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[Test] Deus Ex – Mankind Divided

Par Mathieu le

Le 23 août 2011 sortait Deus Ex : Human Revolution, plus de onze longues années après le premier épisode, sorti à l’époque seulement sur PC. Conçu comme un préquel à l’histoire originale, Human Revolution avait agréablement surpris son monde et notamment les critiques, qui craignaient la venue d’un nouveau Invisible War. Voilà venu le temps d’un autre jeu, une véritable suite à Human Revolution et qui joue donc toujours le rôle de préquel au premier Deus Ex : Mankind Divided.

Une histoire cybernétique

Nous sommes en 2029 et vos actions passées n’ont, au final, rien changé. Pire encore, les humains augmentés sont traités comme des parias et exclus de la société. L’oppression que subissent les augmentés, vos congénères, a ainsi créé un climat de peur et d’amertume, produisant de nombreuses violences à travers le monde. Alors que vous tentez d’en savoir plus, une attaque se produit, perpétuée par une organisation terroriste dont vous ne savez que peu de choses. Au cœur de tout ce chaos, certains tentent de tirer les ficelles et de vous manipuler, dans l’unique but de contrôler l’avenir de toute l’humanité.

Après avoir travaillé pour Sarif Industries, Adam Jensen est cette fois un agent infiltré travaillant pour la Task Force 29, une force spéciale d’Interpol dont le but est de combattre les terroristes augmentés. Dans le même sens, vous êtes en lien avec un groupe de cyberpirates nommé Collectif Juggernaut, qui tente tout pour rendre leur liberté à tous les humains augmentés de la Terre.

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Une ambiance travaillée

C’est donc dans une atmosphère pesante que nous évoluons tout au long de ce Deus Ex : Mankind Divided. Les gens que vous croiserez, les humains normaux notamment, vous craindront. La Police quant à elle, sévit lourdement et ne fait pas dans la dentelle. Rappelant les heures sombres de notre Histoire, le jeu joue énormément sur ce climat délétère pour nous proposer d’évoluer dans une ville de Prague aux faux airs de Paris sous le joug de l’armée allemande.

Pour preuve de cette ambiance étrange, il vous sera expressément demandé de prendre des files d’attente spécifiques aux augmentés et d’emprunter le métro à travers la ville dans un wagon spécial pour vos semblables. Si vous ne le faites pas, attendez-vous à être constamment contrôlé par la Police, qui en plus oublie bien souvent d’être aimable. Les équipes d’Eidos Montréal nous proposent donc, encore une fois, une intrigue et un scénario très intéressants, savamment écrits et agréables à suivre. Le problème, c’est que l’histoire se retrouve progressivement aspiré par le gameplay, diluée dans les quêtes secondaires et nos pérégrinations dans l’univers du titre.On a alors tendance à oublier qu’on doit aussi se concentrer sur l’aventure principale.

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Mais Mankind Divided n’en reste pas moins l’un des rares titres à miser énormément sur son ambiance et son histoire, quitte à se mélanger les pinceaux de temps à autre. Adam Jensen est lui, toujours aussi charismatique. Le héros malgré lui de Human Revolution reprend rapidement les rênes et c’est avec avec une allégresse non dissimulée qu’on l’interprète à nouveau. Toujours aussi souple et simple à prendre en main, Mankind Divided a l’intelligence de proposer aux joueurs trois choix de contrôle : ceux spécifiquement pensés pour le jeu, ceux inhérents à Human Revolution et enfin, ceux des habitués de FPS. Nous vous recommandons néanmoins de passer à ceux de Human Revolution si vous souhaitez rapidement reprendre vos marques.

[nextpage title= »C’est beau ou pas ? »]

Deus Ex : Mankind Divided n’est clairement pas la claque graphique de l’année. Juste techniquement, le titre nous propose des textures travaillées mais loin d’être transcendantes. Sur PC, nous avons eu droit à une version développeur loin d’être finalisée et parsemée de quelques bugs. Et pour le faire tourner dans de belles dispositions, prévoyez d’ailleurs une configuration récente !

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Une évolution mais des inégalités

Nous l’avons testé avec une GTX 970 4 Go, un processeur AMD A-10 7850k overclocké à 4 Ghz et 12 Go de RAM. Pourtant, en 1080p et avec des options définies entre le moyen et l’élevé (le tout penchant néanmoins clairement vers le moyen), le jeu atteignait péniblement les 30 images par seconde en zone ouverte (notamment le centre de Prague) même si tout se calmait en zones plus fermées et que le titre tournait plutôt aux alentours de 50 fps.

Si Adam Jensen bénéficie d’un travail plus important que les autres personnages quant à sa modélisation globale et qu’il présente des textures plus fines, ses congénères sont eux parfois plus brouillons techniquement. Le jeu souffre également d’aliasing et le crénelage se fait ressentir si tant est que vous regardez un peu plus attentivement certains endroits de la carte. L’écart entre Human Revolution et Mankind Divided reste tout de même important et en comparant les deux titres, on ressent que cinq années viennent de passer.

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Notons enfin que la version PS4 du jeu n’arrange pas vraiment les choses et que comparé à certains mastodontes récents (Uncharted 4, The Witcher 3 ou Batman Arkham Knight), Deus Ex parait avoir une ou deux années de retard graphiquement. Oubliez d’ailleurs les confortables 60fps puisque le jeu tourne, bien évidemment, en 30 images par secondes sur la console de Sony. Un mal pour un bien tant la version PC connaît, jusqu’à maintenant, des hauts et des bas. Une bonne grosse mise à jour devrait paraître le jour de la sortie, attendons de voir ça.

