution de ces objectifs jonchent littéralement le sol de la planète. De fait, poussé par l’appel à l’aventure, le joueur peut accomplir 3 ou 4 missions sans forcément le remarquer et ramasser le pactole lors de son retour à sa base, New Los Angeles. A contrario, lorsqu’il s’agit de retrouver 4 babioles inconnues dans 400 km² sans aucune indication, le sourire s’efface. Un lourd problème contrebalancé par l’aspect totalement secondaire de ces quêtes, simples appels au loot. Malgré tout, les amateurs de 100 % auront de quoi pester. Cette orientation MMO offline à la Final Fantasy XII se remarque également dans les quêtes « Entente » qui permettent d’améliorer son affinité avec certains personnages, afin de débloquer d’autres missions du même genre, et d’en apprendre un peu plus sur le background personnel/général. Souvent assez anecdotiques, elles permettent au moins de sortir du systématisme fatiguant des objectifs classiques. Certaines en revanche, souvent liées plus ou moins directement à l’histoire principale se montrent bien plus convaincantes, scénarisées avec davantage d’attention et introduisant races et intervenants importants à la « mythologie » de la planète Mira.

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Tout pousse le joueur à expérimenter cette notion de découverte d’un monde inconnu, motivée également par le placement de sondes à des endroits clés, autorisant le prélèvement de ressources, et affichant les zones visitées alentours. Une activité indispensable, afin d’afficher des indications précieuses sur la map, de la présence de certaines créatures, à des points de voyage rapide, en passant par des lieux de quêtes. La force de Xenoblade Chronicles X est justement de ne pas dépendre de ce système mais de le rendre naturel. L’univers inventé ici est tellement cohérent, fascinant, qu’il est difficile de résister à un run, même sans aucune raison. Intelligent parce qu’il montre autant qu’il cache, le level design indique sans cesse au jour une montagne à gravir plus tard, un ravin où plonger, une île au loin à aborder et ce sans aucune absurdité géographique ou erreur manifeste d’écosystème. Mis à part quelques échelles étranges, et le fait que les diverses créatures cohabitent un peu trop calmement, l’immersion est immédiate, la curiosité intense. Après de très nombreuses heures de visite, plus d’une centaine, ce monde continue de surprendre et de laisser filer quelques secrets. Une performance rare, qui permet de se faire une raison sur le côté narratif avec un peu moins de regrets.

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Connu pour la richesse de ses trames, Tetsuya Takahashi (accompagné dans l’écriture de sa femme, Soraya Saga/Tanaka Kaori) poursuit sa grande œuvre de science-fiction mysticisée, mais propose pour le moment dans Xenoblade Chronicles X un propos très dilué. Des pistes très intelligentes se tissent, un sous-texte passionnant oscille, mais le tout a tendance à se laisser envahir par la présence de certains personnages lourdingues et surtout d’une mise en scène rarement inspirée. Le scénario se laisse suivre avec plaisir une fois les premières heures avalées en faisant la grimace, mais peine à partager ce qu’il veut signifier au gré de réactions parfois illogiques de quelques personnages. Xenoblade Chronicles X montre clairement qu’il est un RPG à système s’embarrassant assez peu de sa trame de fond. Et sur ce point, il se montre intraitable. Les possibilités de personnalisation, que ce soit du point de vue des compétences, des attaques, de l’équipement, des types de build, sont abyssales et ouvrent les vannes à la créativité de chacun. D’autant qu’il est possible de crafter ses armures et autres outils et d’ensuite augmenter des caractéristiques en y plaçant des « inserts » jouant sur d’innombrables aspects allant des PV supplémentaires, à des résistances précises en passant par des bonus d’attaque.

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Une densité impressionnante qui va de pair avec une interface broussailleuse au possible. Des soucis d’ergonomie qui obligent parfois à plus de quatre validations pour accéder à un menu et qui devront être réglés avec un patch afin de ne pas laisser sur la touche une bonne partie de joueurs habitués à bien plus accessible. C’est au fond un peu le credo de Xenoblade X, donner un matériau et laisser son possesseur y trouver tout ce qu’il recèle. Impossible par exemple de comprendre le système de résurrection d’un allié sans avoir lu le manuel, ou de connaître l’influence du « potentiel ». En cela, le jeu est une ode au défrichement, à la fois spatial et ludique. Comme la ville de New Los Angeles montée de bric et de broc sur une planète étrangère, Xenoblade Chronicles X semble bien parti pour être un objet aussi branlant que plein de possibilités. Réponse dans le test.