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Test d’Assassin’s Creed Odyssey : La Grèce l’appâte

Notre avis
7 / 10
Jeux-Video

Par killy le

Perdu dans les tempêtes de sable égyptienne, Assassin’s Creed Origins était parvenu à avancer sans encombre, les yeux à demi-fermés sur un cap qu’il a gardé sans jamais poser le genou à terre. Évolution d’une formule vieillissante, il a donné les bases d’un possible nouvel éveil de la série. En tant que suiveur, Assassin’s Creed Odyssey avait moins de poids sur les épaules. Et sous l’égide des dieux, il a bien fait de se ménager.

Parthé-oui Parthé-non

En 431 avant J.C, c’est un peu la galère dans le coin du Péloponnèse. Les ligues de Delos et du Péloponnèse, respectivement ralliées à Athènes et à Sparte s’affrontent dans une Grèce à peine sortie des Guerres Médiques. Dans le sillage de ce conflit, famines, épidémies, révoltes essaiment les territoires impliqués, ce qui sonne la fin d’une sorte d’âge d’or et d’entente plus ou moins “cordiale”. Au sein de ce marasme bourré de lances et de casques corinthiens, le destin du héros, ou de l’héroïne – en fonction d’un choix préalable – n’est pas beaucoup plus enviable. Sacrifié(e) par ses parents, le personnage principal ne doit la vie qu’à un miracle et va errer, orphelin, de larcins en contrats de mercenaires jusqu’à une possible aventure à plus grande échelle. Buriné par la vie, il va découvrir une nation bien plus complexe que ce que laissaient penser les relations de pouvoir de sa petite île, apprentissage à la dure de la politique.

Un rapport au discours et à la prise de décision qui s’accorde de façon étonnante avec l’apport d’un système de dialogue à choix multiples. Grosse nouveauté qui a occupé à peu près la moitié de la communication d’Ubisoft sur le jeu, le principe des embranchements définis par les choix opérés durant les diverses quêtes tente d’offrir une profondeur supplémentaire à ce AC : Odyssey. Divers types de déclencheurs sont pris en compte : l’ordre de certaines missions, la réponse donnée à un dialogue ou encore une action entreprise dans le cadre d’une quête. Si la majorité des pistes proposées restent évidentes et n’apportent pas grand-chose de plus qu’une conclusion binaire style Mass Effect 3, certaines se montrent plus retorses et lorgnent davantage vers un lien oscillant à la The Witcher 3.

La surprise vient de ces dernières, souvent les mieux écrites, source de quelques jolis instants aux conséquences bien plus importantes que prévu, non seulement sur le moment, mais aussi sur des missions en aval. Malgré tout, un certain manque de maîtrise apparaît aux détours de références à des actions jamais effectuées auparavant ou à une conclusion différente de celle évoquée par certains personnages. Un certain flou que l’on pourrait imputer à une surconsommation de vin frais si l’on s’en tient au roleplay, mais qui sort du jeu, tout comme le fait que quasiment tout le monde grec connaisse Alexios ou Cassandra. Un système pourtant assez solide qui amène davantage de liant dans la progression, moins évidente que par le passé, mais qui ne surprendra personne ayant joué à des RPG en monde-ouvert un peu ambitieux de ces dernières années. Le vrai rebondissement est qu’Assassin’s Creed Odyssey devient l’étape clé de la transformation de la série en jeu de rôle à l’occidental complet.

Role Playing Greece

Avec ses quêtes derrière chaque colonne, son système de niveau, sa tyrannie du loot et son journal de quêtes qui déborde comme un classeur de collégien, pas de doute, le petit Odyssey a changé de classe. Initiée par Origins, la transformation est ici quasi totale et implique un rythme inédit, axé sur la limitation de zones et d’affrontements sur la base de niveaux de lieux ou de personnages. S’il est tout à fait envisageable de chatouiller la jugulaire d’un gros hoplite fier de ses deux levels de plus, il est alors impossible de l’assassiner d’un coup. Un élément encore une fois hérité de l’épisode précédent mais qui s’intègre mieux dans un ensemble qui a assumé en plein ce qu’il est devenu. Il va falloir grinder, bouffer de la quête pour faire grimper ses stats, afin de progresser sans encombre dans un archipel gigantesque digne d’un Skyrim au pied marin.