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Une direction artistique de haute volée

Mais ce n’est pas là qu’est le plus important, très clairement. Mankind Divided jouit en effet d’une direction artistique de premier ordre, l’une des plus soignées vues ces derniers mois. Savant mélange entre l’univers cyberpunk et les superproductions estampillées Science-fiction comme Blade Runner, le jeu nous transporte d’un bout à l’autre et l’on se perd parfois entre réalité et fiction tant le monde proposé parait d’une accablante réalité. Les cartes fourmillent de détails divers et variés qui ajoutent de la crédibilité au jeu et donnent aux joueurs de nombreuses possibilités d’approches.

Mankind Divided se dote également de doublages de qualité (privilégiez la VO) et d’une bande originale en parfaite adéquation avec son univers. Les musiques choisies par Eidos collent toutes mieux les unes que les autres aux différents endroits visités et à l’ambiance générale du titre. Un vrai point fort, rarement mis en avant.

[nextpage title= »Ça se joue bien ? »]

Côté gameplay, les équipes d’Eidos Montréal n’ont pas pris de risques trop grands par rapport à Human Revolution. On retrouve ainsi les mécaniques qui faisaient le charme de l’épisode de 2011 et la possibilité, très intéressante, de pouvoir faire le jeu entièrement en infiltration, sans tuer personne. Il est également tout à fait possible de privilégier l’action même si le jeu s’en verrait amputé d’une partie de son charme. Adam Jensen a toujours l’avantage de voir ses caractéristiques personnelles augmentées et cette partie-là a d’ailleurs subi un léger relooking.

À chacun sa philosophie

Les facultés à débloquer sont nombreuses et dépendront surtout de l’approche que vous favoriserez. Notons d’ailleurs qu’une option à débloquer avec vos points de compétences vous facilitera la tâche quant aux dialogues du jeu et les réponses à donner. C’est d’ailleurs l’un des gros points forts de Mankind Divided que de confronter le joueur à ses propres choix et de mettre en place des erreurs qui peuvent être irrécupérables (un allié que vous tuez, une réponse qui enrage votre interlocuteur et vous empêche de progresser, etc). On est donc constamment sur le qui-vive quant à nos réponses, surtout que certaines ne peuvent s’activer que durant un court laps de temps.

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Le système de couverture est identique à son aîné bien qu’amélioré puisqu’il est plus aisé de se rendre à un point A au B sans forcément se découvrir et se faire repérer par les ennemis. L’avantage de la nouvelle génération de consoles et de la puissance actuelle des PC est d’avoir permis aux développeurs de façonner un titre présentant davantage de verticalité et donc, de possibilités. Ainsi, lorsqu’on doit atteindre certains objectifs, il arrive que le jeu nous fasse prendre de la hauteur, un peu à l’image de ce que nous proposait Dishonored, toutes proportions gardées néanmoins. Il y a toujours deux ou trois chemins différents pour arriver à votre objectif et vous serez surpris par les conclusions que peuvent prendre les routes les plus inattendues.

Sous moyenne surveillance

Quant à l’intelligence artificielle, qui nous avait quelque peu rebuté lors de nos précédentes impressions, elle semble avoir été, en grande partie, corrigée. Vos ennemis se montrent souvent sur le qui-vive et n’hésitent pas à user de stratégies offensives pour en finir avec vous. On regrettera simplement que le fait de se cacher pendant quelques temps permettent aux ennemis de nous oublier. En effet, alors qu’ils nous pourchassaient plusieurs minutes auparavant, nos adversaires ont la fâcheuse tendance à « effacer » notre visage et à nous laisser de nouveau vaquer à nos occupations (notamment pour les policiers ou les agents de sécurité). Illogique mais permettant néanmoins au joueur d’avancer plus facilement dans un monde constamment sous haute surveillance.

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Dans ce sens, si vous souhaitez avoir face à vous un challenge de taille, nous ne pouvons que vous conseiller d’opter pour le niveau de difficulté le plus élevé du titre. Si tel est votre choix, il est fort probable que vous passiez de nombreuses heures supplémentaires sur Mankind Divided afin d’arriver à terminer le jeu dans sa globalité. En difficulté normale, comptez 25 heures de jeu en ligne droite et le double pour réaliser les missions secondaires qui sont, pour la plupart, très intéressantes. On ne peut d’ailleurs que vous conseiller de vous attarder un peu sur ces missions qui vous donneront la possibilité d’étendre votre arsenal et vos capacités et qui sont, et c’est assez rare pour le souligner, souvent aussi intéressantes que les objectifs principaux. Conseil d’ami.

Deus Ex : Mankind Divided, sortie le 23 août sur PC, Xbox One et PS4 (testé sur PC et PS4).
NB : Les visuels qui illustrent ce test sont des visuels éditeur

Notre avis

Deus Ex : Mankind Divided est bon, très bon mais laisse un léger goût amer au travers de notre bouche. Doté d'une direction artistique exceptionnelle, d'un univers détaillé, fouillé et d'un héros charismatique à souhait, le jeu affiche tout de même certaines lacunes. En retard techniquement et nous contant une histoire intrigante mais oubliable, le jeu se perd parfois en chemin à vouloir tout trop bien faire. Il n'en reste pas moins une expérience unique sur laquelle on a pris beaucoup beaucoup de plaisir. Le hit de l'été.

8 / 10