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[Test] Anthem, le meilleur prologue de l’année

Notre avis
6 / 10
Jeux-Video

Par Benjamin Benoit le

Le projet ambitieux de Bioware révèle un cœur alléchant et travaillé, mais desservi par une expérience répétitive et incomplète.

L’Histoire n’est pas tendre avec Bioware. Le studio canadien, où EA a mis ses billes, a livré un game changer du space opera nommé Mass Effect. Un lustre de jeux plus tard, la fin fait polémique, et c’est sa suite Andromeda qui fait polémique, et c’est maintenant Anthem qui fait polémique. Ou, plus tendrement, il divise. Et plus pragmatiquement : son démarrage a été douloureux pour tout le monde, et l’avenir à moyen terme du jeu est un peu flou. Avec ce test en retard, on se retiendra bien de commenter outre-mesure les déboires du lancement pour se concentrer sur le jeu – qui, pour ceux qui n’ont pas le temps de lire tout ça, propose une expérience centrale épatante mais minée par de très gros défauts. Un jeu encore incomplet, mais plus qu’intéressant et méritant votre attention.

Dans l’espace, personne ne vous entend ne rien comprendre au scénario

Pourtant très éveillé et parfaitement sobre devant la cinématique d’introduction d’Anthem, je serai incapable de réciter le scénario de tête. Pas d’inquiétudes ! Votre serviteur a fait Lettres, il peut paraphraser et ne jamais se faire avoir ! Regardons Wikipedia ensemble.

… ils n’en savent rien non plus. Essayons : on incarne des freelancers, des super-quidams aidés d’armures robotiques pour tabasser du monstre de l’espace, sauver la veuve et l’orphelin, obéir à un schéma routinier et ingrat, il ne manque que l’URSSAF pour verser dans le documentaire. Et les premiers pas dans le jeu sont un peu difficiles : online-only oblige, il faut (ici sur PS4) s’abonner au PS+ pour jouer, accepter moult accords et relier son compte à untel et untel. Une fois la machine lancée, l’expérience de jeu est dantesque.

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Genre de galaxie, spéciale épopée

Anthem est un space opera qui se joue en groupe de quatre, où l’on dézingue des monstres et où l’on ramasse du butin. C’est la nouvelle itération du genre que Destiny a catalysé avant lui, et c’est surtout d’excellentes, excellentes sensations de jeu. Vous, freelancer, êtes dans votre javelin perso – une cyberarmure qui tire, envoie des missiles, fonce, décolle, vole, trace dans l’eau. Les sensations sont grisantes – décollage, vol stationnaire le temps de tirer sur quelques affreux, passage sous une cascade pour refroidir les moteurs. Double saut, on fonce comme une fusée où on veut, on atterrit où on veut atterrir. La verticalité du gameplay d’Anthem pose un nouvel étalon dans le medium, une sorte de néga-Superman 64. Tant mieux, le terrain où vous évoluez a le même cahier des charges, demande de progresser de checkpoint en checkpoint sans restriction de hauteur ou de biodome – et les graphismes, particulièrement sur PC, rendant l’expérience sensoriellement grisante.

Mon premier javelin, le « rapide et teigneux » a toujours été un régal de conduite. Même l’animation où vous rentrez dedans provoque un petit je-ne-sais-quoi de cosy. Mais il sert surtout à se défendre, c’est là que la mécanique de loot rentre en jeu. Votre armada : deux armes, et une série d’outils qui comptent sur votre sens de la synergie. Flammes, poisons, ou froid, en plus de vos balles et de vos petits poings. Le jeu demande rapidement de combiner tout ça pour parfaire ce fantasme de gosse – vous survolez, vous aspergez d’essence, et vous envoyez un petit coup de lance-flamme et badaboum. Les trois races d’aliens de l’Univers sont éteintes et vous êtes le héros. Ces outils, quantifiés par un indice de puissance, permettent de qualifier clairement votre progression et la qualité du loot. Vous démantelez les vieilleries, vous en faites d’autres choses, c’est simple comme bonjour, c’est l’aventure avec un A majuscule mon bon Milou. Rinse, repeat.