La courbe de progression est en ce sens bien équilibrée avec au final peu de coups d’arrêt obligatoires pour engranger quelques niveaux. Si le joueur s’en tient aux missions principales, l’avancée dans l’histoire principale s’effectue sur une mer d’huile. En revanche, les amateurs d’activités annexes vont être servis, grâce à l’avalanche de missions secondaires, variées, même si beaucoup tournent une nouvelle fois autour du métier de postier/égorgeur. La variable se trouve alors, comme expliqué, dans certaines relations de cause/conséquence au sein de quêtes qui ne sont malheureusement pas les plus représentées. Les allers-retours sur les côtes de l’Attique ou les innombrables berges des Cyclades valent alors davantage pour le dépaysement que pour l’intérêt de destinées de personnage inintéressantes.

C’est la carte cachée dans la manche d’Ubi et là, plus que d’habitude, son coup d’éclat. La Grèce dépeinte dans le jeu est un condensé minutieux d’une vie passée, sans appui pénible sur un certain fantasme du monde antique peuplé uniquement de gens éclairés, qui regorge de détails. Une plongée dans un quotidien entouré tout autant de marbre que d’eaux croupies, où une sensation d’animation se dégage des ruelles engoncées, des temples aux statues jonchées de présents. Un petit univers en mouvement, pas exempt non plus d’une vision parfois trop lissée de la morale ou du moins trop modernisée, qui s’étend sous l’omniprésence des divinités.

Cette immersion est l’argument principal d’Assassin’s Creed Odyssey, marchant main dans la main avec le travail de titan réalisé sur les environnements qui regorgent de lieux mémorables. Même si techniquement il y a à boire et à manger, l’Open World proposé ici est convaincant, sans pour autant figurer dans le haut du panier : la faute à un grand nombre de répétitions dans la structure de bâtiments, en particulier les demeures de dirigeant qui sont au pire identique, au mieux similaires ainsi qu’à une surabondance de brigands et bêtes féroces dans la nature, sans doute un clin d’oeil caché à Far Cry 5. Deux jeux qui ont aussi en commun de refaire les mêmes erreurs.

Homère qu’on voit danser

Bien au chaud dans sa nouvelle structure qui fonctionne sans grand souci, Assassin’s Creed Odyssey donne parfois l’impression d’essayer de cacher sous le tapis ce qu’on reproche à la série depuis des années. Les premières agressions à l’abri d’un buisson déclenchent des flashs ; des gouttes de sueur ruissellent sur le front. Oui, l’IA est toujours une catastrophe en infiltration. Gardes formés à voir à travers les murs, soldat qui aperçoit le personnage à 800 mètres sous la pluie mais qui se fout d’entendre le râle de son pote Alexandros à 30 cm de son oreille, circuits de recherche qui n’ont aucun sens, le jeu n’essaye même plus. Rien d’inhabituel dans la saga et bien entendu ce genre d’absurdité n’est pas systématique, mais le plaisir de jeu s’en ressent.

Les affrontements de groupe gagnent donc en intérêt, plus intense et nécessitant autant d’observation que de dextérité. Même si certaines compétences abusives permettent dans le dernier tiers de mettre à genoux n’importe qui. Le mot assassin du titre devient un souvenir qui fait beau sur la cheminée. Non, Alexios et Cassandra sont des mercenaires, rompus au combat en face à face, tout comme ceux qui les pourchassent.

Il s’est passé des choses dans le monde du jeu vidéo ces dernières années, notamment l’étonnante série Shadow of the Mordor/ Shadow of the War dont le concept phare était le système de gestion de la hiérarchie Orc. Ubisoft n’y a pas été insensible, car Odyssey reprend l’idée, limitée ici à des chasseurs de primes qui traquent le héros ou l’héroïne, inscrits dans une sorte de classement où il est possible de grimper les échelons pour obtenir diverses récompenses. Un challenge supplémentaire qui peut amener un peu de piment lors de missions où il est toujours agréable de voir un malabar débarquer pour régler ses comptes alors que les évènements sont déjà assez complexes. Dans le fond en revanche, tout cela manque de finesse et vient surtout se rajouter à une couche déjà épaisse.

C’était sans compter les luttes de pouvoir, où, une fois le dirigeant d’une province fragilisée, s’ouvre un combat à grande échelle avec pour but de faire changer les lieux de main. La bataille, confuse et au déroulé basique, a le seul mérite d’impliquer un grand nombre de soldats, moment défouloir offert par la rivalité entre Grecs. D’autant que cela n’a quasiment aucune conséquence. Une fois la zone gagnée par l’un des deux camps, rien n’empêche le joueur de retenter le coup pour l’autre côté, et ce sans aucune réaction de alliés d’hier. Un nouveau système creux, à l’évidence ajouté pour créer du contenu, qui se dépose sur celui des mercenaires, déjà à cheval sur les quêtes annexes qui étaient elles-mêmes en équilibre sur la partie combats navals, dans une mille-feuille d’une rare lourdeur qui ne sait pas où il va.

Et c’est le principal problème d’Assassin’s Creed Odyssey. À vouloir en mettre partout, tout le temps, il loupe une partie de sa proposition alors qu’une simple concentration sur son coeur suffisait à lui donner de solides arguments. Le jeu se dilue sans cesse dans des fausses-pistes un peu nulles, le regard fou happé dans tous les coins, comme un enfant qui aurait trop de jouets. L’éternel problème du monde-ouvert qu’un studio a peur de ne pas pouvoir remplir. Et encore cette fois, malgré les grandes qualités d’Odyssey, le tout grince. Mais, à la différence de beaucoup, si l’on gratte un peu, demeurent un sacré savoir-faire et une aventure solide.

Notre avis

Toujours plus loin, plus fort, plus vite, jusqu’au bout de l’extrême limite, ne disait pas Euripide. Pourtant, c’est ce qui caractérise le mieux cette odyssée aux côtés d’un assassin. Forme finale de la translation d’Assassin’s Creed Origins vers le RPG, Assassin’s Creed Odyssey aurait pu se contenter de ça. Agrémentée d’un système de cause/conséquence bien fichu, d’un côté crafting addictif et d’une tonne d’objets à récupérer, la formule ne pouvait que prendre. Surtout dans un univers aussi puissant que celui de la Grèce Antique. Avec le talent des équipes d’Ubi pour donner du corps à un monde, la route était déjà toute tracée. Mais, comme dans toute tragédie, c’était sans compter le grain de sable de dernière minute qui vient changer les hourras en pleurs. Ici, c’est un sac entier, matérialisé par un ensemble de systèmes qui alourdissent le jeu, en fond une sorte d’usine à gaz qui ajoute pour rajouter, sans trouver de dynamique entre toutes ses couches. Assassin’s Creed Odyssey se dilue dans la mer Égée, si près des côtes. Reste un bon jeu qui n’est pas avare en beaux moments et qui aurait mérité de se recentrer. Parce que bon sang, sans tout ce surplus, quel voyage.

7 / 10
Les plus
Les moins
  • Une Grèce Antique palpable
  • Une carte immense
  • Un dépaysement dingue
  • L’ambiance qui happe dès les premières minutes
  • Le système de choix/conséquence correct
  • Le mode Exploration qui ne mâche pas le boulot
  • Les combats navals toujours agréables mais en dessous de Black Flag
  • Un open-world cohérent...
  • … mais remplis mécaniquement
  • Des gros soucis d’écriture
  • Trop de systèmes tuent le système
  • L’IA, au secours
  • Les quêtes annexes pas bien passionnantes
  • Un jeu qui tire trop en longueur
  • Les Batailles de Conquêtes
  • Le système de dialogue qui n’apporte rien la majeure partie du temps