Garçon, il manque un univers dans mon space opera

Si le cœur de l’expérience va bien, tout est cool alors, on se dirige vers un huit minimum. Problème, le scénario d’Anthem est un amas de technoblala et de termes diégétiques incompréhensibles. Des événements, des lieux, des points-clés de cet univers. Des arcanistes, un Cénotaphe, l’Hymne éponyme, des armures à joli popottum nommées javelins. On arrive in medias res dans cet univers qui nous balance tous ces trucs à la figure, même le personnage qu’on incarne ne semble pas comprendre ce qui lui arrive. Ce n’est pas un moindre défaut, l’univers d’Anthem est générique en diable, et c’est un peu dommage pour le studio qui a révélé l’iconique Mass Effect. Mais ne vous inquiétez pas, c’est comme à l’opéra, on vous offre le livret à l’entrée. Un codex fourni de détails que vous ne regarderez pas – même s’il explique, en substance, des mécaniques nécessaires pour progresser – et qui a demandé plein de travail de gens talentueux et passionnés, mais qui vont rencontrer des joueurs qui auront vite fait de jouer uniquement en écoutant des podcasts, de joueur sur Discord, ou de faire tout et n’importe quoi sauf écouter le scénario.

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Et puisqu’on est sur le manque d’inspiration : l’Award du Hub Le Moins Vivant De La Galaxie est attribué à Fort Tarsis, le nombril d’Anthem. On arrive dans ce marché couvert où on ne peut marcher à vitesse d’escargot, où tout le monde est occupé dans sa cinématique de travail. Tout le monde, c’est une trentaine de gus au design un peu générique. Ils sont perpétuellement plantés au même endroit, la mort dans l’âme, à répéter les mêmes conneries à votre passage. On se croirait dans un visual novel, façon Danganronpa. Fort Tarsis, c’est votre javelin à beau popottum, quinze pelés et dix tondus qui vous donnent des missions (comprendre « besognes »), et une ambiance inspirée de la place Jemaa el-Fna, mais « ambiance » veut dire « l’attraction It’s A Small World, sans musique et votre bateau est coincé au même endroit ». Et « place », c’est trois salles et autant d’impasses. C’est vraiment dommage de cloisonner des phases de jeux ouvertes aussi vivifiantes avec un endroit excitant comme le Macumba Club de Tarbes, d’autant qu’on doit y retourner entre chaque mission, parce que c’est votre seule opportunité de modifier votre inventaire et arsenal.

Et hélas, le jeu a du mal à cacher son aspect répétitif. La magie devient de plus en plus automatique : un checkpoint, des monstres à dézinguer, recommencez et alternez forêts et cavernes jusqu’aux crédits. Et, de plus en plus, des dissonances ludo-narratives qui rappellent Fallout 76. Alors, pour se consoler, on profitera des options de customisation de son javelin, on en fera notre doudou géant et mécanique en espérant des jours meilleurs et plus variés. Il y a un petit quelque chose de No Man Sky dans Anthem. Il faudra le suivre sur la longueur et peut-être, qu’un jour, il deviendra le super jeu qui ne se laisse pour le moment que deviner.

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Notre avis

La grandeur du projet Anthem est là, palpable. Gameplay aux petits oignons cosmiques, offrant des sensations nouvelles et grisantes, servi par un décor au top et des graphismes à tomber (sur PC - c’est le moment de mettre votre machine de guerre à l’épreuve). Ce très bon jeu potentiel s’est lancé lui-même quelques torpilles à protons avec ses soucis structurels et son univers sans attrait ni personnalité. Le cœur est super, pas l’emballage, et il est livré incomplet !

6 / 10
Les plus
Les moins
  • Se déplacer, voler, tirer, atterir : les sensations sont uniques
  • La verticalité
  • Les décors, la faune et la flore, une expérience à 360%
  • Le hub le plus triste de sa génération et une dichotomie structurelle absurde
  • Scénario générique et interchangeable, du technoblabla sans importance
  • Pas de génie dans les missions
  • Pour le dire diplomatiquement : mise trop sur le long terme